Je crois à la Sainte Église catholique

Conférence n°6 du 21 mars 2013

Article 9 : « Je crois à la Sainte Église catholique. »

L’Église n’a d’autre lumière que celle du Christ.

Par ailleurs, l’Esprit Saint étant la source et le donateur de toute sainteté, c’est Lui qui a doté l’Église de sainteté. L’Église est, selon l’expression des Pères, « le lieu où fleurit l’Esprit » (St Hippolyte, ap. 35).

Croire que l’Église est « une, sainte, catholique et apostolique », est inséparable de la foi en Dieu le Père, le Fils et le Saint-Esprit.

Pour méditer sur le mystère de l’Église, il convient de scruter d’abord son origine dans le dessein de la Très Sainte Trinité et sa réalisation progressive dans l’histoire.

« Le Père éternel par la disposition absolument libre et mystérieuse de sa sagesse et de sa bonté a créé l’univers ; il a décidé d’élever les hommes à la communion de la vie divine, à laquelle Il appelle tous les hommes dans son Fils : tous ceux qui croient au Christ, le Père les a appelés à former la Sainte Église. Cette famille de Dieu se constitue et se réalise graduellement au long des étapes de l’histoire humaine, selon les dispositions du Père. En effet, l’Église a été préfigurée dès l’origine du monde ; elle a été merveilleusement préparée dans l’histoire du peuple d’Israël et dans l’Ancienne Alliance ; elle a été instituée enfin en ces temps qui sont les derniers ; elle est manifestée grâce à l’effusion de l’Esprit Saint et, au terme des siècles, elle sera consommée dans la gloire » (LG2).

Ce passage très dense de l’encyclique Lumen Gentium nous servira de canevas pour scruter le mystère de l’Église, que seuls les yeux de la foi permettent de cerner dans sa réalité visible et spirituelle.

Nous étudierons dans un premier temps l’Église dans l’Ancienne Alliance, puis quelques représentations iconographiques du thème dans l’histoire de l’art avant d’en venir à une approche systématique du mystère ecclésial.

 

 

 

 L’ÉGLISE DANS L’ANCIENNE ALLIANCE

 1. L’Église dans le dessein de Dieu

– Les noms de l’Église :

Le mot « église » vient du grec ekklèsia qui vient lui-même du verbe ek-kalein : « appeler hors de » et signifie « convocation ». Il désigne des assemblées du peuple (Ac XIX, 39) en général de caractère religieux. Le terme est souvent utilisé dans l’Ancien Testament grec pour désigner l’assemblée du peuple élu devant Dieu, surtout celle du Sinaï où Israël reçut la Loi et fut constitué par Dieu comme son peuple saint (Ex XIX). En se faisant appeler « Église », la première communauté de ceux qui croyaient au Christ se reconnaît héritière de cette assemblée. En elle, Dieu « convoque » son peuple de tous les confins de la terre.

Le terme « Kyriakè » dont sont dérivés les noms « church, Kirche » signifie « celle qui appartient au Seigneur ».

Dans le langage chrétien, l’Église est donc le Peuple que Dieu rassemble dans le monde entier. Elle existe dans les communautés locales et se réalise comme assemblée eucharistique. Elle vit de la Parole et du Corps du Christ et devient elle-même Corps du Christ.

 

– Les symboles de l’Église :

Les images de l’Ancien Testament constituent des illustrations d’une idée générale, celle du « Peuple de Dieu » tandis que dans le Nouveau Testament, toutes ces images trouvent un nouveau centre par le fait que le Christ devient «la Tête » de ce Peuple qui est dès lors son Corps.

 

 

 2. L’origine de l’Église 

« Le monde fut créé en vue de l’Église » (Aristide, apol.XVI, 6) disaient les premiers chrétiens. L’Église est la fin de toutes choses et les vicissitudes douloureuses elles-mêmes, comme la chute des anges et le péché de l’homme, ne furent permises par Dieu que comme moyen pour déployer toute la force de son bras, toute la mesure d’amour qu’Il voulait donner au monde : « De même que la volonté de Dieu est un acte et qu’elle s’appelle le monde, ainsi son intention est le salut des hommes, et elle s’appelle l’Église » (Clément d’Alexandrie, paed. I, 6).

 

Pour Dieu, l’homme doit vivre en société mais en communion avec Lui, c’est là son grand dessein. Or, le péché originel a brisé le dessein de Dieu car il a rompu la communion entre Dieu et les hommes ce qui a entraîné l’apparition de la mort (meurtre d’Abel par Caïn).

Dès lors, le rassemblement du Peuple de Dieu a commencé. Ce rassemblement de l’Église peut être interprété comme la réponse de Dieu au chaos suscité par le péché. Cette réunification se réalise secrètement au sein de tous les peuples : « En toute nation, Dieu tient pour agréable quiconque Le craint et pratique la justice » (Ac X, 35).

À ce titre, toute l’histoire sainte est une tentative de reprendre le dessein divin.

– L’arche bâtie par Noé contient toute l’humanité et préfigure l’Église : le salut universel est accordé à la descendance de Noé grâce à l’eau du Déluge, une eau qui renvoie à l’eau baptismale que Jean le Baptiste laisse couler sur le Christ dans le Jourdain.

– La préparation lointaine du rassemblement du Peuple de Dieu commence par la vocation d’Abraham, à qui Dieu promet qu’il deviendra le père d’un grand peuple, un peuple saint.

– La préparation immédiate commence avec l’élection d’Israël, signe du rassemblement futur de toutes les nations.

Cependant, les prophètes accusent Israël d’avoir rompu l’alliance avec Dieu et annoncent une nouvelle Alliance éternelle (Jr XXXI, 31-34), « Cette Alliance Nouvelle, le Christ l’a instituée » (LG 9).

 

La dispersion de Babel ne trouvera sa réponse que lors de la Parousie, c’est-à-dire, lors du retour en gloire du Christ où seule subsistera l’assemblée des élus en communion avec Dieu.

 

 

 

REPRÉSENTATION ICONOGRAPHIQUE DE L’ÉGLISE

Les architectes, qu’ils soient d’Orient ou d’Occident,  ont choisi de bâtir les églises en suivant une symbolique très particulière : ainsi, les plans utilisant le cercle font référence au Ciel (les églises d’Orient sont bâties selon ce schéma), les triangles rappellent la Sainte Trinité et les carrés la terre.

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La cathédrale de Lisbonne : bâtie sur une éminence, mais au milieu de la cité et des activités humaines, elle est fortifiée donc protectrice.

 

 

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La basilique Saint-Pierre de Rome, construite au milieu    de la ville mais érigée sur le tombeau de Saint Pierre, donc fondée sur le « roc » du Christ.

  

  

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Cathédrale de Reims, la forme triangulaire est présente partout ce qui fait de cette  cathédrale une véritable hymne à la Trinité.

 

 

 

 

 

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La basilique Sainte-Praxède de Rome (paléo-chrétienne) : cette basilique  comporte en dehors de ses murs un atrium ouvert constituant un espace entre l’église et le monde.

 

 

im5Eglise Saint-Georges à Lalibela (Ethiopie) : église enfouie sous la terre, taillée dans le roc.

 

 

 

 

 

 

ANALYSE SYSTÉMATIQUE

 Le Christ est la Lumière du monde et l’Église n’a pas d’autre lumière que celle du Christ ; elle est, selon une image chère  aux Pères de l’Église, comparable à la lune dont toute la lumière est reflet du soleil.

 

1. L’Église dans le dessein de Dieu

L’origine de l’Église est en Dieu, elle est présente dans la volonté divine dès le commencement puisque Dieu a créé le monde en vue de la communion à sa vie divine, communion qui se réalise par la « convocation » des hommes dans le Christ. Or, cette « convocation », c’est l’Église.

Celle-ci est diffusée mystiquement dans l’Ancien Testament et se réalise dans le Christ.

Elle est visible, relie l’homme à Dieu et est « comme un sacrement » de l’homme en Dieu.

 

2. L’Église est Peuple de Dieu, Corps du Christ et temple de l’Esprit Saint

Ces trois images sont privilégiées dans l’encyclique Lumen Gentium et dans le CEC.

 

3. L’Église est une, sainte, catholique et apostolique

Ces quatre adjectifs sont inséparables : l’Église tient du Christ et est réalisée par le Christ.

– L’Église est UNE :

Elle est une de par sa source parce que le Christ a fondé une Église et parce qu’elle a une seule âme : l’Esprit Saint.

« Quel étonnant mystère ! Il y a un seul Père de l’univers, un seul Logos de l’univers et aussi un seul Esprit Saint, partout identique ; il y a aussi une vierge devenue mère, et j’aime l’appeler l’Église » (Clément d’Alexandrie, paed. I, 6).

Dieu étant infini, l’unité de Dieu n’est pas un appauvrissement mais une richesse. Cependant, cette unité se combine avec la diversité issue de la variété des dons de Dieu et de la multiplicité des personnes qui les reçoivent. Mais le péché et le poids de ses conséquences menacent sans cesse le don de l’unité. Aussi saint Paul exhorte-t-il en permanence à « garder l’unité de l’Esprit par le lien de la paix » (Ep IV, 3).

Les liens de l’unité sont « par-dessus tout la charité, qui est le lien de la perfection »

(Col III, 14), la profession d’une seule foi reçue des Apôtres, la célébration commune du culte divin (surtout des sacrements) et la succession apostolique par le sacrement de l’Ordre qui maintient la concorde fraternelle de la famille de Dieu.

 

Les blessures de l’unité : l’hérésie (erreur sur la foi), l’apostasie (rejet de la foi) et le schisme (séparation de la succession apostolique) sont liées aux péchés des hommes. Ces divisions sont dues à des torts partagés.

Ceux qui naissent aujourd’hui dans des communautés issues de telles ruptures « et qui vivent la foi au Christ ne peuvent être accusés de péché de division et l’Église catholique les entoure de respect fraternel et de charité (…). Justifiés par la foi reçue au Baptême, incorporés au Christ, ils portent à juste titre le nom de chrétiens, et les fils de l’Église catholique les reconnaissent à bon droit comme des frères dans le Seigneur » (UR 3).

 

Quid de l’œcuménisme ?

Le désir de retrouver l’unité de tous les chrétiens est un don du Christ et un appel de l’Esprit Saint (UR 1). Pour y répondre correctement sont exigés : un renouveau permanent de l’Église dans une fidélité plus grande à sa vocation, la conversion du cœur « en vue de vivre plus purement selon l’Évangile » (UR 7), la prière en commun, la connaissance réciproque fraternelle et la collaboration entre chrétiens dans les divers domaines du service des hommes.

Ce souci de retrouver l’unité d’une seule et unique Église du Christ dépasse les forces et les capacités humaines, « c’est pourquoi nous mettons tout notre espoir dans la prière du Christ pour l’Église, dans l’amour du Père à notre égard et dans la puissance du Saint Esprit ». (UR 24)

 

– L’Église est SAINTE

« L’Église (…) est aux yeux de la foi indéfectiblement sainte. En effet, le Christ, Fils de Dieu, qui, avec le Père et l’Esprit, est proclamé seul saint, a aimé l’Église comme son épouse, Il s’est livré pour elle afin de la sanctifier, Il se l’est unie comme son Corps et l’a comblée du don  de l’Esprit Saint pour la gloire de Dieu » (LG 39).

L’Église, unie au Christ, est sanctifiée par Lui ; par Lui et en Lui elle devient aussi sanctifiante car c’est en elle « que nous acquérons la sainteté par la grâce de Dieu » (LG 48).

« Tous les membres de l’Église, ses ministres y compris, doivent se reconnaître pécheurs. En effet, en tous, l’ivraie du péché se trouve mêlée au bon grain de l’Évangile jusqu’à la fin des temps » (Mt XIII, 24-30).

« L’Église est sainte tout en comprenant en son sein des pécheurs, parce qu’elle n’a elle-même d’autre vie que celle de la grâce : c’est en vivant de sa vie que ses membres se sanctifient et c’est en se soustrayant à sa vie qu’ils tombent dans les péchés et les désordres qui empêchent le rayonnement de la sainteté » (SPF 19).

« En la personne de la bienheureuse Vierge, l’Église atteint déjà à la perfection qui la fait sans tache ni ride. Les fidèles du Christ, eux, sont encore tendus dans leur effort pour croître en sainteté par la victoire sur le péché : c’est pourquoi ils lèvent leurs yeux vers Marie » (LG 65). En elle, l’Église est déjà la toute sainte ».

 

– L’Église est CATHOLIQUE

Le mot « catholique » signifie « universel, selon la totalité ».

L’Église est catholique parce qu’en elle, le Christ est présent et parce qu’elle est envoyée en mission par le Christ à l’universalité du genre humain.

« Sont incorporés pleinement à la société qu’est l’Église ceux qui, ayant l’Esprit du Christ, acceptent intégralement son organisation et tous les moyens de salut institués en elle et qui, en outre, grâce aux liens constitués par la profession de foi, les sacrements, le gouvernement ecclésiastique et la communion, sont unis, dans l’ensemble visible de l’Église, avec le Christ qui la dirige par le Souverain Pontife et les évêques. » (LG 14).

Cependant, l’incorporation à l’Église n’assure pas le salut pour celui qui, faute de persévérer dans la charité, reste bien « de corps » au sein de l’Église, mais non de « cœur ».

Les chrétiens qui ne sont pas pleinement unis au successeur de Pierre se trouvent « dans une certaine communion, bien qu’imparfaite, avec l’Église catholique » (UR 7).

Avec les Églises orthodoxes, cette communion est si profonde « qu’il lui manque bien peu pour qu’elle atteigne la plénitude autorisant une célébration commune de l’Eucharistie du Seigneur » (Paul VI, discours du 14 décembre 1975).

S’agissant des religions non chrétiennes,  le lien avec l’Église est d’abord celui de l’origine et de la fin communes du genre humain. L’Église reconnaît dans les autres religions, « encore dans les ombres et sous des images » du Dieu inconnu mais proche puisque c’est Lui qui donne à tous vie, souffle et toutes choses et puisqu’Il veut que tous les hommes soient sauvés. » (LG 16).Elle considère « tout ce qui peut se trouver de bon et de vrai dans les religions comme « une préparation évangélique et comme un don de Celui qui illumine tout homme pour que, finalement, il ait la vie » (LG 16).

Mais on ne peut ignorer que dans leur comportement religieux, les hommes montrent aussi des limites et des erreurs qui défigurent en eux l’image de Dieu. C’est pour réunir de nouveau tous ses enfants que le péché a dispersés et égarés que le Père a voulu convoquer toute l’humanité dans l’Église de son Fils.

L’Église est le lieu où l’humanité doit retrouver son unité et son salut. Elle est « le monde réconcilié ». (Saint Augustin, sermon 96, 7, 9).

 

– L’Église est APOSTOLIQUE

Elle est apostolique car elle est fondée sur les Apôtres, et cela en un triple sens :

∙ elle a été et demeure bâtie sur « le fondement des Apôtres » (Ep II, 20 ; Ap XXI, 14), « témoins choisis et envoyés en mission par le Christ lui-même » (Ac I, 8).

∙ elle garde et transmet, avec l’aide de l’Esprit Saint qui habite en elle, « l’enseignement, le bon dépôt, les saines paroles entendues des Apôtres » (2 Tm I, 13-14) ;

∙ elle continue à être enseignée, sanctifiée et dirigée par les Apôtres jusqu’au retour du Christ grâce à ceux qui leur succèdent dans leur charge pastorale : le collège des évêques, « assisté par les prêtres, en union avec le successeur de Pierre, pasteur suprême de l’Église » (AG 5).

 

Ainsi, l’Église est une, sainte, catholique et apostolique dans son identité profonde et ultime, parce que c’est en elle qu’existe déjà et sera accompli à la fin des temps « le Royaume des cieux » (Ap XIX, 6), advenu dans la personne du Christ et grandissant mystérieusement au cœur de ceux qui Lui sont incorporés jusqu’à sa pleine manifestation eschatologique.