Je crois en Dieu le Père tout-puissant, créateur du Ciel et de la Terre

Conférence du jeudi 11 octobre 2012

Article 1 « Je crois en Dieu le Père tout-puissant, créateur du ciel et de la terre ».

 Dès l’origine, l’Église apostolique a souhaité résumer l’essentiel de sa foi en des textes courts et organiques. On appelle ces synthèses de la foi des « professions de foi » puisqu’elles résument la foi que professent les chrétiens. On les appelle aussi « Credo »     puisque c’est normalement le premier mot de la profession de foi, voire « Symboles de la foi »

La première profession de foi se fait lors du Baptême. Or, puisque le baptême est donné « au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit » (Mt 28, 19), les vérités de la foi professées lors du baptême sont articulées autour des trois Personnes de la Sainte Trinité.

Parmi tous les Symboles de la foi,  deux ont une place toute particulière dans la vie de l’Église :

–       Le Symbole des Apôtres, ancien symbole baptismal de l’Église de Rome : « Il est le symbole que garde l’Église romaine, celle où a siégé Pierre, le premier des apôtres, et où il a apporté la sentence commune » (St Ambroise). Il s’agit du plus ancien catéchisme romain.

–       Le Symbole de Nicée-Constantinople, issu des deux premiers Conciles œcuméniques de 325 et 381. Il demeure commun aujourd’hui encore à toutes les grandes Églises de l’Orient et de l’Occident.

Notre analyse du Credo se fera en suivant le Symbole des Apôtres complété par celui de Nicée-Constantinople.

Selon une antique tradition déjà attestée par St Ambroise au IVème siècle, on a coutume de compter douze articles du Credo, symbolisant par le nombre des apôtres l’ensemble de la foi apostolique.

Réciter avec foi le Credo, c’est entrer en communion avec Dieu le Père, le Fils, le Saint-Esprit et avec l’Église tout entière qui nous transmet la foi.

En effet, la foi honore la raison sans la contredire :

« […] Il existe deux lumières au sein de l’esprit. L’une est la lumière de la foi, l’autre la lumière de l’intelligence […]. Ces deux lumières sont inséparables l’une de l’autre. Qu’une intelligence cesse d’être soutenue par une foi, celle-ci n’est plus lumineuse, mais triste, capable d’analyser le monde, mais non de le transformer […]. Qu’une foi, à l’inverse, cesse de se manifester dans une intelligence, celle-ci n’est bientôt plus qu’un élan vidé de substance. On critique l’intelligence desséchée. Et l’on a raison. On critique la foi aveugle. Et l’on a également raison. Car une authentique culture de l’esprit a besoin des deux.

De l’intelligence, afin que la foi devienne lumineuse. Mais aussi de la foi, afin que l’intelligence devienne vivifiante… » (Bertrand Vergely, La foi, ou la nostalgie de l’admirable, éditions Albin Michel, collection Espaces libres).

 

LE CREDO, APPROCHE BIBLIQUE

Article 1 « Je crois en Dieu le Père tout-puissant, créateur du ciel et de la terre ».

Nous analyserons cet article en faisant appel à l’exégèse biblique et en nous arrêtant sur trois points particuliers :

–       La révélation du nom de Dieu,

–       La Trinité,

–       L’homme et la femme

1. La révélation du nom de Dieu

« Je crois en Dieu » (Symbole des Apôtres), « Je crois en un seul Dieu » (Symbole de Nicée-Constantinople).

« Je crois en Dieu » : cette affirmation de la profession de foi est la plus fondamentale. Tous les articles du Credo dépendent de cette profession des fidèles par laquelle ils affirment solennellement qu’ils croient avant tout en Dieu.

Mais le Symbole de Nicée-Constantinople ajoute à la croyance en Dieu, l’Unicité de Dieu : « Je crois en UN SEUL Dieu » .

Cette unicité a sa racine dans la révélation Divine de l’Ancienne Alliance : Dieu est unique.

Il faut se souvenir que le Deutéronome a été écrit pendant l’exil des Juifs à Babylone au VI ème av. J.C. Lors de cette déportation, les Hébreux ont été contraints de vivre aux côtés de diverses populations qui partageaient un trait en commun : elles étaient toutes polythéistes. C’est pourquoi les rédacteurs de la Genèse ont tenu à affirmer solennellement que leur Dieu était l’Unique :

« Ecoute, Israël ! Le Seigneur notre Dieu est le Seigneur Un. Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de tout ton être, de toute ta force » (Dt 6, 4-5).

Dieu s’est révélé à son peuple en lui faisant connaître progressivement son nom sous divers noms car Dieu a un nom, il n’est pas une force anonyme. Or, livrer son nom, c’est se livrer soi-même en se rendant accessible, capable d’être appelé personnellement.

La révélation fondamentale pour l’Ancienne et la Nouvelle Alliance a été la révélation du nom divin dans la théophanie du  buisson ardent, au seuil de l’Exode et de l’alliance  du Sinaï :

« Dieu dit à Moïse : Je suis le Dieu de tes pères, de Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac et le Dieu de Jacob » (Ex.3, 6).

Ici, Dieu renvoie à l’histoire du peuple juif. Or, son nom est alors restrictif : il apparaît comme le Dieu des seuls Juifs alors qu’il est aussi celui de toute l’humanité. C’est pourquoi, Il va poursuivre sa théophanie :

« … Dieu dit à Moïse : Je suis Celui qui Suis. Et il dit : Voici ce que tu diras aux Israélites : Je Suis m’a envoyé vers vous (…). C’est mon nom pour toujours, c’est ainsi que l’on m’invoquera de génération en génération » (Ex. 3, 13-15).

En révélant son nom mystérieux : « Je suis Celui qui Suis » ou YHWH, Dieu dévoile son nom divin, un nom tout à la fois révélé et comme le refus d’un nom, et par là même il exprime au mieux qui Il est, infiniment au-dessus de ce que nous pouvons comprendre ou dire : Il est le Dieu caché (Is 45, 15), son nom est ineffable (Jg 13, 18) mais il est aussi le Dieu qui se fait proche des hommes.

La traduction des Septante et, à sa suite, la Tradition de l’Eglise ont donc compris le nom divin comme étant la plénitude de l’Etre et de toute perfection, sans origine et sans fin. Ainsi, alors que toutes les créatures ont reçu de Lui tout leur être et leur avoir, Lui seul est son être même : en Lui  se confondent existence et essence contrairement à l’homme, sa créature.

Dans les religions polythéistes, on admet une hiérarchie entre les dieux, dans le panthéisme, on considère que Dieu est partout présent (dans un rocher, un animal…), dans le monothéisme, au contraire, il existe un abîme infini entre Dieu et la Création.

2. La Trinité

« …, le Père tout-puissant… ».

Dieu est souvent désigné comme un Père (cf le roi David). Dieu aime son peuple comme un père aime ses enfants. C’est pourquoi il lui donne une loi, le protège et le nourrit.

La Genèse ajoute que non seulement Dieu est Père, mais aussi Créateur (ce qui n’est pas le cas dans les cultes polythéistes).

Le Christ nous révèle le sens de la paternité de Dieu : Dieu n’est pas seulement Père en tant que Créateur, Il est aussi éternellement Père en relation avec son Fils unique, qui n’est éternellement Fils qu’en relation au Père : « Nul ne connaît le Fils si ce n’est le Père, comme nul ne connaît le Père si ce n’est le Fils et celui à qui le Fils veut bien le révéler » (Mt 11, 27).

C’est pourquoi les Apôtres confessent Jésus comme « le Verbe qui était au commencement auprès de Dieu et qui est Dieu » (Jn 1, 1), comme « l’image du Dieu invisible » (Col 1, 15), comme « le resplendissement de sa gloire et l’effigie de sa substance » (He 1, 3).

Et, à leur suite, suivant la tradition apostolique, l’Église a confessé en 325 au premier concile œcuménique de Nicée que le Fils est « consubstantiel » au Père, c’est-à-dire qu’il est un seul Dieu avec Lui.

Outre le Fils, l’Esprit est aussi à l’œuvre depuis les débuts de la Création :  « ayant parlé par les prophètes » (Symbole de Nicée-Constantinople), après la Pâque de Jésus, Il sera

auprès des disciples et en eux pour les enseigner et les conduire vers « la vérité tout entière » (Jn 16, 13).

L’Esprit Saint, le « Paraclet » (Défenseur), est ainsi révélé comme une autre personne divine par rapport à Jésus et au Père. C’est Dieu lui-même qui nous envoie l’Esprit Saint pour mieux se faire connaître.

3. L’homme et la femme

De toutes les créatures visibles, seul l’homme est « capable de connaître et d’aimer son Créateur » (GS 12, 3).

Sommet de la Création, tout est ordonné à l’homme même le monde angélique.

Parce qu’il est à l’image de Dieu, l’être humain a la dignité de personne : il n’est pas quelque chose, mais quelqu’un. Il est capable de se connaître et de librement se donner et il est appelé par grâce à une alliance avec son Créateur, à Lui offrir une réponse de foi et d’amour que nul autre ne peut donner à sa place.

Créés ensemble, l’homme et la femme sont voulus par Dieu l’un pour l’autre.

« Il n’est pas bon que l’homme soit seul. Il faut que je lui fasse une aide qui lui soit assortie » (Gn 2, 18).

Et la femme que Dieu façonne de la côte tirée de l’homme arrache à ce dernier un cri d’amour et de communion : « C’est l’os de mes os et la chair de ma chair » (Gn 2, 23).

L’homme découvre que la femme est un autre « moi » de la même humanité.

Ainsi l’homme et la femme sont faits « l’un pour l’autre », égaux en tant que personnes et complémentaires en tant que masculin et féminin. Dans le mariage, Dieu les unit de manière que, « formant une seule chair » (Gn 2, 24), ils puissent transmettre la vie humaine : « Soyez féconds, multipliez, emplissez la terre » (Gn 1, 28). En  transmettant à leurs descendants la vie humaine, l’homme et la femme comme époux et parents, coopèrent d’une façon unique à l’œuvre du Créateur (GS 50, 1).

Saint Pierre Chrysologue explique : « En réalité, c’est seulement dans le mystère du Verbe incarné que s’éclaire véritablement le mystère de l’homme. Saint Paul nous apprend que deux hommes sont à l’origine du genre humain : Adam et le Christ… Le premier Adam a été créé comme un être humain qui a reçu la vie, le dernier est un être spirituel qui donne la vie. Le premier a été créé par le dernier de qui il a reçu l’âme qui le fait vivre…Premier Adam, dernier Adam : le premier a commencé, le dernier ne finira pas. Car le dernier est véritablement le premier, comme il l’a dit lui-même : Je suis le Premier et le Dernier » (St Pierre Chrysologue, né vers 380, † 450, Sermon 117).

 

 

LE CREDO : ANALYSE SYSTEMATIQUE

 Le Credo (je crois) est un acte de foi car il est une réponse de l’homme à Dieu : de tout son être, l’homme donne son assentiment à Dieu Révélateur. Il obéit (ob-audire, c’est-à-dire « écouter d’en bas » ) dans la foi, c’est-à-dire qu’il se soumet librement à la parole écoutée, parce que sa vérité est garantie par Dieu, la Vérité même.

Le Credo est d’abord un engagement personnel du chrétien.

La foi en Dieu semble avoir été naturelle à l’homme dans toutes les civilisations de tous temps sauf dans la civilisation occidentale depuis le XVIème siècle.

Dans le cœur de l’homme existe ce besoin de croire ce qui n’empêche nullement de réfléchir : « Je crois pour comprendre » disait Saint Augustin d’abord puis ensuite « je comprends pour croire 

 

1. « Je crois en Dieu » (CEC n°198-231)

Le premier article du Credo est fondamental. Il proclame qu’il n’existe qu’un seul Dieu ayant une seule nature, une seule substance et une seule essence.

Dieu EST dans sa nature, sa substance et son essence : ces trois termes tentent d’approcher la réalité de l’existence de Dieu. Il faut noter que ces trois termes ne recouvrent pas la même chose chez l’homme.

Dieu EST la Vérité puisqu’Il est vraiment. Il est amour parce que gratuit (pas de contingence en Lui), Il n’est obligé de rien.

Une des voies philosophique de la découverte de Dieu est celle dite de la cause  première de tout être qui est Dieu (puisque tout être existant est causé par un autre, la première cause est Dieu)

 

2. « …le Père… »   (CEC n°232-267)

C’est ici le mystère de la Trinité qui est soulevé.

Dans sa relation avec son Fils, Dieu est Père et le Fils est consubstantiel au Père (de la même substance, non séparé).

En Dieu existent trois personnes, Il n’est pas solitaire, en Lui existe un échange d’amour perpétuel et complet.

La Création est l’œuvre de Dieu et en Lui il n’y a ni séparation temporelle, ni séparation spatiale, ce n’est que de notre point de vue que l’on attribue :

–       À Dieu le Père, la Création,

–       A Dieu le Fils, la Rédemption,

–       A Dieu l’Esprit Saint, sanctification.

 

3. « … tout-puissant… »    (CEC n°262-278)

Dans le Credo, le seul attribut de Dieu retenu est l’adjectif « créateur » car en Dieu n’existe aucune différence entre la puissance et l’action.

La toute-puissance de Dieu nous invite à avoir une entière confiance en Lui. Il s’est fait impuissant pour régner car Il est amour et que,  pour aimer, il faut s’abaisser.

 

4. « … le créateur… »      (CEC n°279-324)

Dans toutes les civilisations, on observe que dans les cosmogonies, les créations sont toutes extrêmement violentes et soumises au dualisme (le bien et le mal seraient à l’origine du monde).

Or, il n’en est rien dans la Bible : la Création y est paisible et seul Dieu infiniment et exclusivement bon est à son origine.

«  La gloire de Dieu, c’est l’homme vivant » (St Irénée).

«  Nous avons tout reçu de Dieu pour tout offrir à Dieu » (St Ignace de Loyola).

 

L’ordre du monde nous donne de participer à Dieu mais le Mal n’est pas Dieu car Dieu n’est pas cause du Mal (car il EST Bon).

L’homme est une cause seconde et c’est lui qui a introduit le mal, là où seul le bien régnait. En effet, Adam et Eve ont choisi le péché car ils n’avaient pas foi en Dieu qui, pourtant, leur avait tout donné. Il n’ont pas voulu donner leur assentiment libre à la bonté de Dieu.

 

5. « …le ciel et la terre… »    (CEC n°325-354)

Le Symbole de Nicée-Constantinople explicite : « … de l’univers visible et invisible… ».

Dieu « a tout ensemble, dès le commencement du temps, créé de rien l’une et l’autre créature, la spirituelle et la corporelle, c’est-à-dire les anges et le monde terrestre ; puis la créature humaine qui tient des deux, composée qu’elle est d’esprit et de corps » (Concile du Latran).

Les anges sont des créatures purement spirituelles, ils ont intelligence et volonté : ils sont des créatures personnelles et immortelles (Lc 20, 36). Ils dépassent en perfection toutes les créatures visibles.

Le monde visible a aussi été créé par Dieu dans toute sa richesse, sa diversité et son ordre. La hiérarchie des créatures est exprimée par l’ordre des « six jours » qui va du moins parfait au plus parfait.

L’homme est le sommet de l’œuvre de la Création car il est créé à l’image de Dieu. Le récit inspiré l’exprime en distinguant nettement la création de l’homme de celle des autres créatures (Gn 1, 26).

Dieu a voulu la diversité de ses créatures et leur bonté propre, leur interdépendance et leur ordre. Il a destiné toutes les créatures matérielles au bien du genre humain.

L’homme, et toute la création à travers lui, est destiné à la Gloire de Dieu.

 

6. L’homme    (CEC n° 355-384)

« Dieu créa l’homme et la femme à son image, à son image il les créa » (Gn 1, 27).

L’homme tient une place unique dans la Création car il est « à l’image de Dieu » ; dans sa propre nature, il unit le monde spirituel et le monde matériel.

La personne humaine, créée à l’image de Dieu, est un être à la fois corporel et spirituel et c’est l’homme tout entier qui est donc voulu par Dieu, la seule créature que le créateur ait voulu pour elle-même, aimait à répéter le bienheureux Jean-Paul II ;

Parce qu’il y a en l’homme l’image de Dieu, l’homme est appelé à la divinité (GS 22).

 

7. La chute       (CEC n° 385-421)

Dieu est infiniment bon et toutes ses œuvres sont bonnes. Cependant, personne n’échappe à l’expérience de la souffrance et surtout à la question du mal moral.

« Je cherchais d’où vient le mal et je ne trouvais pas de solution » dit St Augustin et sa propre quête douloureuse ne trouvera d’issue que dans sa conversion au Dieu vivant. Car « le mystère d’iniquité » (2 Th 2, 7) ne s’éclaire qu’à la lumière du mystère de la piété (1 Th 3, 16), de la foi.

Etabli par Dieu dans un état de sainteté, l’homme séduit par le Malin, dès le début de l’histoire, a abusé de sa liberté, en se dressant contre Dieu et en désirant parvenir à sa fin hors de Dieu.

Par son péché, Adam, en tant que premier homme,  a perdu la sainteté et la justice originelles qu’il avait reçues de Dieu non seulement pour lui, mais pour tous les humains. A leur descendance, Adam et Eve ont transmis la nature humaine, blessée par leur premier péché, donc privée de la sainteté et de la justice originelles. C’est cette privation que l’on appelle « le péché originel ».

En effet, la transmission du péché originel relève de l’unité du genre humain : les hommes sont liés dans leur humanité par le bien mais aussi dans le mal.

Cependant, si l’homme est tombé sous le joug du péché, le Christ, par la Croix et la Résurrection, a brisé le pouvoir du Malin et l’a libéré, justement dans l’humanité.