LG chapitre 2 : Le peuple de Dieu

conférence du mardi 06 décembre 2011

I. Exégèse biblique du peuple de Dieu

A. L’expérience vétéro-testamentaire

Comment l’Eglise a-t-elle été préparée dans l’histoire ?

Incontestablement, c’est Israël, objet unique de l’AncienTestament, qui apparaît comme le précurseur de l’Eglise.

Or, dès l’origine d’Israël, le peuple juif manifeste une conscience particulière de son rôle dans le plan divin. Cette conscience se retrouve dans la langue hébraïque elle-même qui distingue sans doute possible « AM » : « le peuple élu » de « GOY » : « les autres nations », une distinction que les traductions grecques reprendront à leur tour en opposant le « laos » à « l’ethnos ».

Le premier livre du Pentateuque, la Genèse, proclame que le salut est en préparation, qu’il est en germe et que c’est par Israël que cette préparation au salut s’accomplit.

En effet, Israël trouve son origine et  son espérance dans l’action de Dieu qui sauve (de Pharaon et de la servitude).

Il convient donc de s’interroger en trois temps sur :

  •         l’origine d’Israël,
  •         sa vocation,
  •         le moyen choisi par Dieu pour faire entrer Israël dans son dessein.

a)      Origine d’Israël :

L’origine d’Israël, c’est Dieu qui choisit d’élire ce peuple spécifique (Deut.IV 32-40, Deut.VII 7-11).

b)      Vocation d’Israël :

La finalité d’Israël, c’est de témoigner, de faire connaître Dieu au monde entier pour que le monde entier L’aime. Il s’agit ici du célèbre « Shema Israël » que les Juifs continuent de dire aujourd’hui encore et que l’on trouve au Deut.VI 4-5 : « Ecoute Israël : Yahvé notre Dieu est le seul Yahvé. Tu aimeras Yahvé ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton pouvoir… ».

La liaison entre Dieu, Israël et les nations de la terre est à nouveau proclamée chez Isaïe XLV 14-25 « …Il n’y a de Dieu que chez toi ! Il n’y en a pas d’autres, pas d’autre dieu, en vérité tu es un dieu qui se cache, Dieu d’Israël, sauveur…Rassemblez-vous et venez ! Approchez tous ensemble, survivants des nations….Il n’y a pas d’autre dieu que moi…Tournez-vous vers moi et vous serez sauvés, tous les confins de la terre…. ».

c)      Moyen choisi par Dieu :

Pour accomplir cette vocation, Dieu conclut l’Alliance avec Israël. Les clauses en sont la loi (cf Exode, Deutéronome) avec l’affirmation d’un strict monothéisme et l’interdiction de tout pacte avec les nations païennes ainsi que les observances (les 613 petits commandements toujours en usage aujourd’hui chez les Juifs observants).

Cette première Alliance se conclut de deux façons :

  •          un repas,
  •          un sacrifice.

(cf Ex. XXIV).

Pour assurer cette fidélité à l’Alliance, Dieu confère à son peuple trois qualités données à des personnes particulières. Elles reçoivent l’onction en signe de consécration personnelle :

 

  •          Les ROIS doivent, par leur gouvernement, défendre le peuple et assurer la justice en son sein.
  •          Les PRETRES doivent offrir des sacrifices à Dieu.
  •          Les PROPHETES  parlent au nom de Dieu.

 

Ces trois qualités individuelles qualifient en réalité le Peuple dans son entier, car c’est le Peuple comme tel qui est consacré (Ex XIX, 6). Le Juif est roi car il participe à la souveraineté de Dieu. Il domine comme Dieu domine : par la sagesse et l’amour, il conduit les hommes à Dieu.

Israël est également un peuple de prêtres qui assure le culte de Dieu dont la Pâque qui est centrale (Ex XIX, 6 ; Lév XVI ; Lév XXIII).

Enfin le prophétisme commun à tout le peuple est la capacité à comprendre la Parole de Dieu, les livres saints que tous peuvent entendre. Ils sont inspirés par Dieu pour mieux le connaître et, dès lors, en témoigner.

B. L’Eglise, le nouveau peuple de Dieu :

a)      L’Eglise est élue :

Comme le peuple d’Israël dans l’Ancien Testament, l’Eglise est fondée elle aussi sur l’élection, mais cette fois-ci, l’élection ne concerne pas un peuple particulier mais l’humanité toute entière.

Autre différence avec l’approche vétéro-testamentaire, l’Eglise ne prépare pas le peuple en vue du salut, car le salut est déjà acquis en Christ. L’Eglise témoigne donc que le Messie est venu accomplir l’ultime sacrifice. Dès lors, toutes les nations sont invitées à entrer dans le peuple des rachetés.

b)      Moyen choisi par Dieu :

La première Alliance a été brisée à de multiples reprises (retour des Hébreux au polythéisme, désobéissances multiples du peuple élu…).

Or, la nouvelle Alliance proclamée dans l’Evangile est indéfectible, éternelle et rend caduque cette première Alliance.

Il s’agit d’un accomplissement : l’Eglise contient la fin, le salut et inaugure ainsi l’eschatologie.

II. Analyse systématique du chapitre II de LUMEN GENTIUM :

a)      Dieu rassemble un peuple nouveau (cf n° 9) :

L’Eglise est le moyen du salut.

Dieu désire ardemment que tous les peuples s’agrègent à ce rassemblement, il appelle les hommes à conclure cette nouvelle Alliance définitive avec lui et, des Juifs et des non-Juifs, il fait un seul peuple (cf 1ère Epître de St Pierre II 7-9).

Le Christ est la pierre angulaire de ce nouveau peuple avide de dignité et de liberté qui ne reconnaît désormais qu’une seule loi, le commandement d’amour.

 

Instrument de salut pour tous les hommes, l’Eglise ne connaît aucune limitation spatio-temporelle. Elle englobe les hommes de tous les horizons et de toutes les époques.

De même, elle est réputée « semper reformanda », c’est-à-dire en réformation perpétuelle.

 

b)      Le sacerdoce commun (cf n° 10) et son exercice dans les sacrements (cf n° 11) :

On distingue le sacerdoce commun des fidèles auquel et les clercs et les laïcs appartiennent et le sacerdoce ministériel (hiérarchique) qui est celui des prêtres.

Le concile indique que ces deux sacerdoces sont ordonnés l’un à l’autre, par ailleurs entre eux se trouve une différence d’essence et non de degré.

 

 

EGLISE, peuple de Dieu

Les fidèles (sacerdoce commun) participent                   Les prêtres (sacerdoce  ministériel)

au Christ :                                                                     participent au Christ :

– ROI par le fait qu’ils sont renoncés à                           – ROI en gouvernant.

eux-mêmes et pratiquent la charité.

– PRETRE par la réception des sacrements. – PRETRE en sanctifiant.

– PROPHETE par l’action de la grâce, le                            – PROPHETE en enseignant.

témoignage de leur vie et leur prière.

Le sacerdoce commun s’exerce dans les sacrements (cf  n°11), à savoir dans :

–         le baptême : par lui, les fidèles ont reçu un caractère qui les délègue pour le culte religieux chrétien et ont l’obligation de professer devant les hommes la foi que par l’Eglise ils ont reçue de Dieu.

–         la confirmation : fortifiés par l’Esprit Saint, les fidèles sont tenus de répandre et de défendre la foi par la parole et par l’action en vrais témoins du Christ.

–         l’Eucharistie : les fidèles offrent à Dieu la victime divine et s’offrent eux-mêmes avec elle.

–         la Pénitence : les fidèles se réconcilient avec l’Eglise.

–         le sacrement des malades : l’Eglise toute entière prie pour le malade.

–         l’ordre : ceux qui reçoivent l’ordre sacré deviennent les pasteurs de l’Eglise par la parole et la grâce de Dieu.

–         le mariage : les époux signifient l’union entre le Christ et l’Eglise (cf Ep V, 32).

c)      Sensus fidei (cf n°12) et charismes (cf n° 13) :

Le Sensus Fidei signifie le « sens de la foi », il s’agit d’un sens dynamique, en mouvement et entraîne une conséquence : le peuple de Dieu dans son universalité ne peut se tromper.

Ainsi, pendant des siècles, les théologiens ont discuté du dogme de l’Immaculée Conception quand le peuple des fidèles était persuadé de sa vérité. Le dogme a été proclamé par l’Eglise à la fin du XIXè siècle.

De même, lors des obsèques de Jean-Paul II, la foule des fidèles a exigé que l’on proclame ce pontife « Santo Subito », sans attendre les longues années en principe nécessaires à l’examen d’une cause en béatification, puis en canonisation …

 

Quant aux charismes, il s’agit de grâces spéciales pouvant être à l’origine de dispositions, de dons particuliers s’attachant à une personne. L’Eglise se réserve le droit de juger de l’adéquation de ces charismes à son enseignement.

Ainsi, Simon le magicien était connu pour ses dons étonnants que l’Eglise n’a pas admis. Il s’est avéré que Simon était en fait possédé par un esprit malin.

Par contre, certains des charismes revendiqués par les « charismatiques », ces communautés nouvelles qui ont fleuri dans les années 60, ont été passés au crible par l’Eglise puis encouragés par elle.

d)      Les fidèles catholiques (cf  n°14), les chrétiens non catholiques (cf n° 15) et les non chrétiens (cf n° 16) :

Tous les hommes sont appelés par le Christ, il s’agit d’une juridiction cumulative et non exclusive : on peut être Français et catholique.

 

–         Les fidèles catholiques : ils s’agrègent à l’Eglise à laquelle ils sont unis par le corps et le cœur par les sacrements et leur profession de foi. Ils demeurent toujours en union avec le Pape.

–         Les chrétiens non catholiques : l’Eglise est unie à eux par de nombreux liens. Le Christ opère en eux son action sanctifiante.

–         Les non chrétiens : ils n’ont pas reçu la foi en Christ. S’ils ignorent sans faute de leur pa          rt l’Evangile, ils peuvent arriver au salut avec leur bonne volonté et un cœur droit car tout bien vient de Dieu.

e)      L’Eglise missionnaire (cf n°17) :

La mission découle de la catholicité du peuple de Dieu (cf 1ère Epître aux Corinthiens IX).

Il convient d’annoncer l’Evangile, de préparer au baptême.

Il faut répandre la foi pour la gloire de Dieu et le salut des hommes.

 

ADDENDUM : Analyse de l’adage : «  Hors de l’Eglise, point de salut » :

Ceux qui refuseraient d’entrer dans l’Eglise ou d’y persévérer ne pourraient être sauvés car l’Eglise est le moyen du salut.

Dès lors qu’on la rencontre et qu’on la refuse, on ne peut être sauvé.

Tout homme hors de l’Eglise qui parvient au salut est sauvé par le Christ dont le corps mystique, l’Eglise, est moyen de salut (seul médiateur entre Dieu et les hommes).