LG chapitre 4 : Les Laïcs

conférence du mardi 7 février 2012

I.Exégèse biblique

Le n° 31 du chapitre IV de LUMEN GENTIUM définit le laïc de façon positive :

« La vocation propre des laïcs consiste à chercher le règne de Dieu précisément à travers la gérance des choses temporelles qu’ils ordonnent selon Dieu. Ils vivent au milieu du siècle,c’est-à-dire engagés dans tous les divers devoirs et travaux du monde, dans les conditions ordinaires de la vie familiale et sociale dont leur existence est comme tissée. »

Pour le chrétien, il existe  une juste autonomie des réalités terrestres (Gaudium et Spes 36, §2 et 3). En effet, le christianisme désacralise le monde tout en affirmant que le monde a été créé pour la gloire de Dieu. Ainsi, il le purge de ses démons et de ses dieux (La Cité de Dieu, St Augustin) qui mêlent le sacré et le profane. En faisant du monde un objet de création extérieur à Dieu, le christianisme le livre à la responsabilité de l’homme et rend possible, en particulier,  la recherche expérimentale et technique pour peu qu’elle ne soit pas opposée à la morale chrétienne. Ainsi, un dialogue harmonieux entre la foi et la science peut s’instaurer puisque le Créateur a voulu l’autonomie du monde. Ce dialogue est possible quand il suppose l’unité de la vérité ( il n’y a pas plusieurs vérités) et que chacun, dans son domaine propre, la recherche effectivement (les idéologies existent aussi bien en science qu’en théologie).

C’est précisément cette distinction entre profane et sacré qui permet de s’attacher à la notion de sagesse telle qu’elle est étudiée dans la Bible.

Il convient de préciser que la recherche de la sagesse est commune à toutes les civilisations orientales (Mésopotamie, Egypte, Grèce…) qui nous ont toutes légué des recueils de littérature sapientielle.

C’est à cette très antique tradition qu’il faut rattacher la légende des Sept Sages de Grèce (586 AC). Selon la légende, il s’agit du titre donné à sept hommes politiques, législateurs ou philosophes présocratiques. Ils auraient été sept comme les sept merveilles du monde antique et auraient été connus pour leur sagesse pratique d’où ils auraient tiré des maximes connues dans tout le monde grec. On dit qu’ils se seraient réunis à Delphes pour offrir ces maximes au dieu Apollon.

Parmi ces sentences, on peut citer :

  •     Ne te porte jamais caution.
  •     Connais-toi toi-même….

1 La sagesse dans l’Ancien Testament

Dans la Bible, la Parole de Dieu prend aussi une forme de sagesse.

Dans l’Ancien Testament, la sagesse est attribuée à Salomon notamment dans le Livre des Proverbes, Qohelet (l’Ecclésiaste) ou le Cantique des Cantiques.

Cela ne signifie nullement que la Révélation, à un certain stade de son développement, se transforme en humanisme. Bien au contraire, la sagesse divine, même si elle intègre le meilleur de la sagesse humaine, reste d’une autre nature.

 

Un exemple de sagesse humaine dans la Bible : Un art de bien vivre 1R5, 13,

Un exemple de sagesse divine : L’Ecclésiaste 24 : Discours de la Sagesse. Dans cet admirable discours, on observe d’ailleurs que la Sagesse est personnifiée : « La Sagesse fait son propre éloge, au milieu de son peuple elle montre sa fierté…. » .

Peu à peu, une nouvelle réflexion  va émerger au sujet du sort du Peuple de Dieu : comment expliquer son exil, la disparition de ses rois, de ses prêtres ? Ces questions sans réponse suscitent une nouvelle interrogation sur la sagesse.

Ainsi, le prophète Daniel pressent qu’il existe des raisons cachées à ce sort, des raisons qui ne seront dévoilées qu’à la fin des temps (le dévoilement est d’ailleurs le sens premier du mot « apocalypse ») pour expliquer le destin du peuple juif et notamment son exil.

Ainsi, si la sagesse humaine recherche la cause des évènements, la sagesse divine en donne la raison. Il faut rappeler que la Sagesse est le dernier don conféré par l’Esprit Saint.

2 La sagesse dans le Nouveau Testament

« …Cependant, l’enfant grandissait, se fortifiait et se remplissait de sagesse. Et la grâce de Dieu était sur lui. » (St Luc 2, 40).

Dans le Nouveau Testament, on observe une nouveauté par rapport à l’Ancien Testament : sagesse divine et sagesse humaine appartiennent à deux ordres différents. En effet, si la sagesse divine demeure inaltérable, la sagesse humaine, elle, peut se pervertir d’où le scandale de la Croix : « Car le Christ ne m’a pas envoyé baptiser, mais annoncer l’Evangile, et cela sans la sagesse du langage, pour que ne soit pas réduite à néant la croix du Christ. Le langage de la croix, en effet, est folie pour ceux qui se perdent….mais pour nous, il est puissance de Dieu. Car il est écrit : je détruirai la sagesse des sages…Où est-il le sage ?… »     (1ère épître aux Corinthiens, 1, 17-31).

 

Dès lors, la juste autonomie de la Création par rapport à son Créateur conduit néanmoins à Dieu puisque ce dernier est à l’origine des deux sagesses.

Quelle conséquence pour les laïcs ?

Leur tâche ne peut légitimement s’accomplir que s’ils sont du monde mais qu’à travers les réalités de ce monde ils cherchent inlassablement le règne de Dieu. En effet, en assurant la gérance des choses temporelles, les laïcs consacrent le monde à Dieu. C’est d’ailleurs la conclusion du n° 31 du chapitre IV de LUMEN GENTIUM qui rappelle que : « les laïcs sont appelés par Dieu…. à manifester le Christ aux autres, principalement par le témoignage de leur propre vie, par le rayonnement de leur foi, de leur espérance et de leur charité… ».

  

II. Analyse systématique du chapitre IV de Lumen Gentium

En premier lieu, rappelons que le terme « laïc » est issu du grec « laos, LAOS ». Les laïcs ont déjà été évoqués dans le chapitre II de LUMEN GENTIUM, mais alors, le terme faisait référence à tout le Peuple de Dieu.

La distinction entre clercs et laïcs est assez récente. On a longtemps préféré parler des clercs et des chrétiens ou des clercs et des fidèles avec ici une ambiguïté supplémentaire puisque le terme « fidèle » inclut aussi les clercs et les religieux.

C’est ainsi que l’on en est venu à utiliser le terme de « laïc ». Ce dernier a fini par prendre une connotation assez péjorative puisqu’on opposait les clercs (les savants) aux frères lais (illetrés). Puis sont apparues au cours du XIX e et du XX e siècle les notions de laïcisme, laïcité, laïcard…qui ont à leur tour brouillé un peu plus la notion elle-même.

Quoiqu’il en soit, le terme de « laïcs » a été retenu par le concile qui nous intéresse aujourd’hui pour les distinguer des clercs et des religieux.

Nous envisagerons cette étude en quatre points :

  •        La définition des laïcs (n°30 et 31),
  •        Leur dignité (n°32 et 33),
  •        Leur participation à la mission salvifique de l’Eglise (n° 34, 35, 36),
  •        Leur relation avec la hiérarchie de l’Eglise (n°37).

 

  1. 1.     La définition des laïcs (n° 30 et 31)
  2. Particularité des laïcs dans leur état

« …Il faut, en effet, que tous, par la pratique d’une charité sincère, nous grandissions de toutes manières vers celui qui est la tête, le Christ dont le corps tout entier, grâce à tous les ligaments qui le desservent, tire cohésion et unité et, par l’activité assignée à chacun de ses organes, opère sa propre croissance pour s’édifier lui-même dans la charité. » (Ep 4, 15-16) (n°30).

Ce que vise le terme « laïc » est développé dans le n°31 :

« Sous le nom de laïcs nous entendons ici tous les fidèles, à l’exclusion des membres engagés dans un ordre sacré et de l’état religieux reconnu dans l’Eglise… » (n°31).

On en conclut par déduction que le laïc n’est ni un clerc, ni un religieux.

Il faut noter ici, en incise, qu’aujourd’hui encore subsiste un débat pour savoir où, dans la hiérarchie de l’Eglise, se situent les religieux. Sont-ils intégrés à cette hiérarchie ou en dehors d’elle ? Les deux réponses sont en fait admissibles.

S’agissant du laïc, son caractère propre est qu’il est séculier donc dans le monde, tandis que les clercs sont ordonnés au ministère sacré et les religieux à la béatitude.

  1. Particularité des laïcs dans leur mission

Les laïcs ayant pour domaine, à travers la famille et la société, les choses temporelles, ont l’obligation de chercher le règne de Dieu et d’ordonner le monde à Dieu dans une condition « ordinaire » (c’est-à-dire normale par rapport à la condition a-normale des clercs et des religieux).

Les laïcs sont donc appelés (latin VOCARE) à travailler dans le monde à la sanctification de ce dernier par leur vie, le rayonnement de leur foi, de leur espérance et de leur charité, et ceci, dans le but de louer Dieu et de configurer le monde au Christ.

2 La dignité des laïcs (n°32 et 33)

1 La commune dignité des laïcs (n°32)

Dans l’Eglise existe une commune dignité de ses membres.

« Car, de même qu’en un seul corps nous avons plusieurs membres et que tous les membres n’ont pas tous même fonction, ainsi, à plusieurs, nous sommes un seul corps dans le Christ, étant chacun pour sa part, membres les uns des autres » (Rm 12, 4-5).

En effet, il existe la même grâce de l’adoption filiale et la même vocation à la perfection dans tout le Peuple de Dieu : «  ….il n’y a ni esclave ni homme libre, ni homme ni femme, vous n’êtes tous qu’un dans le Christ Jésus » (Ga 3, 28).

La distinction entre les membres de l’Eglise suppose l’union, les clercs sont au service des laïcs et les laïcs apportent leur concours empressé aux clercs pour louer Dieu en toutes choses ( « Pour vous, je suis évêque, avec vous, je suis chrétien » St Augustin).

2 La dignité propre des laïcs (n°33)

Les laïcs coopèrent à la mission de l’Eglise et à sa sanctification. Il s’agit de l’apostolat particulier des laïcs.

« Tout laïc, en vertu des dons qui lui ont été faits, constitue un témoin et en même temps un instrument vivant de la mission de l’Eglise elle-même. »

Cet apostolat se nourrit des sacrements.

Ajoutons que certains laïcs sont appelés à coopérer à l’apostolat hiérarchique.

  1. 3.     Participation des laïcs à la mission salvifique de l’Eglise (n°34, 35, 36)

1 Participation des laïcs au sacerdoce commun et au culte

Le laïc rend un culte agréable à Dieu donc il rejoint ainsi la mission du prêtre. C’est une participation visible notamment lors de l’Offertoire quand les laïcs s’offrent à Dieu, ils s’unissent ainsi au Corps du Christ.

2 Participation des laïcs à la fonction prophétique du Christ

Les laïcs participent à cette fonction de deux manières :

–       Grâce au Sensus Fidei (sens de  la foi), qui est une grâce propre au laïc. Le Sensus Fidei est la façon dont les fidèles ont vécu une question religieuse et ont fait progresser la théologie. Ainsi, le dogme de l’Immaculée Conception est l’aboutissement de longs siècles de querelles théologiques tranchées depuis le Moyen-Age par le peuple qui, depuis longtemps, était convaincu que Marie avait été préservée du péché originel pour pouvoir accueillir Dieu en son sein.

–       Grâce à la parole : les laïcs sont « les hérauts puissants de la foi… » (He 11, 1).

3 Participation des laïcs au service royal

  •        En arrachant le monde à l’emprise du péché,
  •        En sanctifiant la Création par leur action.
  1. 4.     Relation des laïcs avec la hiérarchie de l’Eglise (n°37)

Le laïc a le droit de recevoir (et il s’agit d’un élément novateur de Lumen Gentium) le trésor spirituel de l’Eglise et notamment la Parole de Dieu et les sacrements des mains des clercs. Cela signifie qu’un laïc peut légitimement exiger d’un clerc que ce dernier lui donne ce trésor spirituel au cas où il s’y opposerait.

De la même façon, et bien sûr en fonction de ses connaissances et compétences particulières, le laïc peut faire savoir au clerc ce qu’il pense être nécessaire au bien de l’Eglise mais toujours « dans la sincérité, le courage et la prudence, avec le respect et la charité qu’on doit à ceux qui, en raison de leurs charges sacrées, tiennent la place du Christ ».

Enfin, les laïcs, comme tous les fidèles, « doivent embrasser, dans la promptitude de l’obéissance chrétienne, ce que les pasteurs sacrés représentant le Christ décident au nom de leur magistère et de leur autorité dans l’Eglise… ».

Ainsi, « Ce que l’âme est dans le corps, il faut que les chrétiens le soient dans le monde ». (St Jean Chrysostome, In Mt., Hom. 46)