Le contenu de l’évangélisation

3ème conférence (05 novembre 2013)

 

Chapitre III : Le contenu de l’évangélisation

 

Dans le message annoncé par l’Église, il faut veiller à préserver le contenu essentiel, « la substance vivante » (EN n°25), qu’on ne saurait passer sous silence sans dénaturer gravement l’évangélisation. Il convient en effet, y compris dans l’Église, de «ne pas succomber à un esprit de progressisme adolescent qui croit qu’avancer dans n’importe quel choix est mieux que de rester dans les habitudes de la fidélité. Et ceci est une contradiction : on ne négocie pas les valeurs mais on négocie la fidélité. Et ceci, c’est justement le fruit du démon, du prince de ce monde, qui fait entrer dans l’esprit mondain » (Pape François, Homélie du 18/11/2013).

Le contenu de ce chapitre peut sembler un peu daté, notamment dans son analyse des rapports Nord/Sud où les influences marxistes de l’époque sont manifestes et annoncent la « théologie de la libération » qui a notamment beaucoup marqué toute l’Église en Amérique latine.

 

Une analyse de ce chapitre permet de mettre en avant trois points marquants du contenu de l’évangélisation :

– Évangéliser, c’est rendre témoignage de l’amour du Père pour sa Création,

– Évangéliser, c’est mettre au centre du message le Salut en Christ,

– Évangéliser, c’est adresser à la Création un message de libération.

 

1° Évangéliser : un témoignage de l’amour du Père

«Évangéliser est tout d’abord témoigner, de façon simple et directe du Dieu révélé par Jésus-Christ, dans l’Esprit Saint. Témoigner que, dans son Fils, il a aimé le monde : que dans son Verbe incarné, il a donné l’être à toute chose et a appelé les hommes à la Vie Éternelle » (EN, n°26).

Ainsi, la perspective de l’évangélisation ne se conçoit qu’à travers la Trinité et le mystère de l’Incarnation, au cœur de la foi chrétienne.

« […] Pour l’homme, le Créateur n’est pas une puissance anonyme et lointaine, il est Père.. » (EN, n°26)

 

2° Évangéliser : une annonce du Salut par le Christ

« L’évangélisation contiendra toujours une claire proclamation que, en Jésus-Christ, le Fils de Dieu fait homme, mort et ressuscité, le Salut est offert à tout homme, comme don de grâce et miséricorde de Dieu. Et non pas un salut immanent, à la mesure des besoins matériels ou même spirituels s’épuisant dans le cadre de l’existence temporelle et s’identifiant totalement avec les désirs, les espoirs, les affaires et les combats temporels, mais un Salut qui déborde toutes ces limites pour s’accomplir dans une communion avec le seul Absolu, celui de Dieu : Salut transcendant, eschatologique, qui a certes son commencement en cette vie, mais qui s’accomplit dans l’éternité » (EN, n°27).

« Car c’est bien par la grâce que vous êtes sauvés, moyennant la foi. Ce salut ne vient pas de vous, il est un don de Dieu, il ne vient pas des œuvres, car nul ne doit pouvoir se glorifier. Nous sommes en effet son ouvrage, créés dans le Christ Jésus en vue des bonnes œuvres, que Dieu a préparées d’avance pour que nous les pratiquions ».(Ep II, 8)

 

3° Évangéliser : un message de libération adressé à la Création

« On sait en quels termes ont parlé au récent Synode, de nombreux évêques de tous les continents, surtout les évêques du Tiers-Monde… de tout ce qui les condamne à rester en marge de la vie : famines, maladies chroniques, analphabétisme, paupérisme, injustices dans les rapports internationaux et spécialement commerciaux, situations de néo-colonialisme économique et culturel parfois aussi cruel que l’ancien colonialisme politique. L’Église, ont répété les évêques, a le devoir d’annoncer la libération de millions d’êtres humains, … ; le devoir d’aider cette libération à naître, de témoigner pour elle, de faire qu’elle soit totale. Cela n’est pas étranger à l’évangélisation. » (EN, n°30).

Ce discours apparaît aujourd’hui très « daté ». On y trouve les traces laissées par la théologie de la libération, théologie contre laquelle le futur pape Benoît XVI, alors cardinal Ratzinger et à la tête de la Congrégation pour la doctrine de la foi, devait publier une instruction « Libertatis Nuntius » en 1984, dans laquelle il entendait « attirer l’attention des pasteurs, des théologiens et de tous les fidèles, sur les déviations et les risques de déviation, ruineux pour la foi et pour la vie chrétienne, que comportent certaines formes de théologie de la libération qui recourent, d’une manière insuffisamment critique à des concepts empruntés à divers courants de la pensée marxiste. » (Libertatis Nuntius, Avant-propos)

 

Annoncer l’Évangile de Jésus-Christ comme un message de liberté et une force de libération doit demeurer un témoignage chrétien.

En conséquence, « la libération est d’abord et principalement libération du péché. Son but et son terme est la liberté des enfants de Dieu, don de la grâce. Elle appelle, par une suite logique, la libération de multiples servitudes d’ordre culturel, économique, social et politique, qui découlent toutes, en définitive, du péché, et qui constituent autant d’obstacles empêchant les hommes de vivre conformément à leur dignité. »(LN, Avant-propos)

Il faut donc discerner ce qui est fondamental, essentiel et ce  qui appartient aux conséquences.

«  Devant l’urgence des problèmes, certains sont tentés de mettre l’accent d’une matière unilatérale sur la libération des servitudes d’ordre terrestre et temporel, de telle sorte qu’ils semblent faire passer au second plan la libération du péché, et par-là ne plus lui attribuer pratiquement l’importance première qui est la sienne…

D’autres, dans l’intention d’acquérir une connaissance plus exacte des causes des servitudes qu’ils veulent supprimer, se servent, sans précaution critique suffisante, d’instruments de pensée qu’il est difficile, voire impossible, de purifier d’une inspiration idéologique incompatible avec la foi chrétienne et avec les exigences éthiques qui en découlent » (LN, Avant-propos)

 

Dans son exhortation apostolique, Paul VI ne dit pas autre chose :

« … beaucoup de chrétiens généreux, sensibles aux questions dramatiques que recouvre le problème de la libération, en voulant engager l’Église dans l’effort de libération, ont fréquemment la tentation de réduire sa mission aux dimensions d’un projet simplement temporel ; ses buts à une visée anthropocentrique, le salut dont elle est messagère et sacrement, à un bien-être matériel ; son activité, oubliant toute préoccupation spirituelle et religieuse, à des initiatives d’ordre politique ou social….C’est pourquoi nous avons voulu souligner… la nécessité de réaffirmer clairement la finalité religieuse de l’évangélisation. Cette dernière perdrait sa raison d’être si elle s’écartait de l’axe religieux qui la dirige : le Règne de Dieu avant toute autre chose, dans son sens pleinement théologique » (EN, n°32)

 

Ainsi le Salut doit s’identifier au Christ, vrai Dieu et vrai homme.

Aussi, si l’Église est bien consciente qu’il est urgent de bâtir des structures plus justes et plus respectueuses des droits de la personne, « elle demeure consciente que les meilleures structures, les systèmes les mieux conçus deviennent vite inhumains si les pentes inhumaines du cœur de l’homme ne sont pas assainies, s’il n’y a pas une conversion du cœur et du regard de ceux qui vivent dans ces structures ou les commandent ». (EN, n° 36)

 

Bien entendu, l’Église ne saurait cautionner les actes de violence, la force des armes et la mort de qui que ce soit comme chemin de libération, « car elle sait que la violence appelle toujours la violence et engendre irrésistiblement de nouvelles formes d’oppression et d’esclavage, souvent plus lourdes que celles dont elle prétendait libérer ». (EN, n°37).

Paul VI termine ce chapitre consacré au contenu de l’évangélisation en rappelant la nécessité de respecter la liberté religieuse :

« De cette juste libération liée à l’évangélisation,…. on ne peut séparer la nécessité d’assurer tous les droits fondamentaux de l’homme, parmi lesquels la liberté religieuse tient une place de première importance. » (EN, n°39)

 

Comment concilier les attentes temporelles et transcendantes ?

Le Salut est un bien de l’au-delà ayant un accomplissement ici-bas.

D’ailleurs, qui s’engagerait  pour un monde en putréfaction ? Dès lors, il convient de donner à nos actes immanents les ailes du désir.

« Et nous savons qu’avec ceux qui l’aiment, Dieu collabore en tout pour leur bien, avec ceux qu’il a appelés selon son dessein. Car ceux que d’avance il a discernés, il les a aussi prédestinés à reproduire l’image de son Fils, afin qu’il soit l’aîné d’une multitude de frères, et ceux qu’il a prédestinés, il les a aussi appelés ; ceux qu’il a appelés, il les a aussi justifiés ; ceux qu’il a justifiés il les a aussi glorifiés. » (Rm VIII, 28-30)