Jésus est monté aux Cieux … il viendra juger les vivants et les morts

Conférence n°4 du 17 janvier 2013

 Article 6 : « Jésus est monté aux cieux, Il siège à la droite de Dieu, le Père Tout-Puissant  » et Article 7 :  « D’où il viendra juger les vivants et les morts ».

 

 

APPROCHE BIBLIQUE

 « Or le Seigneur Jésus, après leur avoir parlé, fut enlevé au ciel et Il s’assit à la droite de Dieu » (Mc 16, 19).

Le Corps du Christ a été glorifié dès sa Résurrection comme le démontrent les propriétés nouvelles et surnaturelles dont jouit désormais son Corps en permanence.

« Moi, une fois élevé de terre, J’attirerai tous les hommes à moi » (Jn 12, 32). L’élévation sur la Croix signifie et annonce l’élévation de l’Ascension au Ciel. Elle en est le début, Jésus, unique Prêtre de l’Alliance nouvelle et éternelle, n’est pas « entré dans un sanctuaire fait de mains d’hommes mais dans le ciel, afin de paraître maintenant à la face de Dieu en notre faveur » (He 9, 24). Au ciel, le Christ exerce donc en permanence son sacerdoce, « étant toujours vivant pour intercéder en faveur de ceux qui par Lui s’avancent vers Dieu » (He 7, 25). Comme « grand prêtre des biens à venir » (He 9, 11), Il est le centre et l’acteur principal de la liturgie  qui honore le Père dans les cieux.

 

Par ailleurs, la session à la droite du Père signifie l’inauguration du règne du Messie, accomplissement de la vision du prophète Daniel concernant le Fils de l’homme :

« A Lui fut conféré empire, honneur et royaume, et tous les peuples, nations et langues Le servirent. Son empire est un empire à jamais, qui ne passera point et son Royaume ne sera point détruit » (Dn 7, 14).

 

Notre analyse biblique s’attachera à définir plus précisément les concepts de Royaume et de Sacerdoce tels qu’ils sont entendus dans le Nouveau Testament.

 

Le Royaume

« Les temps sont accomplis. Le règne de Dieu est tout proche. Convertissez-vous et croyez à l’Evangile » (Mc 1, 15).

Ce terme « évangile » a été traduit par « bonne nouvelle », il convient de se souvenir toutefois qu’il ne s’agit pas d’une simple nouvelle mais d’une transformation, d’une reconfiguration du monde orientée vers le Bien. Si les évangélistes tiennent à ce terme, c’est pour démontrer que ce que les empereurs romains, alors maîtres d’Israël, prétendent à tort, être les dépositaires d’un message salvifique, l’Evangile le réalise réellement.

 

Or le message central de l’Evangile sur lequel Matthieu insiste beaucoup c’est que le Royaume de Dieu est proche et qu’il est au cœur de la Parole et de l’activité de Jésus.

 

Les expressions « Règne », « Royaume de Dieu » apparaissent 122 fois dans le Nouveau Testament dont 99 fois dans les seuls Evangiles synoptiques.

Chez Jean, que les Orientaux appellent le Théologien, et dans les autres Livres (Actes, Epîtres de Paul, Pierre, Jacques), on ne les mentionne que 22 fois car chez Jean notamment, comme chez Paul, le dernier Apôtre, c’est l’étude christologique qui domine, c’est-à-dire l’étude de la personne même du Christ.

 

De cette distinction entre les Synoptiques et Jean notamment sont apparues deux manières de considérer les différences scripturaires notamment au début du XXème siècle.

 

a)     Opposer le Royaume au Christ :

Il s’agit d’une idée malveillante envers l’Eglise formulée par un prêtre excommunié, Alfred Loisy, que l’on peut résumer en utilisant les termes mêmes de Loisy : « Jésus annonçait le Royaume et c’est l’Eglise qui est venue ».

Selon cette interprétation, le message évangélique a été trahi par les Apôtres puisque le Royaume annoncé n’est pas là. Au lieu du Royaume de Dieu tant attendu, au lieu de ce monde nouveau transformé par Dieu lui-même, quelque chose d’autre est venue, quelque chose de bien misérable : l’Eglise.

 

b)    Rapprocher le Royaume du Christ :

La christologie développe la profession de foi de l’Eglise primitive constituée par les Apôtres : « Tu es le Messie, le Fils de Dieu ».

Quant aux Evangiles, ils ne cessent d’insister sur la place centrale du Christ dans le mystère du Royaume des Cieux, une place centrale qui se déploie en  trois étapes :

–       De son vivant, Jésus se montre réservé quant au titre de Roi. Il l’accepte comme titre messianique pour insister sur le fait qu’Il accomplit les promesses prophétiques. Mais il ne l’accepte qu’une fois, lors de son entrée triomphale à Jérusalem (Rameaux) (Mt 21, 1-11). En lisant Lc 18, 29, l’analyse du Christ concernant le Royaume est encore plus claire : « En vérité, je vous le dis : nul n’aura laissé maison, femme, frères, parents ou enfants, à cause du Royaume de Dieu, qui ne reçoive bien davantage en ce temps-ci, et dans le monde à venir la vie éternelle ».

Pour le Christ, Le suivre et tout laisser pour la cause du Royaume, c’est la même chose : il y a identification parfaite entre le Christ et le Royaume.

«… Le Fils de l’homme enverra ses anges, qui ramasseront de son Royaume tous les scandales et tous les fauteurs d’iniquité… ». (Mt 13, 41).

Et le Christ assure à ses Apôtres qu’Il dispose pour eux du Royaume comme le Père en a disposé pour Lui.

 

–       L’intronisation royale du Christ ne se produit que lors de sa Résurrection, c’est alors seulement qu’Il prend place sur le trône même de son Père : « Le vainqueur, je lui donnerai de siéger avec moi sur mon trône, comme moi-même, après ma victoire, j’ai siégé avec mon Père sur son trône. » (Ap 3, 21) , qu’Il est élevé à la droite de son Père.

Ainsi, pendant tout le temps de l’Eglise, la Royauté de Dieu s’exerce sur les hommes grâce à la Royauté du Christ, Seigneur universel, car le Père a constitué son Fils « Roi des rois et Seigneur des seigneurs » (Ap 19, 16).

 

–       A la fin des temps, lors de la Parousie, le Christ vainqueur de tous ses ennemis « remettra la royauté à Dieu le Père, après avoir détruit toute Principauté, Domination et Puissance » (I Co 15, 24). « Alors la royauté du monde sera

 acquise à notre Seigneur ainsi qu’à son Christ : il règnera dans les siècles des siècles » (Ap 11, 15).

Les fidèles recevront « l’héritage dans le Royaume du Christ et de Dieu ».C’est ainsi que Dieu, maître de tout, prendra pleinement possession de son Règne tandis que les disciples partageront la gloire de ce Règne.

 

Cependant, une médiation est nécessaire au dialogue entre Dieu et les hommes et cette médiation est rendue possible par le Sacerdoce du Christ.

 

 

Le Sacerdoce

« […] mais Lui, du fait qu’il demeure pour le monde éternel, il a un sacerdoce immuable » (He 7, 24).

C’est ainsi que Jean définit la médiation du Christ, en la rapprochant d’une fonction déjà évoquée dans l’Ancien Testament, celle des prêtres.

Afin de comprendre le Sacerdoce du Christ, il convient de revenir à la signification donnée à ce terme dans les écrits vétéro-testamentaires.

A l’origine, la fonction sacerdotale est exercée par les patriarches (Abraham), des prêtres païens comme la mystérieuse figure de Melchisédek « roi de justice ».

Puis à partir de l’époque des rois,  se détache une caste particulière, celle des Lévites, consacrée par Dieu à son service exclusif et attachée à son sanctuaire. Bien que le roi exerce encore quelques fonctions relevant de l’ordre sacerdotal comme les offrandes, il ne porte que très rarement le titre de prêtre.

En 621 AC, la réforme de Josias supprime les sanctuaires locaux et réserve l’exercice de la fonction sacerdotale aux descendants de Saddoq d’où la distinction entre Lévite et Prêtre. Zacharie est un descendant d’Aaron donc de Saddoq.

Enfin, le titre de Grand Prêtre apparaît lorsque s’impose la nécessité d’un chef pour la théocratie juive qui succède à la disparition des rois.

Quelles sont donc les fonctions des prêtres du Temple ?

 

–       Le service du culte : attaché au Temple, comme nous l’avons vu, le prêtre a une fonction essentielle, celle d’offrir des sacrifices au nom du peuple. Il apparaît ici dans la plénitude de son rôle de médiateur. Ainsi, il présente à Dieu l’offrande de ses fidèles et transmet à ces derniers la bénédiction divine.

Par ailleurs, une fois par an, le Grand Prêtre devient médiateur suprême en officiant, au jour de l’expiation, pour le pardon de toutes les fautes de son peuple.

 

–       Le service de la parole : cette fonction traditionnelle de la Parole apparaît avec les débuts de l’Histoire Sainte  et la remise de la Loi à Moïse. Les prêtres sont les ministres de cette Parole qu’ils savent codifier quand le besoin s’en fait sentir comme dans le Lévitique ou le Deutéronome…

Mais dans le même temps, on observe une laïcisation avec l’émergence de la caste des Pharisiens capables de commenter la Loi alors qu’ils ne sont pas prêtres.

L’idéal sacerdotal auquel aspire le peuple est trahi en raison du manque de sainteté des prêtres. C’est pourquoi le peuple va attendre la venue du Messie à la fois roi et prêtre.

 

Avec le Christ se réalise les souhaits du peuple : Jésus est le prêtre unique même s’il ne s’attribue jamais le titre de prêtre tout en usant de termes sacerdotaux pour définir sa mission :

–       Ainsi sa mort, juste châtiment d’un blasphémateur pour ses ennemis, échec scandaleux pour ses disciples, est pour le Christ un sacrifice expiatoire (référence au rôle du prêtre de l’Ancien Testament) et son sang évoque le sang de l’Agneau pascal.

Le Christ s’offre comme le prêtre offre la victime : il est le prêtre de son propre sacrifice. Il en attend l’expiation des péchés du monde et l’instauration de la Nouvelle Alliance, signe de la réconciliation définitive de Dieu et des hommes.

 

–       Le Christ accomplit la Loi que les prêtres de l’Ancien Testament expliquaient au peuple. (Mt 5, 6, 7).

 

Ainsi le Christ réunit-il en sa personne toutes les médiations et devient-il le médiateur unique entre Dieu et les hommes, Il est la Nouvelle Alliance (cf St Paul).

 

 

APPROCHE SYSTÉMATIQUE DES ARTICLES 6 ET 7

 Le retour en gloire du Christ (article 6)

« Jésus est monté aux cieux, Il siège à la droite de Dieu, le Père Tout-Puissant ».

L’article 6 rappelle l’Ascension de Notre Seigneur Jésus-Christ quarante jours après sa Résurrection. Le caractère voilé de la gloire du Ressuscité pendant ce temps où il va apparaître cinq fois à ses disciples, manger et boire avec eux, continuer à les instruire sur le Royaume transparaît dans sa parole mystérieuse à Marie-Madeleine : « Je ne suis pas encore monté vers le Père. Mais va vers mes frères et dis-leur : Je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu » (Jn 20, 17),

Comme le Christ a eu besoin de quarante jours au désert pour préparer sa mission, de même,  il a besoin de demeurer quarante jours sur terre pour préparer son départ vers le Père, un départ qui aura lieu pendant la fête juive de Shavou’ot commémorant l’acceptation de la Loi (la Torah) par le peuple juif sur le mont Sinaï. Le Christ étant désormais La Nouvelle Alliance, il est logique que son Ascension ait eu lieu le jour de la commémoration de la transmission par Dieu à son peuple de ses commandements.

Par ailleurs, les Apôtres avaient besoin d’être les témoins complets de la vie, de la mort et de la Résurrection du Seigneur et ces quarante jours de présence physique du Christ parmi eux n’était pas de trop pour leur permettre de comprendre enfin tout l’enseignement de Jésus-Christ pendant les trois ans de sa vie publique.

Rappelons que le Christ avait une mission : se faire homme par l’Incarnation avant de remonter au Père dans son humanité : il convient de se souvenir que le Christ est monté aux cieux par lui-même contrairement à Marie lors de l’Assomption.

La mission du Christ prendra fin par son retour dans la gloire quand la gloire de Dieu habitera notre terre.

Jésus-Christ est la tête de l’Eglise qui est son Corps mystique.

Ainsi les chrétiens ont-ils déjà la tête dans les cieux car ils vivent sur terre la vie du Royaume des cieux afin de régner un jour comme le Christ et comme l’Eglise.

Il ne faut pas attendre de victoires progressives : l’Eglise n’attend pas de succès comme un Etat en guerre attendrait la victoire sur son ennemi. L’Eglise a conscience qu’elle devra à son tour vivre la Pâque du Christ car la Croix glorieuse est un signe de contradiction où s’enracine le règne de Dieu.

 

 

Juger les vivants et les morts (article 7)

« D’où Il viendra juger les vivants et les morts ».

 Comme Seigneur, le Christ possède tout pouvoir dans les cieux et sur la terre car le Père « a tout mis sous ses pieds » (Ep 1, 20-22). Seigneur du cosmos et de l’histoire, en Lui, l’histoire de l’homme et de la création trouvent leur « récapitulation » (Ep 1, 10). 

Lors de son avènement glorieux, tout sera réordonné dans le Christ comme cela le fut dès avant le commencement du monde car malgré le péché des hommes, tout sera remis sous les pieds du Christ.

 

La royauté de Dieu sur terre, c’est le Christ et le Christ est aussi la Tête de l’Eglise qui est son Corps (Ep 1, 22) ce qui fera dire à Bossuet que « l’Eglise, c’est Jésus-Christ répandu et communiqué ».

La Rédemption est la source de l’autorité que le Christ, en vertu de l’Esprit Saint, exerce sur l’Eglise (Ep 4, 11-13).

« Le règne du Christ est déjà mystérieusement présent dans l’Eglise », « germe et commencement de ce Royaume sur la terre » (LG 3 ; 5).

 

Cependant, déjà présent dans son Eglise, le Règne du Christ n’est pas encore achevé « avec puissance et grande gloire » (Lc 21, 27) par l’avènement du Roi sur la terre.

En effet, la venue du Messie glorieux est suspendue à tout moment de l’histoire à  sa reconnaissance par « tout Israël » (Rm 11, 26 ; Mt 23, 39) « dont une partie s’est endurcie » (Rm 11, 25) « dans l’incrédulité » (Rm 11, 20) envers Jésus.

Ainsi, paradoxalement, l’endurcissement d’Israël est  la cause de notre grâce, à nous issus du monde des Gentils, des non-juifs.

Il faut noter que les Juifs ont un rôle particulier dans la fin du monde : c’est leur Assomption en Christ qui déclenchera la Parousie. L’entrée de la « plénitude des juifs » (Rm 11, 12) dans le salut messianique, à la suite de la « plénitude des païens » (Rm 11, 25), donnera au Peuple de Dieu de « réaliser la plénitude du Christ » (Ep 4, 13) dans laquelle « Dieu sera tout en tous » (1 Co 15, 28).

 

Cependant, avant l’avènement du Christ, l’Eglise devra passer par une épreuve finale « qui ébranlera la foi de nombreux croyants » (Lc 18, 8 ; Mt 24, 12).

La persécution qui accompagne son pèlerinage sur terre (Jn 15, 19-20) dévoilera le mystère d’iniquité sous la forme d’une imposture religieuse apportant aux hommes une solution apparente à leurs problèmes au prix de l’apostasie de la vérité.

L’imposture religieuse suprême est celle de l’Anti-Christ, celle d’un pseudo-messianisme où l’homme se glorifie lui-même à la place de Dieu et de son Messie venu dans la chair (2 Th, 4-12).

Cette imposture antichristique se réalise dans le monde chaque fois que l’on prétend accomplir dans l’histoire l’espérance messianique qui ne peut s’achever qu’au-delà d’elle à travers le jugement eschatologique. L’Eglise condamne cette falsification du Royaume à venir sous le nom de millénarisme, y compris sous sa forme politique, celle d’un messianisme sécularisé, « intrinsèquement pervers » (Divini Redemptoris, Pie XI ; GS 20-21). C’est à ce titre que l’Eglise a condamné le communisme, le fascisme et le nazisme.

Ainsi l’Eglise n’entrera dans la gloire du Royaume qu’à travers cette ultime Pâque où elle suivra son Seigneur dans sa mort et sa Résurrection et il s’agira d’une grâce.

Le Royaume s’accomplira par une victoire de Dieu sur le déchaînement ultime du mal qui fera descendre du Ciel son Epouse (Ap 21, 2-4).

Le triomphe de Dieu sur la révolte du mal prendra la forme du Jugement Dernier après l’ultime ébranlement cosmique de ce monde qui passe (2 P3, 12-13).

 

Le Jugement Dernier est le jugement final du cosmos dans la Résurrection.

Or, le Christ est Seigneur de la vie éternelle. A lui seul appartient le plein droit de juger définitivement les œuvres et les cœurs des hommes en tant que Rédempteur du monde.

Il a acquis ce droit par sa Croix. C’est pourquoi le Père a remis « le jugement tout entier au Fils » (      Jn 5, 22).

Or, le Fils n’est pas venu pour juger mais pour « sauver » (Jn 3, 17) et « pour donner la vie qui est en Lui » (Jn 5, 26).

C’est par le refus de la grâce en cette vie que chacun se juge déjà lui-même (Jn 3, 18 ; 12, 48), reçoit selon ses œuvres (1Co 3, 12-15) et peut même se damner pour l’éternité en refusant l’Esprit d’amour (Mt 12, 32 ; He 6, 4-6 ; 10, 26-31).

Les signes de ce Jugement Dernier seront l’Assomption d’Israël, le retour d’Elie, la venue de l’Antéchrist, le bouleversement du cosmos et le grand incendie du monde.