Je crois en l’Esprit Saint

Conférence n°5 du 14 février 2013

Article 8 : « Je crois en l’Esprit Saint ».

Pour être en contact avec le Christ, il faut d’abord avoir été touché par l’Esprit Saint.

Si l’Esprit Saint, par sa grâce, est premier dans l’éveil de notre foi et dans la vie nouvelle qui est de « connaître le Père et celui qu’Il a envoyé, Jésus-Christ (Jn XVII, 3), il est cependant le dernier dans la révélation des Personnes de la Trinité Sainte.

Saint Grégoire de Naziance, le « théologien », explique cette progression par la pédagogie de la « condescendance » divine :

« L’Ancien Testament proclamait manifestement le Père, le Fils plus obscurément. Le Nouveau Testament  a manifesté le Fils, a fait entrevoir la divinité de l’Esprit. Maintenant l’Esprit a droit de cité parmi nous et nous accorde une vision plus claire de Lui-même. En effet il n’était pas prudent, quand on ne confessait pas encore la divinité du Père, de proclamer ouvertement le Fils et, quand la divinité du Fils n’était pas encore admise, d’ajouter l’Esprit Saint comme un fardeau supplémentaire, pour employer une expression un peu hardie… C’est par des avances et des progressions « de gloire en gloire » que la lumière de la Trinité éclatera en plus brillantes clartés » (or.théol. V, 26).

Croire en l’Esprit Saint, c’est donc professer que l’Esprit Saint est l’Une des Personnes de la Trinité Sainte, consubstantielle au Père et au Fils, « adoré et glorifié avec le Père et le Fils » (Symbole de Nicée-Constantinople).

L’Esprit Saint est à l’œuvre avec le Père et le Fils du commencement à la consommation du dessein de notre salut.

Nous étudierons donc l’Esprit Saint du commencement (Ancien Testament : I) à la « plénitude des temps » (Ga IV, 4) (Nouveau Testament : III) non sans prendre le temps de nous arrêter sur les représentations iconographiques tant orientales qu’occidentales de l’Esprit Saint : (II).

 

 

LA PÉDAGOGIE DIVINE : L’ESPRIT SAINT DANS L’ANCIEN TESTAMENT

1. Introduction

Autant on annonce un Messie dès les premiers livres de l’Ancien Testament, autant on parle peu de l’Esprit Saint.

L’Église explique que du commencement à la plénitude des temps (Ga IV, 4), la mission conjointe du Verbe et de l’Esprit du Père demeure cachée, mais elle est à l’œuvre.

L’Esprit de Dieu y prépare déjà le temps du Messie, et l’un et l’autre, sans être encore pleinement révélés, y sont déjà promis afin d’être attendus et accueillis lors de leur manifestation.

C’est la raison pour laquelle lorsque l’Eglise lit l’Ancien Testament : … Jusqu’à ce jour en effet, lorsqu’on lit l’Ancien Testament, ce même voile demeure. Il n’est point retiré ; car c’est le Christ qui le fait disparaître ». (2Co III, 14), elle y scrute ce que l’Esprit, « qui a parlé par les prophètes », veut nous dire du Christ.

On qualifie souvent le Verbe et l’Esprit des « deux mains de Dieu ».

 

Si l’Esprit Saint est donc caché dans l’Ancien Testament, il n’en n’est pas moins présent, on parle d’ailleurs des ‘quatre temps de l’Esprit’.

 

 2. Les quatre temps de l’Esprit à l’œuvre dans l’Ancien Testament

 

a) L’Esprit dans la Création :

« Au Saint Esprit il convient de régner, de sanctifier et d’animer la création, car Il est Dieu consubstantiel au Père et au Fils (…). A Lui revient le pouvoir sur la vie, car étant Dieu, Il garde la Création dans le Père par le Fils. » (liturgie byzantine, Tropaire des matines des dimanches du second mode).

« Quant à l’homme, c’est de ses propres mains [c’est-à-dire le Fils et l’Esprit Saint] que Dieu le façonna (…) et Il dessina sur la chair façonnée sa propre forme, de façon que même ce qui serait visible portât la forme divine » (Saint Irénée, dem.11)

 

b) L’Esprit de la Promesse :

La promesse faite à Abraham inaugure l’économie du salut au terme de laquelle le Fils Lui-même assumera « l’image » (Jn I, 14) et la restaurera dans la « ressemblance » avec le Père en lui redonnant la Gloire, l’Esprit « qui donne la Vie » : « c’est ainsi qu’Il (le Père) nous a élus en lui (le Fils) dès avant la fondation du monde, pour être saints (œuvre propre de l’Esprit) et immaculés en sa présence dans l’amour (qui peut aussi désigner l’Esprit) » (Ep. I, 4).

 

Contre toute espérance humaine, Dieu promet à Abraham une descendance, comme fruit de la foi et de la puissance de l’Esprit Saint (Gn XVIII, 1-15).

Ainsi en s’engageant par serment (Lc I, 73), Dieu s’engage déjà au don de son Fils et à celui de « l’Esprit de la Promesse (…) qui prépare la rédemption du Peuple que Dieu s’est acquis » (Ep. I, 13-14).

 

c) L’Esprit dans la Loi :

Les Théophanies (manifestations de Dieu) éclairent le chemin de la promesse, des patriarches à Moïse et de Josué jusqu’aux visions qui inaugurent la mission des grands prophètes.

La tradition chrétienne a toujours reconnu que dans ces Théophanies, le Verbe de Dieu se laissait voir et entendre, à la fois révélé et « voilé » dans la Nuée de l’Esprit Saint.

Cette pédagogie de Dieu apparaît spécialement dans le don de la Loi (Ex XIX et XX).

La lettre de la Loi a été donnée comme un « pédagogue » pour conduire le Peuple de Dieu vers le Christ (Ga III, 24). Mais son impuissance même à sauver l’homme privé de la « ressemblance divine » et sa connaissance accrue du péché (Rm III, 20) suscitent chez l’homme la soif de l’Esprit Saint, les gémissements des Psaumes en témoignent.

 

d) L’Esprit dans le Royaume et l’Exil :

Après David, Israël succombe à la tentation de devenir un royaume comme les autres nations. Or, le Royaume, objet de la Promesse faite à David sera l’œuvre de l’Esprit Saint ; il appartiendra aux pauvres selon l’Esprit.

L’oubli de la Loi et l’infidélité à l’Alliance aboutissent à l’Exil, apparemment échec des promesses, en fait, fidélité mystérieuse du Dieu Sauveur et  début d’une restauration promise, mais selon l’Esprit. En effet, il fallait que le Peuple de Dieu souffrît cette purification (Lc XXIV, 26) ; l’Exil porte l’ombre de la Croix et le Reste des pauvres qui en revient est une des figures les plus transparentes de l’Eglise.

« Voici que je vais faire du nouveau » (Is XLIII, 19) : deux lignes prophétiques se dessinent ici qui annoncent et l’attente du Messie et l’attente d’un Esprit nouveau. Toutes deux convergent vers le « petit Reste », le peuple des Pauvres, qui attend dans l’espérance la « consolation d’Israël » et la « délivrance de Jérusalem ».

Les traits du Messie apparaissent dans le Livre de l’Emmanuel (Is VI-XII) quand Isaïe a la vision de la Gloire du Christ, notamment en Is XI, 1-2 :

« Un rejeton sort de la souche de Jessé, un surgeon pousse de ses racines : sur lui repose l’Esprit du Seigneur, Esprit de  sagesse et d’intelligence, Esprit de conseil et de force, Esprit de science et de crainte du Seigneur ». C’est le premier oracle messianique.

Le second oracle messianique se trouve dans Lc IV, 18-19 :

« L’Esprit du Seigneur est sur moi, car le Seigneur m’a oint… », paroles prononcées par le Christ dans la synagogue de Nazareth.

 

Ainsi, d’un bout à l’autre de l’Ancien Testament, l’Esprit agit de conserve avec la Parole. Celle-ci est Révélation quand Celui-là est transformation intérieure.

On retrouve ce partage des rôles dans le Nouveau Testament où la Pentecôte succède à la Résurrection.

Finalement, la grande œuvre de la mission cachée de l’Esprit Saint durant  le temps des Promesses, c’est de purifier et d’éclairer le cœur du Peuple des « pauvres », de ceux qui attendent la justice, non des hommes, mais du Messie. En ces « pauvres », l’Esprit prépare au Messie « un peuple bien disposé » (Lc I, 17).

 

 

 REPRÉSENTATION ICONOGRAPHIQUE DE L’ESPRIT SAINT

Les artistes tant de l’Orient que de l’Occident chrétien ont tenté de représenter l’Esprit Saint dès les débuts de l’Eglise.

Les mêmes conventions artistiques se retrouvent en référence aux récits évangéliques de la Pentecôte : rayons descendant sur les Apôtres et la Vierge Marie (le rayon le plus long figurant l’Esprit Saint), langues de feu, colombe et, dans les icônes, mandorles et cercles.

 

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Icône de la Transfiguration, Théophane le Grec           ( Russie, fin XVème siècle)

     

 

 

 

 

 

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L’Annonciation, El Greco

 

 

 

 

  

 

 

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 L’Annonciation, Fra Angelico : ici l’Esprit Saint     n’est pas matérialisé : il repose dans le dialogue silencieux s’instaurant entre l’Ange et Marie.

 

 

APPROCHE SYSTEMATIQUE DE L’ARTICLE 8 : JE CROIS EN L’ESPRIT SAINT

Si les Grecs adoraient le « dieu inconnu », on peut dire que pour les Chrétiens, l’Esprit Saint est aussi le grand inconnu. Son rôle est avant tout de nous faire connaître le Père et le Fils mais, s’il est à l’origine de l’éveil de la foi, il est cependant cité en dernier comme l’une des Personnes de la Trinité car révélé en dernier. Nous avons vu que Saint Grégoire de Naziance parle à son sujet de « progression par la pédagogie de la condescendance divine » (cf I).

Or le lieu de notre connaissance de l’Esprit Saint, c’est l’Eglise, communion vivante dans la foi des Apôtres. Et l’Eglise nous permet de connaître l’Esprit :

–       dans les Ecritures qu’Il a inspirées,

–       dans la Tradition dont les Pères de l’Eglise sont les témoins toujours actuels,

–       dans le Magistère de l’Eglise que l’Esprit assiste,

–       dans la liturgie sacramentelle, où, à travers ses paroles et ses symboles, l’Esprit nous met en communion avec le Christ,

–       dans la prière dans laquelle Il intercède pour nous,

–       dans les charismes et les ministères par lesquels l’Eglise est édifiée,

–       dans les signes de vie apostolique et missionnaire,

–       dans les témoignages des saints où Il manifeste sa sainteté et continue l’œuvre du salut.

 

 

1. La mission conjointe du Fils et de l’Esprit

L’un révèle l’autre car il n’y a pas de distance entre eux.

Quand le Père envoie son Verbe, Il envoie toujours son Souffle : mission conjointe où le Fils et l’Esprit Saint sont distincts mais inséparables. Le Christ paraît, Lui, l’Image visible du Dieu invisible, mais c’est l’Esprit qui Le révèle.

En raison de la distinction entre les Trois Personnes de la Trinité, on peut dire :

–       qu’à Dieu le Père appartient la décision (création),

–       qu’à Dieu le Fils appartient l’exécution (rédemption)

–       qu’à Dieu le Saint Esprit appartient la perfection (sanctification).

Ainsi, l’Esprit Saint vise à nous rendre saints, nous qui sommes les enfants adoptés par le Père dans le Corps de son Fils : la mission de l’Esprit d’adoption est donc de nous unir au Christ et de nous faire vivre en Lui.

 

 

2. Le nom, les appellations et les symboles de l’Esprit Saint

Le nom propre de l’Esprit Saint est « Saint-Esprit », c’est le nom « de Celui que nous adorons et glorifions avec le Père et le Fils. L’Eglise l’a reçu du Seigneur et le professe dans le Baptême de ses nouveaux enfants » (Mt XXVIII, 19).

 

Les appellations de l’Esprit Saint varient en fonction de celui qui les emploie.

Le Christ le nomme « Paraclet », littéralement « Celui qui est appelé auprès », ad-vocatus (Jn XIV, 16). On traduit habituellement « Paraclet » par « Consolateur », le Christ étant le premier Consolateur (Jn II, 1). Le Seigneur parle aussi de « l’Esprit de Vérité » (Jn XVI, 13).

Saint Paul utilise les appellations suivantes : « l’Esprit de la Promesse » (Ga III, 14), « l’Esprit d’adoption » (Rm VIII, 15), « l’Esprit du Christ » (Rm VIII, 11), « l’Esprit de Dieu » (Rm VIII, 9).

Saint Pierre, pour sa part, évoque « l’Esprit de Gloire » (1 P IV, 14).

 

Enfin les symboles de l’Esprit Saint sont multiples et certains ont été régulièrement repris par les artistes à travers le temps pour figurer le Paraclet.

On peut citer l’eau, l’onction, le feu, la nuée et la lumière, le sceau, la main, le doigt ou encore la colombe.

 

 

3. L’Esprit du Christ dans la plénitude du temps

« Parut un homme envoyé de Dieu. Il se nommait Jean » (Jn I, 6).

Jean est « rempli de l’Esprit Saint, dès le sein de sa mère » (Lc I, 15) par le Christ Lui-même que la Vierge Marie vient de concevoir de l’Esprit Saint. La « Visitation » de Marie à Elisabeth est ainsi devenue « visite de Dieu à son peuple » (Lc I, 68).

Jean est « plus qu’un prophète » (Lc VII, 26). En lui, l’Esprit Saint accomplit de « parler par les prophètes ». Jean achève le cycle des prophètes inauguré par Elie. Il est la « voix du Consolateur qui vient » (Jn I, 23).

Avec Jean le Baptiste, l’Esprit Saint inaugure, en le préfigurant, ce qu’Il réalisera avec et dans le Christ : redonner à l’homme la « ressemblance » divine. Le baptême de Jean est pour le repentir, celui dans l’eau et dans l’Esprit sera une nouvelle naissance (Jn III, 5).

 

 

 

4. L’Esprit Saint dans l’Eglise

La grâce de Dieu descendant sur l’Eglise donne les sept sacrements.

Ainsi l’Eglise s’agrège à cette grâce et demeure ouverte jusqu’à la fin des temps.

 

 

 

5. L’Esprit Saint et la grâce

La grâce est un don gratuit de Dieu et l’Esprit Saint est « la grâce de Dieu » (Rm III, 24).

Le Christ est la cause de la grâce et l’instrument de cette grâce, ce sont les sacrements.

Cette grâce est unique mais on peut distinguer ses effets qui sont multiples (1Co XII, 1).

La cause finale de la grâce, c’est la gloire de Dieu mais la cause secondaire, c’est le salut des hommes.

Il convient de distinguer :

–       La grâce actuelle : action surnaturelle de Dieu ponctuelle pour provoquer un acte de salut. Ici la grâce habite dans l’âme et l’accompagne lors de l’accomplissement de l’acte.

–       La grâce habituelle : l’Esprit Saint nous sanctifie, efface nos péchés et nous rend saints.