LG chapitre 3 : La constitution hiérarchique et l’épiscopat

Conférence du mardi 17 janvier 2012

 Avant d’entrer plus avant dans l’étude du chapitre III, il convient de prêter attentionà l’organisation très particulière des chapitres dans la constitution dogmatique LUMEN GENTIUM.

En effet, au chapitre I « Mystère de l’Eglise » répond le chapitre VIII « La bienheureuse Vierge Marie, mère de Dieu dans le mystère du Christ et de l’Eglise » en ce que Marie est l’image la plus parfaite du mystère de l’Eglise.

Dans le même temps, le chapitre II « Le peuple de Dieu » fait référence à deux types d’individus : les clercs étudiés au chapitre III dans « La constitution hiérarchique et l’épiscopat » et les laïcs évoqués au chapitre IV « Les laïcs ».

Enfin, le chapitre V « La vocation universelle à la sainteté dans l’Eglise », qui concerne donc tout le monde, se place entre l’Eglise du ciel et celle de la terre : les religieux, traités dans le chapitre VI «  Les religieux » en ce qu’ils sont déjà l’Eglise du Ciel sur terre, et à l’Eglise  du Ciel étudiée au chapitre VII «  Le caractère eschatologique de l’Eglise en pèlerinage et son union avec l’Eglise du Ciel ».

On peut ainsi observer une présentation complexe mais finement pensée de la Constitution dogmatique sur l’Eglise.

 

Venons-en à l’étude particulière du chapitre III consacré à la constitution hiérarchique en général et à l’épiscopat en particulier.

Il n’y aura pas d’approche biblique mais seulement une analyse systématique de ce chapitre.

 

ANALYSE SYSTEMATIQUE DU CHAPITRE III DE LUMENT GENTIUM :

 Rappelons en premier lieu que le concile Vatican I convoqué par le pape Pie IX le 29 juin 1868 et ouvert le 8 décembre 1869 avait pour objet de réfléchir sur l’Eglise comme le fera un siècle plus tard LUMEN GENTIUM.

Mais, compte-tenu des évènements politiques en Europe, ce concile n’eut le temps d’adopter que deux constitutions apostoliques ;

  •        Dei Filius, le 20 avril 1870 qui condamne le modernisme,
  •        PastorAeterni, le 13 juillet 1870 qui rappelle la primauté du pape et définit le dogme de l’infaillibilité pontificale.

A l’issue de cette constitution, le concile se sépara en raison de la déclaration de guerre entre la France et la Prusse.

La mission et le rôle du pape ayant déjà été traité dans la constitution PastorAeterni, le 24e concile œcuménique, dit Vatican II, ne jugea pas utile d’y revenir. De même, les prêtres sont assez peu évoqués dans cette constitution puisqu’un document spéciale en traitera (Presbyterorum Ordinis).

La constitution LUMEN GENTIUM en son chapitre III traite avant tout de la mission et du rôle des évêques.

 

a)      Introduction (n°18) : une question dogmatique

Les évêques sont des ministres au pouvoir sacré.

L’épiscopat est un et indivis, c’est pourquoi le Seigneur a institué le pape à la tête des évêques afin qu’il soit garant de l’unité dans la foi et la communion.

b)      Institution des Douze (n°19)

Le Seigneur Jésus, après avoir longuement prié son Père, appela à lui ceux qu’il voulut et en institua douze pour en faire ses compagnons et les envoyer prêcher le Royaume de Dieu (cf Mc 3, 13-19 ; Mt 10, 1-42).

A cette institution des Apôtres, il donna la forme d’un collège donc d’un groupe stable, et mit à leur tête Pierre, choisi parmi eux (cfJn21, 15-17).

  1. Le Christ a appelé à lui ceux qu’il a voulus (cf « Le choix de Dieu, cardinal Lustiger, Livre de Poche, 1989 »).
  2. Il les a institués : « …Ce n’est pas vous qui m’avez choisi ; mais c’est moi qui vous ai choisis et établis….Jn 15, 16).
  3. C’est le Christ qui forme le collège avec Pierre à sa tête en lui remettant le pouvoir des clefs (le pouvoir de lier et de délier) avant, puis après le reniement de Pierre.
  4. Le but du Christ : que ses Apôtres sanctifient, gouvernent et enseignent tous les peuples.

 

c)      Les évêques, successeurs des apôtres (n°20)

Le Christ a lui-même constitué hiérarchiquement l’Eglise (cf n°19).

Le premier acte hiérarchique du premier collège apostolique fut le choix de Mathias pour remplacer Judas.

St Irénée (au IIème siècle) sera le premier Père de l’Eglise à expliquer la succession apostolique en insistant sur son rôle unificateur : l’évêque est le Père du diocèse dans le but d’assurer l’unité.

De même, St Irénée enseignera que les évêques, en vertu de l’institution divine, succèdent aux Apôtres, comme pasteurs de l’Eglise, en sorte que, qui les écoute, écoute le Christ, et qui les rejette, rejette le Christ et Celui qui a envoyé le Christ.

 

d)     La sacramentalité de l’épiscopat (n°21)

« En la personne des évêques assistés des prêtres, c’est le Seigneur Jésus Christ, Pontife suprême, qui est présent au milieu des croyants. »

Dans chaque sacrement réside une grâce spéciale, ainsi par le sacrement de l’ordre que reçoit tout évêque, ce dernier est totalement et pleinement configuré au Christ (cf Jean-Paul II Exhortation apostolique « Je vous donnerai des prêtres » du 25 mars 1992). L’ordre constitue une identification plénière au Christ-« tête »/ « chef ».

 

e)      Le collège épiscopal et son chef (n°22)

Le Pape et les évêques ne forment qu’un seul collège. Le concile est donc le rassemblement du collège des évêques unis au Pape.

Le Pape dispose du pouvoir plénier (entier), suprême (non susceptible d’appel) et universel (sur toutes choses). Il convoque, préside et confirme le concile : s’il ne promulgue pas un document élaboré lors du concile, ce document  est réputé ne pas être issu du concile.

f)       Les relations à l’intérieur du collège (n°23)

« L’unité collégiale apparaît aussi dans les relations mutuelles de chacun des évêques avec les Eglises particulières et avec l’Eglise universelle. Le pontife romain, comme successeur de Pierre, est le principe perpétuel et visible et le fondement de l’unité qui lie entre eux soit les évêques, soit la multitude des fidèles. Les évêques sont, chacun pour sa part, le principe et le fondement de l’unité dans leurs Eglises particulières…. »

Chaque Eglise particulière représente une portion du Peuple de Dieu, «  chaque évêque représente son Eglise, et, tous ensemble, avec le pape, représentent l’Eglise universelle dans le lien de la paix, de l’amour et de l’unité… ».

 

g)      La fonction de sanctification et de gouvernement des évêques (n°26,27)

« L’évêque, revêtu de la plénitude du sacrement de l’Ordre, porte la responsabilité de dispenser la grâce du suprême sacerdoce, en particulier dans l’Eucharistie qu’il offre lui-même ou dont il assure l’oblation et d’où vient à l’Eglise continuellement vie et croissance » (cf n°26).

Jean-Paul II qui participa au concile de Vatican II a pu ainsi écrire dans l’encyclique «  L’Eglise vit de l’Eucharistie » (17 avril 2003) : « L’Eglise fait les sacrements mais ceux-ci font l’Eglise ».

Dans leur fonction de gouvernement, les évêques ont un pouvoir propre (personnel), ordinaire (chaque évêque dispose de ce pouvoir) et immédiat (cf n°27).

A titre indicatif, il convient de noter que les évêques ne sont pas des collaborateurs du pape contrairement aux cardinaux qui, eux, sont les vicaires du pape. En effet, les cardinaux, théologiquement, n’appartiennent pas à la hiérarchie de l’Eglise.

h)      Les prêtres et les diacres (n°28 et 29)

Les prêtres sont les collaborateurs de l’évêque. Leur unité vient de leur commune ordination et de leur commune mission, c’est toute la question du presbytérium.

Les diacres, pour leur part, ne participent pas du sacerdoce mais du service en ce qu’ils restent en permanence configurés au Christ Serviteur et non au Christ Prêtre.

Ajoutons cependant que tout prêtre et tout évêque est diacre.

Depuis le concile Vatican II, des diacres peuvent être ordonnés à titre permanent, ce peut être un célibataire ou un homme marié. Un diacre célibataire ne saurait se marier. De même, un diacre marié devenu veuf ne pourrait se remarier : il ne peut changer d’état après son ordination diaconale.