LG chapitre 5 : La vocation universelle à la sainteté dans l’Église

conférence du 6 mars 2012

I. Exégèse biblique

Cette exégèse sera conduite selon les quatre axes de réflexion des quatre parties de ce chapitre :

  •        Les fondements de la vocation universelle  à la sainteté,
  •        Les moyens pour parvenir à la sainteté,
  •        Les formes multiples d’exercice de l’unique sainteté,
  •        La voie menant à la sainteté.

 

 

 

1 Les fondements de la vocation universelle à la sainteté :

Ces fondements procèdent de la sainteté même du Christ. Puisque le Christ est proclamé le « seul Saint » (Missel romain, Gloria in excelsis), l’Eglise, est « aux yeux de la foi indéfecti- blement sainte, cf n°39). En effet, le Christ a aimé l’Eglise comme son épouse, il s’est livré pour elle afin de la sanctifier (Ep 5, 25-26) et l’a comblée du don de l’Esprit Saint pour la gloire de Dieu. C’est pourquoi tous, dans l’Eglise, qu’ils appartiennent à la hiérarchie ou qu’ils soient régis par elle, sont appelés à la sainteté : « Oui, ce que Dieu veut, c’est votre sanctification » (1Th 4,3 ; Ep 1,4) .

Mais arrêtons-nous sur la sainteté du Christ et son annonce qui court tout au long du Nouveau Testament.

–       La sainteté du Christ est proclamée dès l’Annonciation :

« L’Esprit Saint viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te prendra sous son ombre ; c’est pourquoi l’être saint qui naîtra sera appelé Fils de Dieu » (Lc 1, 35). Il y a ici la révélation divine annonçant la sainteté du Christ.

 –       Après cette révélation divine, le Malin lui-même reconnaît par la bouche d’un possédé la sainteté du Jésus :

« Que nous veux-tu, Jésus le Nazaréen ? Es-tu venu pour nous perdre ? Je sais qui tu es : Le Saint de Dieu » (Mc 1, 24).

Ici, on vérifie que cette sainteté est révélée.

 –       Puis Pierre à son tour déclare :

« Nous, nous croyons, et nous avons reconnu que tu es le Saint de Dieu » (Jn 6, 69). Plus tard, Pierre s’adressant au peuple d’Israël leur dira :

« Mais vous, vous avez chargé le Saint et le Juste » (Ac 3, 14).

Saint Pierre répond par un acte de foi.

 –       Dans l’Epître aux Hébreux, on affirme :

« Oui, tel est précisément le grand prêtre qu’il nous fallait, saint, innocent, immaculé, séparé désormais des pécheurs, élevé plus haut que les cieux, qui ne soit pas journellement dans la nécessité, comme les grands prêtres, d’offrir des victimes d’abord pour ses propres péchés, ensuite pour ceux du peuple, car ceci il l’a fait une fois pour toutes en s’offrant lui-même. » (He 7, 26).

Ainsi le Christ est-il hors norme, il s’est offert pour tous les hommes de tous les temps une fois pour toutes.

Cet acte de foi est nécessaire pour comprendre comment nous sommes sauvés.

–       Dans sa 1ère Epître, Saint Jean ajoute :

« Quant à vous, vous avez reçu l’onction venant du Saint, et tous vous possédez la science. Je vous ai écrit, non que vous ignoriez la vérité, mais parce que vous la connaissez et qu’aucun mensonge ne provient de la vérité » (1 Jn 2, 20).

Ainsi donc, la sainteté du Christ nous permet d’être dans la vérité. Cette sainteté nous est donnée par l’Esprit Saint lors du baptême.

Cette courte analyse scripturaire nous permet de constater que, depuis le début des temps, la sainteté est le projet de Dieu pour tous ceux qui Le reconnaissent.

 

2 L’appel universel à la sainteté :

Les chrétiens sont devenus par leur baptême, fils de Dieu, participants de la nature divine et, par là même, réellement saints eux aussi. C’est cette sanctification qu’il leur faut, avec la grâce de Dieu, conserver et achever par l’exemple de leur vie. Comment ? Saint Paul appelle les chrétiens à vivre « comme il convient à des saints » (Ep 5, 3) et de revêtir « comme des élus de Dieu saints et bien-aimés, des sentiments de miséricorde, de bonté, d’humilité, de douceur et de longanimité » (Col 3, 12).

On observera que le Concile a choisi de mettre en exergue les recommandations positives de saint Paul (faites ceci) et non les recommandations négatives de ce dernier (abstenez-vous de…, ne faites pas ceci) : en effet, les hommes du XXème siècle sont  dans l’impossibilité d’être touchés par un discours d’ interdiction, ils ont besoin d’un projet positif.

Tous ces conseils de Saint Paul ne sont que la mise en abîme de la réponse du Christ au scribe venu l’interroger :

« Un scribe qui les avait entendus discuter, voyant qu’il leur avait bien répondu, s’avança et lui demanda : Quel est le premier commandement ? Jésus répondit : Le premier c’est : Ecoute Israël, le Seigneur notre Dieu est l’unique Seigneur, et tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de tout ton esprit et de toute ta force. Voici le second : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Il n’y a pas de commandement plus grand que cela. » (Mc 12, 28-32).

 3 Les formes multiples d’exercice de l’unique sainteté :

Il existe une seule sainteté se déclinant dans la hiérarchie de l’Eglise selon les divers modes décrits par le concile.

Les artistes chrétiens ont su, eux aussi, à travers les diverses représentations du Jugement Dernier ou de  Vénération mystique, mettre en lumière cette multiplicité de formes de vie qui, toutes, peuvent conduire à la sainteté.

Le monastère roumain de Voronet représente ce Jugement Dernier avec des élus issus de toutes les hiérarchies sociales, idem pour les damnés, d’ailleurs : évêques, prêtres, religieux et religieuses, hommes et femmes, seigneurs et paysans… On retrouve la même certitude en Occident chez Giotto, Fra Angelico, Michel-Ange ou Van Eyck (cf l’Agneau mystique).

 



 

Représentations du Jugement Dernier de gauche à droite : Fra Angelico, Giotto

 L’Agneau Mystique de Van Eyck

 

4 Quelles sont les voies qui peuvent mener à la sainteté ?

En fait, une seule voie mène à la sainteté : la charité.

« Dieu est charité et celui qui demeure dans la charité demeure en Dieu et Dieu en lui »

(1 Jn 4, 16).

« Maintenant donc demeurent foi, espérance, charité, ces trois choses, mais la plus grande d’entre elles, c’est la charité » (1Co 13, 13).

 Dieu a répandu la charité dans nos cœurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné :

« …l’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par le Saint Esprit qui nous fut donné » (Rm 5,5).

La charité est, en effet, le lien de la perfection et la plénitude de la loi :

« Vous donc, les élus de Dieu, ses saints et ses bien-aimés, revêtez des sentiments de tendre compassion, de bienveillance, d’humilité, de douceur, de patience ; […]Et puis, par- dessus tout, la charité, en laquelle se noue la perfection » (Col 3, 12-14).

Elle oriente tous les moyens de sanctification, leur donne leur âme et les conduit à leur fin.

«  La charité ne fait point de tort au prochain. La charité est donc la Loi dans sa plénitude » (Rm 13, 10).

Jésus ayant manifesté sa charité en donnant sa vie pour nous, personne ne peut aimer davantage qu’en donnant sa vie pour lui et pour ses frères :

« A ceci nous avons connu l’Amour : celui-là a donné sa vie pour nous. Et nous devons, nous aussi, donner notre vie pour nos frères. » (1 Jn 3, 16).

Ainsi, la charité, dans toutes ses conséquences, fait du chrétien un individu à part, anti-conformiste car dans l’impossibilité d’embrasser la logique du monde.

II. Analyse systématique

En premier lieu, il convient de noter que cet « appel universel à la sainteté » clairement affirmé est une nouveauté dans le discours de l’Eglise. En fait, le concile exprime explicitement ce qui a toujours été admis implicitement par l’Eglise même si, on a longtemps confondu les ordres de sainteté et la sainteté des ordres.

Ainsi le pape Jean-Paul II a donné à l’Eglise plus de saints que tous ses prédécesseurs en prenant soin de les choisir dans tous les états de vie : prêtres, religieux et religieuses, mères de famille, couples… afin de bien marquer cette universelle vocation à la sainteté de toute l’Eglise.

Nous reprendrons ici le même plan que dans la première partie :

  •        Fondement de cette vocation,
  •        Appel universel,
  •        Formes de vie,
  •        Quelle voie mène à la sainteté ?

 

1 Le fondement de cette vocation

 

L’Eglise est sainte, or « ne sommes-nous pas les membres de son Corps ? » (Ep 5, 30).

Dès lors, il nous appartient de vivre (c’est-à-dire de devenir saint) ou de mourir.

Le concile précise que la sainteté de l’Eglise est ontologique ce que Ste Catherine de Sienne a exprimé en disant :

« Les souillures et immondices de nos péchés qui recouvrent la face de l’Eglise n’altèreront jamais la sainteté de l’Eglise ».

Dès lors, la sainteté de l’Eglise fait celle des fidèles.

Cette sainteté est pour chacun et pour les autres. Il nous appartient de la vivre chacun selon son mode propre (particulier) :

–       A titre privé (en s’engageant par un vœu dans son coeur),

–       A titre public (les religieux),

–       A titre privé  dans son cœur (sans s’engager par un vœu particulier).

 

A noter que l’article 39 explique :

«… la sainteté s’exprime en chacun de ceux qui tendent à la charité parfaite  dans la pratique des conseils qu’on a coutume d’appeler évangéliques ».

Or,  les expressions « charité parfaite » et « conseils évangéliques » sont des termes qui, jusqu’alors, étaient réservés aux religieux. En les destinant à tous les membres de l’Eglise, le concile réaffirme fortement la vocation universelle à la sainteté de tous les chrétiens.

 

2 L’appel universel

 

«  Vous donc, soyez parfaits comme votre Père céleste est  parfait » (Mt, 5, 48).

Il convient d’aimer les autres comme soi-même et comme le Christ les a aimés.

Le baptême est un appel (cf latin vocare, une vocation) en raison du don de Dieu et par grâce. C’est aussi une justification (nous sommes rendus justes).

En conséquence, nous participons de la nature divine.

La sainteté apparaît donc un appel intérieur supposant une coopération libre. (cf Confession du pécheur justifié, James HOOG, L’Imaginaire Gallimard).

 

Dans chaque ordre (état), le chrétien est appelé à la plénitude de la sainteté.

 

3 Les formes multiples d’exercice de l’unique sainteté

 

Quelle que soit la forme de vie adoptée par les chrétiens, toutes doivent mener à une unique sainteté. Il n’existe pas de sainteté supérieure à une autre.

Ainsi sont appelés à cette unique sainteté :

–       Les évêques, les prêtres, les diacres, les séminaristes et les laïcs chargés d’une mission,

–       Les époux et les parents chrétiens selon un mode qui leur est propre, à savoir l’amour réciproque qu’ils se portent et l’enseignement à leurs enfants des vérités chrétiennes et des vertus de l’Evangile (cf n°41),

–       Les personnes veuves et les célibataires dont le concours peut être pour la sainteté et l’activité dans l’Eglise de grande valeur,

–       Les personnes exerçant des travaux pénibles et dont

« leur activité d’homme doit les enrichir personnellement, leur permettre d’aider leurs concitoyens et de contribuer à élever le niveau de la société tout entière et de la création, à imiter enfin, par une charité active, le Christ qui a voulu pratiquer le travail manuel et qui, avec son Père, ne cesse d’agir pour le salut de tous, cela dans une joyeuse espérance, s’aidant mutuellement à porter leurs fardeaux, montant par leur travail quotidien à une sainteté toujours plus haute, même sous la forme apostolique » (cf n° 41),

–       Les personnes pauvres, infirmes, malades ou persécutées pour la justice sont aussi tout spécialement unies au Christ souffrant pour le salut du monde.

 

4 Quelle voie pour atteindre la sainteté ?

 

Une seule voie existe en fait, la Charité ainsi que nous l’avons déjà largement commenté dans la première partie de cette étude.

« La charité est la forme de toutes les vertus » (St Thomas d’Aquin).

 

 

 

 

En conclusion de ce chapitre, il est intéressant d’analyser à nouveau le plan du document Lumen Gentium. On s’aperçoit alors, qu’il existe une logique très subtile dans un plan au premier abord simplement descriptif.

En effet, les cinq premiers chapitres que nous achevons d’étudier aujourd’hui sont consacrés à l’Eglise hiérarchique, c’est-à-dire à des personnes appelées à la sainteté et vivant dans le monde :

–       1° Le Corps de l’Eglise,

–       2° Le Peuple de Dieu,

–       3° La hiérarchie et l’épiscopat,

–       4° Les laïcs,

–       5° La sainteté.

 

Les trois derniers chapitres concernent :

–       6° Les religieux,

–       7° L’Eschatologie,

–       8° La Vierge Marie

 

c’est-à-dire qu’ils s’inscrivent non plus dans ce monde mais dans le Ciel en un élan mystique évident.