Je crois à la Résurrection de la chair et à la vie éternelle

Conférence n° 8 du 16 mai 2013

 Article 11 : « Je crois à la résurrection de la chair » et Article 12 : « Je crois à la vie éternelle ».

Nous développerons l’étude de la résurrection et de la vie éternelle en trois points successifs : une approche biblique, une approche iconographique et une approche systématique.

APPROCHE BIBLIQUE DE LA RÉSURRECTION ET DE LA VIE ÉTERNELLE

1. L’apport de la philosophie grecque

La Révélation suppose une philosophie non matérialiste où l’homme n’est pas réductible à la matière mais possesseur d’une âme immatérielle et donc immortelle.

Cette vision de l’homme a été admise par les Grecs et notamment par les Platoniciens. Mais Platon en est très tôt arrivé à une explication dualiste : tout homme possède un corps, voué à la disparition ce qui est une bonne chose et une âme immortelle prisonnière de la chair et libérée seulement après la mort physique. Il s’en suit une vision extrêmement négative du corps, prison de l’âme. C’est pourquoi, Platon ne peut concevoir la résurrection de la chair.

Cette vision inspirera encore nombre d’hérésies comme celle des Bogomiles ou des Cathares, bien des siècles après la mort de Platon.

Cependant, la pensée philosophique platonicienne a contribué à faire progresser la philosophie en niant la matérialité totale de l’homme qui en aurait fait un animal comme les autres et aurait abouti à sa chosification.

 

2. L’apport biblique

Bien  que la Bible fasse une distinction entre l’âme et le corps (cf. le récit de la Genèse dans lequel Dieu façonne l’homme dans de l’argile avant de souffler dans le corps pour lui donner vie), c’est l’homme tout entier qui est affecté par la mort puisque l’âme est prisonnière des enfers (le Shéol) tandis que le corps pourrit sous la terre.

Cependant, les Hébreux pensent qu’il ne s’agit que d’une étape transitoire dont l’homme resurgira vivant par une grâce divine.

Car le Dieu unique est aussi l’unique maître de la vie et de la mort :

« … C’est moi qui fais mourir et qui fais vivre… » (Dt XXXII, 39).

 

«  Aussi mon cœur exulte, mes entrailles jubilent,

 Et ma chair reposera en sûreté ;

 Car tu ne peux abandonner mon âme au shéol,

 Tu ne peux laisser ton fidèle voir la fosse.

 

Tu m’apprendras le chemin de vie,

Devant ta face, plénitude de joie,

En ta droite, délices éternelles. » (Ps XVI, 9-11).

La Bible admet une expérience individuelle et collective de la résurrection :

a)     Expérience individuelle :

On voit apparaître dans certains Livres l’exigence d’une vie mystique pour permettre à l’homme d’échapper à la mort qui le séparerait définitivement de son intimité avec Dieu.

Seuls, les prophètes Elie et Élisée vont montrer que Dieu peut vivifier les morts en les rappelant du Shéol où ils étaient descendus.

« … Il [Elie] s’étendit trois fois sur l’enfant et il invoqua Yahvé : Yahvé, mon Dieu, je t’en prie, fais revenir en lui l’âme de cet enfant ! Yahvé exauça l’appel d’Elie, l’âme de l’enfant revint en lui et il reprit vie…. » (I R XVII, 20-23)

 

«L’enfant grandit. Un jour il alla trouver son père auprès des moissonneurs et il dit à son père : Oh ! ma tête ! ma tête ! et le père ordonna à un serviteur de le porter à sa mère. Celui-ci le prit et le conduisit à sa mère ; il resta sur ses genoux jusqu’à midi et il mourut […] Il (Élisée) se remit à marcher de long en large dans la maison, puis remonta et se replia sur lui : alors l’enfant éternua jusqu’à sept fois et ouvrit les yeux. […]Lorsqu’elle (la mère) arriva près de lui, il dit : Prends ton fils ». (II R IV, 18-37)

 

b)    Expérience collective :

L’expérience collective de la mort est aussi inscrite dans la Bible : après l’épreuve de l’Exil, Dieu ressuscitera son peuple comme on ramène à la vie des ossements desséchés :

Ainsi parle le Seigneur Yahvé à ces ossements. Voici que je vais faire entrer en vous l’esprit et vous vivrez… » (Ez XXXVII, 5).

Dans le second Livre des Maccabées, au chapitre VII qui conte l’histoire du martyre des sept frères, la mère exhorte ses fils à résister à Antiochus et exprime sa foi en la résurrection du corps,  une foi reprise par les Pharisiens mais pas par les Sadducéens.

« […] Aussi bien le Créateur du monde, qui a formé le genre humain et qui est à l’origine de toute chose, vous rendra-t-il, dans sa miséricorde, et l’esprit et la vie,… » (II MVII, 22).

 

3. L’enfer

L’Ancien Testament ne mentionne pas l’enfer au sens chrétien du terme, mais le Shéol, le lieu où l’âme va à la mort.

Le Christ pour sa part parle souvent de la « géhenne », du « feu qui ne s’éteint pas » (Mt V, 22) réservée à ceux qui refusent jusqu’à la fin de leur vie de croire et de se convertir, et où peuvent être perdus à la fois et l’âme et le corps (Mt X, 28).

Le Christ annonce en termes graves qu’Il « enverra ses anges, qui ramasseront tous les fauteurs d’iniquité (…), et les jetteront dans la fournaise ardente » (Mt XIII, 41-42), et qu’Il prononcera la condamnation : Allez loin de moi, maudits, dans le feu éternel » (Mt XXV, 41)

 

 

ÉTUDE ICONOGRAPHIQUE

Le thème de la Résurrection du Christ et celui de la Résurrection des morts est traité différemment en Orient et en Occident.

Pour l’Orient chrétien, il n’y a que deux manières canoniques de représenter le miracle de la Résurrection. D’une part, la scène des Saintes Femmes Myrrhophores (qui portent la myrrhe) qui trouvent le Tombeau vide et un ou deux anges annonçant la bonne nouvelles : « Pourquoi cherchez-vous parmi les morts Celui qui est vivant ? ». C’est l’icône narrative parce qu’elle est la transposition  du texte évangélique :

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Icône des Saintes Femmes myrrhophores

 

 

 

D’autre part, la représentation de l’Anastasis, la plus courante d’ailleurs, qui représente la descente du Christ aux Enfers pour délivrer les justes de l’Ancien Testament qui y étaient captifs, selon le texte même du tropaire de la fête de Pâques :        Christ est ressuscité des morts, par la mort Il a vaincu la mort, à ceux qui sont dans les tombeaux, Il a donné la vie.

C’est l’icône dogmatique parce qu’elle nous révèle le but de la Nativité, de la mort en Croix et de la Résurrection du Christ-Dieu : la rédemption du genre humain, la possibilité du Salut rendu aux hommes.

im2Icône de l’Anastasis

Par contre, aucune représentation du Christ surgissant du tombeau, le bras levé en signe de victoire, avec ou sans lys à la main, représentation mainte fois utilisée en Occident, n’est admise en Orient orthodoxe pour la simple raison que nul n’a jamais vu le moment précis de la Résurrection et que les Évangiles demeurent très discrets sur « ce mystère des mystères ».

 

La tradition occidentale s’inspire davantage des kérygmes que des hymnes et voit la Résurrection, non comme une exaltation, immédiatement glorieuse, mais comme une suite d’évènements. Le Christ meurt en Croix l’après-midi du Vendredi Saint, Il descend aux Enfers pour libérer les justes de l’Ancien Testament le samedi. Enfin, il sort de son tombeau le dimanche et se manifeste à ses disciples comme un Vivant.

Au Moyen-Âge, les fidèles éprouvent le besoin de « voir » ce qui s’est passé. Sur les parois extérieures ou intérieures des églises dans des cycles de mosaïques ou de fresques, les panneaux de la Maesta de Duccio à Sienne, les fresques de Giotto à Padoue ou de Barna da Siena à San Gemignano, les tableaux de Schongauer à Colmar, les hauts reliefs de Jean Le Bouteiller sur le pourtour nord du chœur de Notre-Dame de Paris.

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Les trois Maries à la tombe du Christ, Maesta, Duccio da Siena

 

 

 

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 La résurrection du Christ, Hans Memling

 

 

 

 

 

  

LA RÉSURRECTION DE  LA CHAIR

1. La résurrection du Christ et la nôtre

Croire en la résurrection des morts a été dès ses débuts un élément essentiel de la foi chrétienne : « Une conviction des chrétiens : la résurrection des morts ; cette croyance nous fait vivre » (Tertullien res.1, 1).

Dès les débuts du christianisme, ses disciples sont convaincus que la résurrection vient du Christ : « Comment certains d’entre vous peuvent-ils dire qu’il n’y a pas de résurrection des morts ? S’il n’y a pas de résurrection des morts, le Christ non plus n’est pas ressuscité. Mais si le Christ n’est pas ressuscité, alors notre prédication est vide, vide aussi votre foi (…) Mais non, le Christ est ressuscité des morts, prémices de ceux qui se sont endormis » (1 Co XV, 12-14. 20)

La résurrection des morts a été révélée progressivement par Dieu à son Peuple. L’espérance de la résurrection de la chair s’est imposée comme conséquence intrinsèque de la foi en un Dieu créateur de l’homme tout entier, âme et corps.

Mais c’est Jésus qui lie la foi en la résurrection à sa propre personne : « Je suis la Résurrection et la vie » (Jn XI, 25)

Mais, qu’est-ce que ressusciter ? Dans la mort, le corps de l’homme tombe dans la corruption, tandis que son âme va à la rencontre de Dieu, tout en attendant d’être réunie à son corps glorifié. Dieu dans sa toute-puissance rendra définitivement la vie incorruptible à nos corps en les unissant à nos âmes, par la vertu de la résurrection de Jésus.

Qui ressuscitera ? Tous les hommes, « Ceux qui auront fait le bien ressusciteront pour la vie, ceux qui auront fait le mal, pour la damnation » (Jn V, 29)

Et comment ressuscitera-t-on ? Le Christ est ressuscité avec son corps : « Regardez mes mains et mes pieds : c’est bien moi » (Lc XXIV, 39) mais n’est pas revenu à une vie terrestre. De même, en Lui, « tous ressusciteront avec leur propre corps, qu’ils ont maintenant mais ce corps sera transfiguré en corps de gloire » (Ph III, 21).

Le comment de la résurrection dépasse notre raison et n’est accessible que dans la foi. Cependant notre participation à l’Eucharistie nous donne un avant-goût de la transfiguration de notre corps par le Christ :

« De même que le pain qui vient de la terre, après avoir reçu l’invocation de Dieu, n’est plus du pain ordinaire, mais Eucharistie, constituée de deux choses, l’une terrestre et l’autre céleste, de même nos corps qui participent à l’Eucharistie ne sont plus corruptibles, puisqu’ils ont l’espérance de la résurrection » (St Irénée, haer.IV, 18, 4-5).

Quand aura lieu cette résurrection ? « Au dernier jour » (Jn VI, 39-40. 44. 54). La résurrection des morts est intimement associée à la Parousie du Christ.

 

2. Mourir dans le Christ Jésus

La mort corporelle est naturelle, mais pour la foi elle est en fait « le salaire du péché » (Rm VI, 23).

Grâce au Christ, la mort chrétienne a un sens positif. « Pour moi, la vie c’est le Christ et mourir un gain » (Ph I, 21). « C’est là une parole certaine : si nous mourons avec Lui, nous vivrons avec Lui » (2 Tm II, 11). C’est là la nouveauté essentielle de la mort chrétienne : par le Baptême, le chrétien est déjà sacramentellement « mort avec le Christ », pour vivre d’une vie nouvelle ; et si nous mourons dans la grâce du Christ, la mort physique consomme ce « mourir avec le Christ » et achève ainsi notre incorporation à Lui dans son acte rédempteur.

« Il est bon pour moi de mourir dans le Christ Jésus, plus que de régner sur les extrémités de la terre. C’est Lui que je cherche, qui est mort pour nous ; Lui que je veux, qui est ressuscité pour nous. Mon enfantement approche […]. Laissez-moi recevoir la pure lumière ; quand je serai arrivé là, je serai un homme » (St Ignace d’Antioche, Rom VI, 1-2).

La mort est la fin du pèlerinage terrestre de l’homme, du temps de grâce et de miséricorde que Dieu lui offre pour réaliser sa vie terrestre selon le dessein divin et pour décider son destin ultime. L’Église nous encourage à nous préparer pour l’heure de notre mort : « Délivre-nous, Seigneur, d’une mort subite et imprévue » (Litanie des saints), à demander à la Mère de Dieu d’intercéder pour nous « à l’heure de notre mort » (Prière Ave Maria), et à nous confier à saint Joseph, patron de la bonne mort.

 

 

 

LA VIE ÉTERNELLE (article 12)

La vie nous est donnée pour connaître Dieu, c’est un temps ouvert à la grâce.

La mort met fin à la vie de l’homme comme temps ouvert à l’accueil ou au rejet de la grâce divine manifestée dans le Christ.

Le Nouveau Testament parle principalement du jugement dans la perspective de la rencontre finale avec le Christ dans son second avènement, mais il affirme aussi à plusieurs reprises la rétribution immédiate après la mort de chacun en fonction de ses œuvres et de sa foi.

 

1. Le jugement particulier

Chaque homme reçoit dans son âme immortelle sa rétribution éternelle dès sa mort en  un jugement particulier qui réfère sa vie au Christ, soit à travers une purification, soit pour entrer immédiatement dans la béatitude du ciel, soit pour se damner immédiatement pour toujours.

« Au soir de notre vie, nous serons jugés sur l’amour » (St Jean de la Croix, dichos 64).

 

2. Le jugement dernier

La résurrection de tous les morts, « des justes et des pécheurs » (Ac XXIV, 14), précèdera le Jugement dernier. Ce sera « l’heure où ceux qui gisent dans la tombe en sortiront à l’appel de la voix du Fils de l’Homme ; ceux qui auront fait le bien ressusciteront pour la vie, ceux qui auront fait le mal pour la damnation » (Jn V, 28-29).

« C’est face au Christ qui est la Vérité que sera définitivement mise à nu la vérité sur la relation de chaque homme à Dieu » (CEC 1039).

Le Jugement dernier aura lieu lors de la Parousie, du retour glorieux du Christ dont le Père seul connaît le jour et l’heure.

Le message du Jugement dernier appelle à la conversion pendant que Dieu donne encore aux hommes « le temps favorable, le temps du salut » (2Co VI, 2). Il annonce la « bienheureuse espérance » (Tt II, 13) du retour du Seigneur qui « viendra pour être glorifié dans ses saints et admiré en tous ceux qui auront cru » (2 Th I, 10).

 

3. Le paradis

Ceux qui meurent dans la grâce et l’amitié de Dieu, et qui sont parfaitement purifiés, vivent pour toujours avec le Christ. Ils sont semblables à Dieu, parce qu’ils Le voient « tel qu’Il est » (1 Jn III, 2), face à face.

Il s’agit d’une vie parfaite avec la Très Sainte Trinité, la Vierge Marie, les anges et tous les bienheureux.

« Vivre au Ciel, c’est être avec le Christ » (Jn XIV, 3). Les élus vivent en Lui, mais ils y trouvent leur vraie identité, leur vrai nom  (Ap II, 17).

« Car la vie, c’est d’être avec le Christ : là où est le Christ, là est la vie, là est le royaume » (St Ambroise, Luc. X, 21).

 

 

4. Le Purgatoire

Ceux qui meurent dans la grâce et l’amitié de Dieu, mais imparfaitement purifiés, bien qu’assurés de leur salut éternel, souffrent après leur mort une purification, afin d’obtenir la sainteté nécessaire pour entrer dans la joie du ciel. C’est cette purification finale des élus que l’Église appelle Purgatoire. La doctrine en a été formulée au Concile de Florence en 1439 puis au Concile de Trente en 1545. Cette doctrine s’appuie notamment sur la pratique de la prière pour les défunts dont parle déjà l’Ancien Testament : « Voilà pourquoi Judas Maccabée fit faire ce sacrifice expiatoire pour les morts, afin qu’ils fussent délivrés de leur péché » (2 M XII, 46).

Dès les premiers temps, l’Église a ainsi honoré la mémoire des défunts et offert pour eux notamment le sacrifice eucharistique afin que, purifiés, ils puissent parvenir à la vision béatifique de Dieu.

 

5. L’enfer

Jésus parle souvent de la géhenne destinée à tous ceux qui, jusqu’à la fin de leur vie, refusent de croire et de se convertir, et où peuvent être perdus à la fois l’âme et le corps (Mt IX, 43-48).

L’enseignement de l’Église affirme l’existence de l’enfer et son éternité.

Les âmes de ceux qui meurent en état de péché mortel descendent immédiatement après la mort dans les enfers, où elles souffrent les peines de l’enfer, « le feu éternel ».

La peine principale de l’enfer consiste en la séparation éternelle d’avec Dieu en qui seul l’homme peut avoir la vie et le bonheur pour lesquels il a été créé et auxquels il aspire.

Les enseignements de la Sainte Écriture et de l’Église au sujet de l’enfer sont d’abord un appel à la responsabilité car l’homme doit user avec discernement de la liberté qui est la sienne en vue de son destin éternel. C’est aussi un appel à la conversion :

« Entrez par la porte étroite. Car large et spacieux est le chemin qui mène à la perdition, et il en est beaucoup qui le prennent ; mais étroite est la porte et resserré le chemin qui mène à la Vie, et il en est peu qui le trouvent » (Mt VII, 13-14).

 

Dieu ne prédestine personne à aller en enfer ! Il faut pour cela une aversion volontaire à Dieu (un péché mortel) et y persister jusqu’à la fin de sa vie humaine. C’est pourquoi dans la liturgie eucharistique et dans les prières quotidiennes de ses fidèles, l’Église implore la miséricorde de Dieu, qui veut « que personne ne périsse, mais que tous arrivent au repentir » (2 P III, 9).

 

 

CONCLUSION

 À la fin des temps, le Royaume de Dieu arrivera à sa plénitude. Après le jugement universel, les justes règneront pour toujours avec le Christ, glorifiés en corps et en âme, et l’univers lui-même sera renouvelé.

Cette rénovation mystérieuse, qui transformera l’humanité et le monde est appelée « les cieux nouveaux et la terre nouvelle » (2P III, 13) par l’Écriture. Ce sera la réalisation définitive du dessein de Dieu de « ramener toutes choses sous un seul chef, le Christ, les êtres célestes comme les terrestres » (Ep I, 10).

     Dieu sera alors « tout en tous » (1 Co XV, 28) dans la vie éternelle.