Et en Jésus-Christ son fils unique notre Seigneur

Conférence n°2 du 22 novembre 2012

 Article 2 : « Et en Jésus-Christ, son Fils unique, notre Seigneur » et  Article 3 : « Jésus-Christ a été conçu du Saint-Esprit, il est né de la Vierge  Marie ».

 Conservant le plan déjà choisi lors de la première conférence, nous analyserons ces deux articles du Credo selon deux angles différents : une étude biblique et une étude systématique.

 

 

 ANALYSE BIBLIQUE

En suivant la Bible, nous allons nous attacher à réfléchir plus particulièrement à trois points

–       La divinité du Christ,

–       La femme dans l’Ecriture,

–       Les mystères de la vie du Christ.

 

1. La divinité du Christ

La proclamation de la divinité du Christ, de manière indirecte par sa relation filiale unique à Dieu ou de manière directe,  court dans tout le Nouveau Testament qu’il s’agisse des évangiles synoptiques, de celui de St Jean, des Actes des Apôtres ou des épîtres.

–       Dans l’Annonciation : « …Voici que tu concevras dans ton sein et enfanteras un fils et tu l’appelleras du nom de Jésus. Il sera grand et sera appelé Fils du Très-Haut… » Lc, I, 31-32.

–       Dans la Nativité : « …Il y avait dans la même région des bergers qui vivaient aux champs et gardaient leurs troupeaux durant les veilles de la nuit. L’Ange du Seigneur se tint près d’eux et la gloire du Seigneur les enveloppa de sa clarté ; et ils furent saisis d’une grande crainte. Mais l’ange leur dit : Soyez sans crainte, car voici que je vous annonce une grande joie, qui sera celle de tout le peuple : aujourd’hui vous est né un Sauveur, qui est le Christ Seigneur… » Lc II, 8-11.

–       Dans la prédication de Jean-Baptiste : « … Le lendemain, il voit Jésus venir vers lui et il dit : Voici l’agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde… » Jn I, 30

–       Dans le baptême de Jésus : « …Et voici qu’une voix venue des cieux disait : Celui-ci est mon Fils bien-aimé, qui a toute ma faveur » Mat. III, 17

–       Dans la Transfiguration : «  Celui-ci est mon Fils bien-aimé ; écoutez-le. »  Mc VIII, 7

 –       Lors de la Passion, devant le Sanhédrin : «… De nouveau le Grand Prêtre l’interrogeait, et il lui dit : Tu es le Christ, le Fils du Béni ? Je le suis, dit Jésus… » Mc XIV, 61

–         Lors de la mort du Christ en Croix : «  … Voyant qu’Il avait ainsi expiré, le centurion, qui se tenait en face de Lui, s’écria : Vraiment cet homme était Fils de Dieu ! » Mc XV, 39

Saint Jean, dans son Prologue, annonce magistralement la divinité du Christ :

« Au commencement était le Verbe et le Verbe était auprès de Dieu et le Verbe était Dieu….Et le Verbe s’est fait chair et il a habité parmi nous et nous avons contemplé sa gloire, gloire qu’Il tient du Père comme Unique-Engendré, plein de grâce et de vérité…Nul n’a jamais vu Dieu, le Fils Unique-Engendré, qui est dans le sein du Père, Lui, l’a fait connaître. » Jn I, 1-18

 De même, dans son Epître aux Philippiens, Saint Paul réaffirme-t-il la condition divine du Christ : « …Lui qui est de condition divine n’a pas revendiqué son droit d’être traité comme l’égal de Dieu mais il s’est dépouillé prenant la condition d’esclave….C’est pourquoi Dieu l’a souverainement élevé et lui a conféré le nom qui est au-dessus de tout nom afin qu’au nom de Jésus tout genou fléchisse dans les cieux, sur la terre et sous la terre et que toute langue proclame que le Seigneur c’est Jésus Christ à la gloire de Dieu le Père. » Ph, 6-11

On retrouve la même affirmation dans les Actes des Apôtres, les Epîtres de Saint Pierre ou de Saint Jean.

 

2. La femme dans l’Écriture

Dans l’Ancien Testament, Eve (qui signifie « la vivante ») est la première à être tentée par Satan. Dans l’histoire du Salut, on observe qu’à chaque figure de patriarche répond une figure féminine de matriarche : Sarah, Rébecca, Rachel, Léa, Anne (mère de Samuel), Déborah, Judith et Esther. Ces deux dernières, en ce qu’elles ont sauvé Israël, sont déjà des figures du Christ Sauveur.

Le Nouveau Testament nous parle d’Elisabeth qui, comme beaucoup de femmes de l’Ancien Testament, est stérile mais va pourtant enfanter puis de Marie « pleine de grâce ».

Dans l’Annonciation, Marie se révèle « médiatrice de toute grâce » par son FIAT librement consenti.

Dans la Visitation, celle qu’Elisabeth nomme « la mère de mon Seigneur » Lc I, 43, par sa charité envers sa cousine, rappelle aussi sa bienveillance envers l’humanité tout entière.

Son rôle de médiatrice est sans cesse réaffirmée par l’Ecriture, ainsi lors de la Nativité : « …elle conservait avec soin toutes ces choses, les méditant en son cœur. » Lc II, 19 ou lors de la Présentation de Jésus au Temple.

Marie est la mère de la foi car elle a cru, de même, lors de la Pentecôte, elle est un soutien pour les Apôtres.

D’autres figures de femmes sont présentes dans le Nouveau Testament, notamment les Saintes Femmes qui resteront au pied de la Croix quand les Apôtres se seront sauvés et qui seront aussi les premières à croire à la Résurrection du Christ.

Ainsi, les femmes apparaissent comme des modèles de foi.

 

3. Les mystères de la vie du Christ

Dans l’Ancien Testament, le mystère, c’est la révélation des secrets de Dieu qui est un Dieu caché. Le mystère est lié à l’annonce prophétique de Dieu (cf Isaïe), les Livres de Daniel et de la Sagesse évoquent un Dieu qui se manifeste exclusivement dans des visions.

Or, dans le Nouveau Testament, le terme « mystère » n’est employé qu’une seule fois dans les Evangiles synoptiques : « … Il leur disait : à vous le mystère du Royaume de Dieu a été donné ; mais à ceux-là qui sont dehors tout arrive en paraboles, afin qu’ils aient beau regarder et ils ne voient pas, qu’ils aient beau entendre et ils ne comprennent pas, de peur qu’ils ne se convertissent et qu’il ne leur soit pardonné » Mc IV, 11-12.

En effet, le Nouveau Testament, continuité et accomplissement de l’Ancien Testament proclame que le « mystère » si longtemps caché est désormais concentrée en la personne du Christ, l’oint du Seigneur et son Fils bien-aimé.

Dieu a envoyé son Fils parmi les hommes pour que ces derniers se convertissent (cf CEC n°514) car la porte d’accès aux mystères de Dieu, c’est la foi.

C’est ce que va résumer en un enseignement magistral St Paul dans son Epître aux Ephésiens :

«… à moi, le moindre de tous les saints, a été confiée cette grâce-là, d’annoncer aux païens l’insondable richesse du Christ et de mettre en pleine lumière la dispensation du Mystère : il a été tenu caché depuis des siècles en Dieu, le Créateur de toutes choses , pour que les Principautés et les Puissances célestes aient maintenant connaissance, par le moyen de l’Eglise, de la sagesse infinie en ressources déployée par Dieu en ce dessein éternel qu’il a conçu dans le Christ Jésus notre Seigneur, et qui nous donne d’oser nous approcher en toute confiance par le chemin de la foi au Christ… » Ep. III, 8-12

La méditation du chapelet est un moyen excellent pour connaître la réalité transcendante de Dieu (cf  Jean-Paul II, Lettre apostolique Rosarium Virginis Mariae) : « … après avoir rappelé l’Incarnation et la vie cachée du Christ (mystères joyeux), et avant de s’arrêter sur les souffrances de la Passion (mystères douloureux), puis sur le triomphe de la Résurrection (mystères glorieux), il convient que la méditation se tourne aussi vers les mystères de la vie publique du Christ (mystères lumineux) …  comme une authentique introduction aux profondeurs  du Cœur du Christ, abîme de joie et de lumière, de douleur et de gloire. » (Rosarium Virginis Mariae n°19)

 

ANALYSE SYSTEMATIQUE

Venons-en maintenant à une rapide analyse exégétique des articles 2 et 3 du Credo.

 

N° 422 CEC,  « Je crois en Jésus-Christ, le Fils unique de Dieu »

Cet article réaffirme la Bonne Nouvelle : Dieu a envoyé son Fils, il a « visité son peuple » (Lc I, 55) :

« Mais quand vint la plénitude du temps, Dieu envoya son Fils, né d’une femme, né sujet de  la loi, afin de racheter les sujets de la loi, afin de nous conférer l’adoption filiale » (Ga IV, 4-5).

Ainsi, l’entrée du Christ dans l’histoire des hommes marque-t-elle aussi l’entrée de Dieu dans le temps. La foi chrétienne proclame donc l’entrée de Dieu dans le temps par Jésus-Christ. La transmission de cette foi, c’est dès lors d’annoncer le Christ pour conduire à la foi en Lui. Et, dès le commencement, les premiers disciples ont brûlé de ce désir :

« Ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons contemplé, ce que nos mains ont touché du Verbe de vie ; – car la vie s’est manifestée : nous l’avons vue, nous en rendons témoignage et nous vous annonçons cette Vie éternelle, qui était auprès du Père et qui nous est apparue ; – ce que nous avons vu et entendu, nous vous l’annonçons, afin que vous aussi vous soyez en communion avec nous. Quant à notre communion, elle est avec le Père et avec son Fils Jésus-Christ. Tout ceci, nous vous l’écrivons pour que notre joie soit complète (1Jn I, 1-4).

 

 

 N°430 CEC,  Jésus

« Jésus » signifie « Dieu sauve » en hébreu. Son nom annonce le but de sa mission et sa divinité. Son nom révèle en soi qu’Il est Dieu.

 

 

N°436 CEC,  Christ

Le mot « Christ » est la traduction grecque de l’hébreu « Messie » qui signifie « oint ».

Ce mot ne devient le nom propre de Jésus que parce que ce dernier accomplit la mission divine qu’Il signifie. En effet, en Israël, seuls étaient oints au nom de Dieu ceux qui Lui étaient consacrés pour une mission venant de Lui, soit des rois, des prêtres et plus rarement des prophètes.

Or, l’Ange du Seigneur a annoncé aux bergers la naissance de Jésus comme celle du Messie promis à Israël : « Aujourd’hui, dans la ville de David vous est né un Sauveur qui est le Christ Seigneur » (Lc II, 11).

 

 

N°444 CEC, « Fils unique de Dieu »

Jésus est Fils de Dieu d’une manière particulière, par nature et non par adoption contrairement à nous, les baptisés :

« Nous avons vu sa gloire, gloire qu’Il tient de son Père comme Fils unique, plein de grâce et de vérité » (Jn I, 14)

Par ailleurs, dans la traduction grecque de l’Ancien Testament, le nom ineffable sous lequel Dieu s’est révélé à Moïse est rendu par kyrios : Seigneur.

Or, le Nouveau Testament, s’il continue d’utiliser ce titre pour le Père, l’affecte aussi, et c’est une nouveauté au Fils, le reconnaissant ainsi comme Dieu Lui-même. D’ailleurs, Jésus s’attribue explicitement ce titre en s’adressant à ses apôtres :

« …  Vous m’appelez Maître et Seigneur, et vous dites bien, car je le suis » (Jn XIII, 13)

Dès les débuts de l’histoire chrétienne, l’affirmation de la seigneurie de Jésus sur le monde et sur l’histoire signifie aussi la reconnaissance que le chrétien ne doit soumettre sa liberté personnelle, de façon absolue, à aucun pouvoir terrestre, mais seulement à Dieu le Père et au Seigneur Jésus-Christ.

« L’Eglise croit…. que la clef, le centre et la fin de toute histoire humaine se trouve en son Seigneur et Maître » (GS 10, §2).

Sous la motion de l’Esprit Saint, l’invocation du Christ sous le titre de Seigneur manifeste la reconnaissance du mystère divin de Jésus tandis que dans la rencontre avec Jésus ressuscité, il devient adoration : « mon Seigneur et mon Dieu » (Jn XX, 28), une Adoration que St Thomas d’Aquin fera sienne à chaque Consécration de la sainte hostie.

Ainsi, Jésus Christ, Fils unique de Dieu est Dieu dans l’histoire.

 

 

N° 456 CEC, «  Pour nous les hommes et pour notre salut, Il descendit du ciel ; par l’Esprit Saint, Il a pris chair de la Vierge Marie et s’est fait homme. »

« Quand vint la plénitude du temps, Dieu envoya son Fils, né d’une femme… » (Ga IV, 4) :

–       Parce que la nature humaine était malade et qu’il fallait la sauver de l’intérieur,

–       Pour diviniser la nature humaine, ce que les Pères de l’Eglise d’Orient ont parfaitement développé dans la théorie de la théosis : Dieu s’est fait homme pour que l’homme se fasse Dieu.

 

 

N° 461 CEC, l’Incarnation

L’Eglise appelle Incarnation le fait que le Fils de Dieu ait assumé une nature humaine pour accomplir en elle notre salut :

« Ayez entre vous les mêmes sentiments qui furent dans le Christ Jésus : Lui, de condition divine, ne retint pas jalousement le rang qui L’égalait à Dieu. Mais Il s’anéantit Lui-même prenant condition d’esclave et devenant semblable aux hommes. S’étant comporté comme un homme, Il s’humilia plus encore, obéissant jusqu’à la mort, et la mort sur la Croix » (Ph II, 5-8).

Ainsi le Christ s’incarne pour prendre notre humaine condition étant vrai Dieu et vrai homme ce qui sera contesté dès les débuts de la chrétienté par de nombreux courants hérétiques :

–       Les docètes et les gnostiques ont nié son humanité.

–       Les nestoriens ont vu dans le Christ une personne humaine conjointe à la personne divine du Fils de Dieu. Face à cette hérésie, St Cyrille d’Alexandrie et le troisième Concile œcuménique d’Ephèse réuni en 431 ont confessé «  que le Verbe, en s’unissant dans sa personne une chair animée par une âme rationnelle, est devenu homme ».

L’humanité du Christ n’a d’autre sujet  que la personne divine du Fils de Dieu qui l’a assumée et faite sienne dès sa conception. Le même Concile a donc proclamé que Marie est devenue en toute vérité Mère de Dieu par la conception humaine du Fils de Dieu en son sein : « Mère de Dieu, non parce que le Verbe de Dieu a tiré d’elle sa nature divine, mais parce que c’est d’elle qu’Il tient le corps sacré doté d’une âme rationnelle, uni auquel en sa personne le Verbe est dit naître selon la chair ».

–       Les monophysites ont estimé que la nature humaine du Christ a été absorbée en Dieu. Le Concile de Chalcédoine en 451 répondit par la proclamation suivante :

« A la suite des Saints Pères, nous enseignons unanimement à confesser un seul et même Fils, notre Seigneur Jésus-Christ, le même parfait en divinité et parfait en humanité, le même vraiment Dieu et vraiment homme… ».

Un siècle plus tard, le cinquième Concile œcuménique de Constantinople  en 553 complètera cette confession en déclarant : « Il n’y a qu’une seule hypostase (personne) qui est notre Seigneur Jésus-Christ, Un de la Trinité ».

Ainsi Dieu est-il en communion profonde avec son peuple : quand le Christ pleure, Dieu pleure.

 

 

N° 484 CEC, «  Conçu du Saint-Esprit… »

L’Annonciation à Marie inaugure la « plénitude du temps » (Ga IV, 4), c’est-à-dire l’accomplissement des promesses. Marie est invitée à concevoir Celui en qui habitera « corporellement la plénitude de la divinité » (Col II, 9).

Marie était prédestinée car elle était toute douceur et toute obéissance.

Si Eve a coopéré à l’avènement de la mort, Marie, elle, a coopéré seule à la venue de Dieu.

Il faut noter que toutes les grandes figures féminines de l’Ancien Testament préparent la venue de Marie, la « pleine de grâce » (Lc I, 28).

Marie est la nouvelle créature, telle que Dieu l’a voulue. Elle est l’œuvre du Salut dans toute la création et son « Fiat » répond au « Non serviam » de Lucifer.