Le Christ évangélisateur

 1ère conférence, 1er octobre 2013

L’exhortation apostolique Evangelii Nuntiandi a été promulguée par le pape Paul VI le 8 décembre 1975 en la solennité de l’Immaculée Conception.

Elle est intervenue à la fin d’une Année Sainte « au long de laquelle l’Église, tendue de tout son effort vers la prédication de l’Évangile à tous les hommes n’a voulu rien d’autre qu’accomplir son office de messagère de la Rome nouvelle de Jésus-Christ, proclamée à partir de deux consignes fondamentales : Revêtez l’homme nouveau et Laissez-vous réconcilier avec Dieu » (EN n°2)

Elle intervient aussi dix ans après la clôture du Concile Vatican II dont «les objectifs se résument, en définitive, à  un seul : rendre l’Église du XXème siècle encore plus apte à annoncer l’Évangile à l’humanité du XXème siècle. » (EN n°2).

Les vœux du pape Paul VI s’applique tout aussi bien aux hommes de notre XXIème siècle. Il s’agit toujours « du devoir que nous avons reçu du Seigneur de confirmer les frères… dans la mission d’évangélisation pour que, en ces temps d’incertitude et de désarroi, ils l’accomplissent avec toujours plus d’amour, de zèle et de joie. » (EN n°1)

Paul VI a eu l’intuition qu’une nouvelle Pentecôte était à l’œuvre en plein XXème siècle, une Pentecôte qui permettra notamment l’éclosion de nouvelles communautés dotées de charismes particuliers : les communautés charismatiques comme celle de l’Emmanuel par exemple, appelée à un développement à première vue inattendue dans un siècle encore très marqué par l’athéisme militant du marxisme.

Mais le pape rappelle cependant que, si l’Église doit adapter son langage et ses méthodes au monde moderne, elle doit veiller fermement à « préserver dans sa pureté intangible son patrimoine de foi » (EN n° 3) d’où trois questions :

–         Qu’est devenue de nos jours l’énergie cachée de la Bonne Nouvelle vécue par les premières communautés chrétiennes ?

–         Jusqu’à quel point et comment cette force évangélique est-elle en mesure de transformer l’homme moderne ?

–         Comment faut-il proclamer l’Évangile aujourd’hui pour que sa puissance soit efficace ?

Ces interrogations explicitent finalement la question fondamentale que se pose l’Église après le Concile Vatican II : « l’Église se trouve-t-elle, oui ou non, plus apte à annoncer l’Évangile et à l’insérer dans le cœur de l’homme avec conviction, liberté d’esprit et efficacité » (EN n°4). Une question sous-tendue cependant par une certitude : « la présentation du message évangélique (aux hommes d’aujourd’hui) n’est pas pour l’Église une contribution facultative : c’est le devoir qui lui incombe, par mandat du Seigneur Jésus, afin que les hommes puissent être sauvés […]C’est le salut des hommes qui est en cause. C’est la beauté de la Révélation qu’il représente.[…]Il est la Vérité. Il mérite que l’apôtre y consacre tout son temps, toutes ses énergies, y sacrifie, au besoin, sa propre vie » (EN n°5 in fine)

 

Chapitre I : Du Christ évangélisateur à une Église évangélisatrice

1° Aux origines était le Christ :

Le premier évangélisateur fut le Christ : « Je dois annoncer la Bonne Nouvelle du Royaume de Dieu, pour cela, j’ai été envoyé » (Lc IV, 43) et tous les aspects de son Mystère – l’Incarnation, les miracles, l’enseignement, l’appel des disciples, l’envoi des Douze, la Croix, la Résurrection, la permanence de sa présence au milieu des siens- font partie de son activité évangélisatrice.

Le Christ

– annonce le Royaume, le Règne de Dieu qui est absolu. « Le Seigneur se plaira à décrire sous mille formes diverses le bonheur d’appartenir à ce Règne, bonheur paradoxal fait de choses que le monde rejette (Mt V, 3-12) » (EN n°8)

– annonce le Salut libérateur du péché et du Malin, « dans la joie de connaître Dieu et d’être connu de Lui, de Le voir, d’être livré à Lui.[…] Tout cela commence durant la vie du Christ, est définitivement acquis par sa mort et sa Résurrection, mais doit être patiemment conduit au cours de l’histoire, pour être pleinement réalisé au jour de l’Avènement définitif du Christ, dont nul ne sait quand il aura lieu, sauf le Père. » (EN n°9)

– au prix d’un effort crucifiant : ce Règne et ce Salut, mots-clés de l’évangélisation de Jésus-Christ, tout homme peut les conquérir par la force (« Ils appartiennent aux violents -Lc XVI, 16-), par la fatigue et la souffrance, par une vie selon l’Évangile, par le renoncement et la croix. Mais surtout chacun les conquiert moyennant « un total renversement intérieur que l’Évangile désigne sous le nom de metanoia, c’est-à-dire une conversion radicale, un changement profond du regard et du cœur » (EN n°10).

– et d’une prédication infatigable : « Voilà un  enseignement nouveau, donné avec autorité ! » (Mc I, 27) », « Et tous lui rendaient témoignage et étaient en admiration devant les paroles pleines de grâce qui sortaient de sa bouche » (Lc IV, 22), « Jamais homme n’a parlé comme cet homme ! » (Jn VII, 46).

« Ses paroles dévoilent le secret de Dieu, son dessein et sa promesse, et changent par là le cœur de l’homme et son destin » (EN n° 11).

– Avec des signes évangéliques : ces signes innombrables qui provoquent la stupeur des foules et les entraînent vers Lui, pour Le voir, L’écouter et se laisser enfin transformer par Lui.

« Ainsi achève-t-Il sa révélation, en la complétant et en la confirmant, par toute la manifestation qu’Il fait de Lui-même, par paroles et œuvres, par signes et miracles, et plus particulièrement par Sa mort et Sa Résurrection et par l’envoi de l’Esprit de Vérité » (EN n°12).

 2° Et l’Église est à son tour envoyée en mission :

Fruit de l’action évangélisatrice du Seigneur et des Douze, elle reste dans le monde quand le Christ retourne au Père.

« Elle reste comme un signe à la fois opaque et lumineux d’une nouvelle présence de Jésus, de son départ et de sa permanence. Elle Le prolonge et Le continue. Or, c’est avant tout sa mission d’évangélisateur qu’elle est appelée à continuer (LG n°8). Car la communauté des chrétiens n’est jamais close en elle-même. En elle, la vie intime – vie de prière, écoute de la Parole et de l’enseignement des Apôtres, charité fraternelle vécue, pain partagé (Ac II, 42-46) n’a tout son sens que lorsqu’elle devient témoignage, provoque l’admiration et la conversion, se fait prédication et annonce de la Bonne Nouvelle.

C’est ainsi toute l’Église qui reçoit mission d’évangéliser et l’œuvre de chacun est importante pour le tout. » (EN n° 15)

 À l’issue de cette conférence a été diffusée une vidéo sur les Cellules paroissiales d’évangélisation, leur genèse et les résultats encourageants qu’elles obtiennent dans les paroisses où elles sont implantées.