Jésus-Christ a souffert sous Ponce Pilate … il est mort … et ressuscité des morts

Conférence n°3 du 13 décembre 2012

Article 4 « Jésus-Christ a souffert sous Ponce Pilate, Il a été crucifié, Il est mort, Il a été enseveli » et Article 5 « Jésus-Christ est descendu aux enfers, est ressuscité des morts le troisième jour » .

Avant de s’attacher à l’analyse biblique et systématique de ces deux articles du Credo, il convient de s’arrêter un instant sur l’approche iconographique de la Crucifixion.

 

APPROCHE ICONOGRAPHIQUE : LE THÈME DE LA CRUCIFIXION

La représentation du Christ en croix est attestée depuis l’époque paléochrétienne.

Elle a obéi, suivant les lieux (Orient ou Occident) et les époques, à plusieurs conventions : (détails de la face, de la posture du corps du Christ) selon l’intention du peintre de représenter,

 

 En Occident

∙ le Christ comme personnalité divine d’où un Christ triomphant sur la croix (Christus triumphans), c’est le cas pendant toute la période romane. Ici, la tête est relevée et parfois tournée vers le ciel, les yeux sont ouverts, le corps est droit et du sang s’écoule parfois des plaies (une particularité que l’Eglise d’Orient continue d’observer aujourd’hui encore dans les icônes de la Crucifixion, comme nous le verrons plus loin).

La Majesté Batlo, XIIème siècle,      Sans titreBarcelone

 

 

Conf 3 2  ou le Christ vivant des Berlinghieri de Lucques, XIIIème siècle

 

 

 

  sont des exemples typiques de cette approche.

 

∙ Le Christ humanisé donc souffrant dans le supplice (Christus dolens), initié par les primitifs italiens à la pré-Renaissance sous l’influence, notamment, des Franciscains dont les préceptes étaient favorables à l’humanisation des personnages divins de la Passion.

On observe alors une approche très différente : la tête est baissée sur l’épaule, les yeux sont fermés, la bouche est incurvée vers le bas, les plaies sont saignantes (mains, pieds et flanc droit), le corps est tordu, déhanché, arqué en un spasme de douleur, il subit son poids terrestre, enfin les côtes et les muscles sont esquissées.

 

La Crucifixion du Christ, Giotto, XIII-XIVème siècle,   Arena de Padoue

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im4 La Crucifixion, Fra Angelico, vers 1420, salle capitulaire du couvent de San Domenico

 

Le retable d’Issenheim peint par Grünewald 1516,

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aujourd’hui conservé au musée Unter den Linden de Colmar

 

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Ce retable était exposé dans la chapelle du couvent des Antonins à Issenheim, près de Colmar. Les Antonins soignaient alors les malades atteints du mal des Ardents, une maladie souvent mortelle contractée en absorbant du seigle contaminé. Les moines menaient donc fréquemment leurs patients devant le retable afin de prier pour leur guérison ou leur bonne mort. Les chairs torturées du Christ, qui ressemblaient aux corps abimés par la maladie des malades touchaient ces derniers qui prenaient alors conscience des souffrances endurées par le Christ pour l’amour de l’humanité. On rapporte un certain nombre de guérisons miraculeuses grâce aux prières déposées devant ce retable par les malheureux malades.

 

Christ en croix, Quentin Varin, début du XVIIème siècle

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 Le Christ sur la croix, Rembrandt, 1631 

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 –       En Orient :

∙ L’iconographie orientale représente le Christ mort (il s’agit de la kenose, l’abaissement de Dieu fait homme qui accepte entièrement son humanité donc la mort) montrant les déformations dues aux sévices infligés : face tournée, émaciée mais saisie par la mort dans une pose sereine, les yeux fermés du masque mortuaire, corps affaissé et plaies sanglantes aux mains, pieds et côté (Christus patiens ou Christ résigné).

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Cependant, dans l’Eglise orthodoxe, l’accent est mis sur la Croix vivifiante car la mort du Christ a inexorablement déjà signifié la défaite des forces du mal. En effet, en optant pour le mal, l’homme a trahi sa vocation et s’est trouvé asservi au pouvoir de l’Ennemi. Mais l’œuvre de réconciliation avec Dieu s’est faite en Jésus-Christ, vrai Dieu et vrai homme. En se livrant volontairement à la mort, il en a brisé irrémédiablement la puissance, puisque la mort n’a pu vaincre l’Homme-Dieu. Brisant par sa propre mort le pouvoir de la mort que le péché avait introduit, le Christ est le nouvel Adam, prémices d’une race nouvelle qui peut, par son adhésion au Christ vainqueur, retrouver sa vraie vocation, celle de l’union avec Dieu.

C’est pourquoi les icônes de la Crucifixion ne représentent jamais le Christus dolens. Ainsi, le grand iconographe Léonide Ouspensky a pu dire du Retable d’Issenheim :

« … Regarde cette chair qui va pourrir, regarde : alors, à quoi cela sert-il ? Tandis que dans une icône classique, le corps est représenté, mais pas la chair, ce n’est pas charnel.[…]. Le Christ du retable d’Issenheim a les mains crispées, convulsionnées, alors que si tu regardes une icône de la Crucifixion, c’est un monde tout à fait différent ; les chrétiens, l’Eglise, même dans les moments de souffrance du Christ, voient toujours Dieu… Le Christ du retable semble tiré par son propre poids vers le bas, vers la terre, alors que c’est rigoureusement le contraire dans l’icône… Il y a un chant liturgique qui dit que le Christ sur la Croix attirait le monde vers Lui, par ce geste-là, des bras levés et écartés. Alors la représentation du retable, pour nous, c’est un blasphème. »

L’icône de la Crucifixion représente enfin au pied de la Croix une grotte avec un crâne que l’on dit être celui d’Adam. L’évangéliste Luc relate en effet que le Christ fut crucifié « au lieu dit du crâne » (Lc 23, 33). « L’eau et le sang qui s’écoulent du flanc du Nouvel Adam, symboles de l’eau régénératrice du baptême et du sang de la Nouvelle Alliance qu’est l’Eucharistie, arrosent le crâne du premier homme. Lien évocateur avec l’icône de la Descente aux Enfers où le Nouvel Adam relève le premier. Par sa plongée au cœur des ténèbres dans un lieu privé de Dieu, le Premier-Né d’entre les morts (Col 1, 18) appelle tous les hommes, même athées, des ténèbres à son admirable lumière (1P2, 9).Le face à Face du premier et du Nouvel Adam inaugure, récapitule et inspire l’attitude requise face au Christ » (Père Michel Quenot, prêtre orthodoxe).

 

 

Icône de la descente aux Enfers,

Novgorod, XVème siècle.im10

 

        « Dès que fut planté le bois de la

Croix, ô Christ, tu ébranlas les assises de

la mort ; l’enfer se hâta d’engloutir celui

qu’il devait rendre avec effroi » (Fête de

l’Exaltation de la Croix, cathisme 2).

 

 

APPROCHE BIBLIQUE

Nous intéresserons à deux points : l’enfer et le Temple.

1. L’Enfer et les enfers :

Les enfers ne sauraient être assimilés à l’enfer. Or, dans l’Ancien Testament, la distinction n’est pas fixée du moins pour les textes les plus anciens. D’ailleurs, le judaïsme n’a jamais vraiment éprouvé d’intérêt pour ce qui advient après la mort.

L’Écriture  appelle le séjour des morts où le Christ est descendu le Shéol ou l’Hadès (Ph 2, 10 ; Ac 2, 24 ; Ap 1, 18 ; Ep 4, 9). Les Juifs y voyaient un lieu d’attente pour tous les morts, méchants ou justes. Cependant, on note  une évolution de cette interprétation :

–       Certains Psaumes font la liaison entre le péché et la mort notamment quand le mort est jeune ou quand les morts ont été fauchés par une guerre.

–       Puis certains Livres semblent s’approcher de la vision chrétienne de l’enfer, conçu comme un éloignement définitif de Dieu.

Ainsi le Livre d’Isaïe au dernier chapitre (66) décrit clairement l’enfer qui attend tous ceux qui se seront révoltés contre Dieu :

« … Et on sortira pour voir les cadavres des hommes révoltés contre moi, car leur ver ne mourra pas et leur feu ne s’éteindra pas, ils seront en horreur à toute chair. » (Is. 66, 24).

Tandis que le Livre de Daniel annonce déjà la Résurrection des morts et l’enfer chrétien :

« Un grand nombre de ceux qui dorment au pays de la poussière s’éveilleront, les uns pour la vie éternelle, les autres pour l’opprobre, pour l’horreur éternelle. » (Dn 12, 2).

 

Puisque le Christ est ressuscité d’entre les morts (Ac 3, 15 ; Rm 8, 11 ; 1 Co 15, 20), cela présuppose que, préalablement à la Résurrection, celui-ci soit descendu au séjour des morts (He 13, 20). Ainsi, Jésus, vrai Dieu et vrai homme, a connu la mort comme tous les hommes et les rejoints par son âme au séjour des morts ce que St Augustin exprimait dans son sermon 213 en écrivant : « l’homme a été crucifié, l’homme a été enseveli ; Dieu n’a pas changé, Dieu n’a pas été tué et cependant a été tué selon l’homme », c’est-à-dire que la divinité n’est pas morte, n’a pas été crucifiée, mais la personne divine du Fils est morte en son humanité.

Le Christ est donc descendu au séjour des morts mais en Sauveur, proclamant la Bonne Nouvelle aux esprits qui y étaient détenus (1 P 3,18-19) : « … mis à mort selon la chair, il a été vivifié selon l’esprit. C’est en lui qu’il s’en alla même prêcher aux esprits en prison ».

Ce sont précisément ces âmes saintes, qui attendaient leur Libérateur dans le sein d’Abraham que Jésus-Christ délivra lorsqu’Il descendit aux enfers (Catech. R. 1, 6, 3).

Jésus n’est pas descendu aux enfers pour y délivrer les damnés (Cc Rome de 745) ni pour détruire l’enfer de la damnation mais pour libérer les justes qui L’avaient précédé (Cc Tolède IV en 625).

Ainsi le Christ est descendu dans la profondeur de la mort (Mt 12, 40 ; Rm 10, 7 ; Ep 4, 9) afin que « les morts entendent la voix du Fils de Dieu et que ceux qui L’auront entendue vivent » (Jn 5, 25). Jésus, « le Prince de la vie »  (Ac 3, 15), a réduit à l’impuissance, par sa mort, celui qui a la puissance de la mort, c’est-à-dire le diable, et a affranchi tous ceux qui, leur vie entière, étaient tenus en esclavage par la crainte de la mort » (He 2, 14-15). « Désormais, le Christ ressuscité détient la clef de la mort et de l’Hadès » (Ap 1, 18) et « au nom de Jésus tout genou fléchit au ciel, sur terre et aux enfers » (Ph 2, 10).

 

La mise à mort corporelle du Christ (Jn 2, 18-22) annonce la destruction du Temple de Jérusalem qui manifestera l’entrée dans un nouvel âge de l’histoire du Salut :

« L’heure vient où ce n’est ni sur cette montagne ni à Jérusalem que vous adorerez le Père » (Jn 4, 21).

 2. Le Temple :

Avant d’être établi à Jérusalem par le roi Salomon, le Temple fut nomade au même titre que le peuple hébreu et se déplaça en suivant ce dernier (matériellement, il s’agissait alors d’une tente qui abritait le Saint des Saints, l’Arche d’Alliance). Cette tente manifestait la présence de Dieu au milieu de son peuple.

Quand la sédentarisation des Hébreux s’avéra définitive, le roi David décida de bâtir le Temple dans sa capitale à Jérusalem, c’est-à-dire à mi-chemin des tribus du Nord et de celles du Sud. C’est à son fils Salomon que revint la charge de veiller à l’érection de la Demeure de Dieu. Détruit deux fois, par Nabuchodonosor au VIème siècle avant JC puis par les Romains en 70 après JC, Dieu n’est pas lié à lui, la présence divine est autre.

 

Le Christ, comme les Prophètes avant Lui, a toujours professé pour le Temple de Jérusalem le plus grand respect. Il y a été présenté par Joseph et Marie quarante jours après sa naissance conformément à la Loi (Lc 2, 22-39). A douze ans, Il a décidé d’y rester pour rappeler à ses parents qu’Il se devait aux affaires de son Père (Lc 2, 46-49). Il y est monté chaque année au moins pour la Pâque pendant sa vie cachée Lc 2, 41) et son ministère public a été rythmé par ses pèlerinages à Jérusalem pour les grandes fêtes juives (Jn 2, 13-14).

Jésus est monté au Temple comme au lieu privilégié de la rencontre avec Dieu car le Temple est pour Lui la demeure de son Père, une maison de prière et s’Il chasse les marchands du Temple, c’est par un amour jaloux pour son Père : «  Ne faites pas de la maison de mon Père une maison de commerce » (Jn 2, 16-17).

 

Cependant, au seuil de sa Passion, Jésus a annoncé la destruction de ce splendide édifice dont il ne restera plus pierre sur pierre (Mt 24, 1-2). Il y a là l’annonce d’un signe des derniers temps qui vont s’ouvrir avec sa propre Pâque (Mt 24, 3).

Après la Résurrection du Christ, ses disciples continueront de se rendre au Temple mais sa destruction en 70 par les Romains n’affectera pas la jeune communauté chrétienne qui a bien compris que le Temple de Dieu, c’était son Fils et que, désormais, il convenait d’adorer en esprit et en vérité et non en un lieu précis.

 

 

ANALYSE SYSTÉMATIQUE

Le mystère Pascal de la Croix et de la Résurrection du Christ est au centre de la Bonne Nouvelle que les apôtres et l’Eglise à leur suite, doivent annoncer au monde.

Le Christ est mort sur la Croix pour nous sauver, c’est le centre de l’histoire. Le dessein salvateur de Dieu s’est accompli une fois pour toutes (He 9, 26) par la mort rédemptrice de son Fils.

Ceci ne signifie pas que les sacrifices de l’ancienne alliance étaient mauvais : ils étaient bons puisque voulus par Dieu mais simplement, ils sont désormais révolus.

 

1. Jésus et Israël :

On ne peut s’exonérer de l’Ancien Testament car Jésus-Christ est préparé par Israël dont Il est la promesse et la réalisation.

De nombreux actes, de nombreuses paroles de Jésus ont été un « signe de contradiction » (Lc 2, 34), comme le vieux Siméon l’avait annoncé à Marie lors de la Présentation au Temple, pour les autorités religieuses de Jérusalem, celles que Saint Jean appelle souvent « les Juifs » (Jn 1, 19 ; 2, 18 ; 5, 10). Cependant, les rapports du Christ avec les Pharisiens ne furent pas seulement polémiques. Ce sont précisément des Pharisiens qui le préviennent du danger qu’Il court. Par ailleurs, Jésus loue certains d’entre eux comme le scribe de Mc 12, 34 et il mange chez eux à de nombreuses reprises. D’ailleurs, Il confirme certaines des doctrines partagées par cette élite religieuse du Peuple de Dieu comme la résurrection des morts, les formes de piété (aumône, jeûne et prière), le fait de s’adresser à Dieu comme à un Père et le caractère central du commandement de l’amour de Dieu et du prochain.

Par contre, ce qui heurte profondément certains Pharisiens, notamment les juges du Sanhédrin et les prévient contre Jésus, c’est son attitude qui semble aller contre les institutions essentielles du Peuple élu :

–       La soumission à la Loi dans l’intégralité de ses préceptes écrits et, pour les Pharisiens, de la tradition orale ;

–       Le caractère central du Temple de Jérusalem comme lieu saint où Dieu habite d’une manière privilégiée ;

–       La foi dans le Dieu unique dont aucun homme ne peut partager la gloire.

 

S’agissant de la Loi, Jésus, le Messie d’Israël, se devait de l’accomplir en l’exécutant dans son intégralité jusque dans ses moindres préceptes. Il est d’ailleurs le seul à avoir pu l’accomplir de manière parfaite sans en violer le moindre précepte. Ce principe de l’observance de la Loi, non seulement dans sa lettre mais aussi dans son esprit, était cher au cœur des Pharisiens d’où un zèle religieux extrême. Le Christ, s’il ne voulait  résoudre ce zèle en une casuistique hypocrite, ne pouvait que préparer le Peuple à cette intervention de Dieu inouïe que sera l’exécution parfaite de la Loi par le seul Juste à la place de tous les pécheurs. Ce ne pouvait être l’œuvre que du divin Législateur qui s’est fait librement sujet de la Loi en la personne du Fils (qui sera circoncis, présenté au Temple quarante jours après sa naissance, et  enseignera au Temple à douze ans).

En Jésus, la Loi cesse d’être gravée sur des tables de pierre pour s’inscrire « au fond du cœur » (Jn 31, 33) des hommes.

Ainsi, la Loi ancienne fut donnée au Peuple élu pour le préparer à connaître le Christ tandis que la Loi nouvelle de la Nouvelle Alliance, c’est le Christ.

Cette Loi nouvelle perfectionne celle de l’Ancien Testament dans laquelle elle est déjà contenue. La Loi vétéro-testamentaire, par ses références à l’Agneau pascal, symbole du Salut d’Israël, annonçait déjà le Christ, seul véritable Agneau offert pour la rémission des péchés de la multitude.

Une question demeure : pourquoi une majorité de Juifs n’ont-ils pas reçu le Christ ? St Paul traite cette question dans l’épître aux Romains aux chapitres IX, X et XI.

 

2. Jésus est mort et a été crucifié :

L’étude des textes relatifs au  procès du Christ révèle des divisions des autorités juives quant au sort à réserver à Jésus.

Parmi ces autorités religieuses, il s’est même trouvé de nombreux partisans secrets du Christ, ainsi le Pharisien Nicodème (Jn 7, 50) ou le notable Joseph d’Arimathie (Jn 19, 38-39).

Cela n’a rien d’étonnant si l’on tient compte du fait qu’au lendemain de la Pentecôte, « de nombreux prêtres obéissaient à la foi » (Ac 6, 7) et que « certains du parti des Pharisiens étaient devenus croyants » (Ac 15, 5).

Les autorités religieuses du Sanhédrin n’ont donc pas eu une attitude unanime sur le sort du Christ. Certains Pharisiens ont menacé d’excommunication ceux qui Le suivaient tandis que le grand prêtre Caïphe proposa en prophétisant : «  Il est de votre intérêt qu’un seul homme meure pour le peuple et que la nation ne périsse pas tout entière » (Jn 11, 49-50).

C’est ainsi que le Sanhédrin déclara Jésus « passible de mort » (Mt 26, 66) en tant que blasphémateur et le livra au bras séculier des Romains en l’accusant de « révolte politique » (Lc 23, 2), ce qui mettra Jésus en parallèle avec Barabas accusé pour sa part de « sédition » (Lc 23, 19). Les menaces voilées du Sanhédrin à l’encontre de Pilate contraindront ce dernier à condamner à mort le Christ malgré ses réticences  (Jn 19, 12).

 

Il est donc évident que les Juifs ne sont pas collectivement responsables de la mort de Jésus, qu’il s’agisse des Juifs vivant au temps du Christ d’ailleurs pardonnés par Lui sur la Croix ou des Juifs de notre temps.

L’Eglise, dans le Magistère de sa foi et dans le témoignage de ses saints, n’a jamais oublié que « les pécheurs eux-mêmes furent les auteurs et comme les instruments de toutes les peines qu’endura le divin Rédempteur » (Catech. R 1, 5,11).

Tenant compte du fait que nos péchés atteignent le Christ Lui-même, l’Eglise n’hésite pas à imputer aux chrétiens la responsabilité la plus grave dans le supplice de Jésus : « Et les démons, ce ne sont pas eux qui L’ont crucifié ; c’est toi qui, avec eux, L’as crucifié et Le crucifie encore, en te délectant dans les vices et les péchés » (St François d’Assise, admon. 5, 3).

 

Il nous reste à analyser la mort rédemptrice du Christ dans le dessein divin du salut.

La mort violente de Jésus n’est pas le fruit du hasard. Elle appartient au mystère du dessein de Dieu, comme St Pierre l’explique aux Juifs de Jérusalem dès son premier discours de Pentecôte : «  Il avait été livré selon le dessein bien arrêté et la prescience de Dieu » (Ac 2, 23).

Ce dessein divin de salut par la mise à mort du « Serviteur, le Juste » (Is 53, 11) avait été annoncé dans les Ecritures comme un mystère de rédemption universelle, c’est-à-dire de rachat qui libère les hommes de l’esclavage du péché. C’est ce que St Paul a résumé en déclarant : «  en envoyant son propre Fils dans la condition d’esclave, celle d’une humanité déchue et vouée à la mort à cause du péché (Rm 8, 3), Dieu L’a fait péché pour nous, Lui qui n’avait pas connu le péché, afin qu’en Lui nous devenions justice pour Dieu » (2 Co 5, 21).

 

Seul le Christ était capable de racheter notre âme en s’abaissant dans un corps supplicié. Il a ainsi rétabli l’humanité pour la sauver de l’intérieur en prenant l’humanité des hommes.

Ainsi, Dieu s’est uni à tout homme dans son humanité parce qu’Il était libre. Donc, en nous unissant à notre tour à la Croix du Christ Sauveur, nous devenons coopérateurs du Christ et de la Rédemption.

«  En dehors de la Croix, il n’y a pas d’autre échelle par où monter au Ciel » (Ste Rose de Lima, Vita).