Les destinataires de l’évangélisation

 5ème conférence (3 décembre 2013)

Chapitre V : Les destinataires de l’évangélisation

« Allez par le monde entier, proclamez l’Évangile à toutes les créatures » (Mc XVI, 15).

« Les Douze et la première génération de chrétiens ont bien compris la leçon de ce texte et d’autres semblables : ils en ont fait un programme d’action ; La persécution elle-même, en dispersant les Apôtres, a contribué à disséminer la Parole et à implanter l’Église dans des régions toujours plus lointaines. » (EN n° 49)

 

L’évangélisation concerne l’univers tout entier quelles que soient les oppositions auxquelles se heurte l’Église.

Ces oppositions peuvent être internes ou externes à l’Église.

«… Les évangélisateurs peuvent avoir la tentation de rétrécir sous différents prétextes leur champ d’action missionnaire. »

« … D’autre part, les résistances souvent humainement insurmontables de ceux à qui s’adresse l’évangélisateur peuvent conduire à l’échec de la diffusion de la Parole de Dieu ».

« … Il se trouve même de nos jours que des annonciateurs de la Parole de Dieu soient privés de leurs droits, persécutés, menacés, éliminés pour le seul fait de prêcher Jésus-Christ et son Évangile » (EN n° 50)

 

Ce mandat universel, le Christ, au seuil de sa Passion, en a eu l’intuition :

« […] En vérité je vous le dis, partout où sera proclamé cet Évangile, dans le monde entier, on redira aussi, à sa mémoire, ce qu’elle vient de faire » (Mt XXVI, 13)

 

Mais qui sont les destinataires de l’évangélisation ? Et quels moyens nouveaux peuvent les toucher au cœur de leur vie ?

 

1° Les destinataires de l’évangélisation

Paul VI identifie cinq catégories d’individus concernés par l’évangélisation du monde moderne.

 

–  « Ceux qui sont loin » (EN n°51)

« Révéler Jésus-Christ et son Évangile à ceux qui ne les connaissent pas, tel est, depuis la Pentecôte, le programme fondamental que l’Église a assumé comme reçu de son Fondateur. Tout le Nouveau Testament, et de façon spéciale les Actes des Apôtres, témoignent d’un moment privilégié et en quelque sorte exemplaire de cet effort missionnaire qui jalonnera ensuite toute l’histoire de l’Église.

Cette première annonce de Jésus-Christ, elle la réalise par une activité complexe et diversifiée que l’on désigne quelquefois sous le nom de pré-évangélisation […] via la prédication explicite, certes, mais aussi via l’art, l’approche scientifique, la recherche philosophique, le recours légitime au sentiment du cœur de l’homme […] ».

 

– Le monde déchristianisé (EN n°52)

« […] Cette annonce s’avère toujours plus nécessaire également à cause des situations de déchristianisation, de nos jours, pour des multitudes de personnes qui ont reçu le baptême mais vivent en dehors de toute vie chrétienne, pour des gens simples, ayant une certaine foi mais connaissant mal les fondements de cette foi, pour des intellectuels qui sentent le besoin de connaître Jésus-Christ sous une lumière autre que l’enseignement reçu dans leur enfance, et pour beaucoup d’autres. » »

 

– Les non-chrétiens (EN n° 53)

« L’annonce s’adresse aussi à d’innombrables portions d’humanité qui pratiquent  des religions non chrétiennes que l’Église respecte  et estime car elles sont l’expression vivante de l’âme de vastes groupes humains. Elles portent en elles l’écho de millénaires de recherche de Dieu, recherche incomplète mais réalisée souvent avec sincérité et droiture de cœur. […]Elles ont appris à des générations de personnes à prier. Elles sont toutes parsemées d’innombrables semences du Verbe et peuvent constituer une authentique préparation évangélique.[…] Même devant les expressions religieuses naturelles les plus dignes d’estime, l’Église s’appuie sur le fait que la religion de Jésus qu’elle annonce à travers l’évangélisation, met objectivement l’homme en rapport avec le plan de Dieu, avec sa présence vivante, avec son action. Elle fait  rencontrer ainsi le mystère de la Paternité divine qui se penche vers l’humanité, en d’autres termes, notre religion instaure effectivement avec Dieu un rapport authentique et vivant que les autres religions ne réussissent pas à établir.[…]

 

– Les non-croyants (EN n°55)

« […] Du point de vue spirituel, ce monde moderne semble se débattre toujours dans ce qu’un auteur contemporain a appelé naguère le drame de l’humanisme athée (de Lubac, 1945).

{…]On est obligé de constater au cœur même de ce monde contemporain le phénomène qui devient presque sa marque la plus frappante : le sécularisme. Nous ne parlons pas de cette sécularisation qui est l’effort, en lui-même juste et légitime, nullement incompatible avec la foi ou la religion, de déceler dans la Création, en chaque chose ou en chaque évènement de l’univers, les lois qui les régissent avec une certaine autonomie, dans la conviction intérieure que le Créateur y a posé ces lois […]. Nous envisageons ici un véritable sécularisme : une conception du monde d’après laquelle ce dernier s’explique par lui-même sans qu’il soit besoin de recourir à Dieu, Dieu devenu ainsi superflu et encombrant. […] Un athéisme pragmatique, programmatique et militant semble en découler. En liaison avec ce sécularisme athée, on nous propose tous les jours, sous les formes les plus diverses, une civilisation de consommation, l’hédonisme érigé en valeur suprême, une volonté de puissance et de domination, des discriminations de toutes sortes : autant de pentes inhumaines de cet humanisme. […]Il ne serait pas exagéré de parler d’un puissant et tragique appel à être évangélisé. »

 

– Les non-pratiquants (EN n°56)

« Ce phénomène des non-pratiquants est très ancien dans l’histoire du christianisme. Il tient à une faiblesse naturelle, à une profonde incohérence que nous portons, hélas au fond de nous-mêmes. Il s’explique souvent par les déracinements typiques de notre époque. Il naît aussi du fait que les chrétiens côtoient les non-croyants et reçoivent constamment le contrecoup de l’incroyance. […] Les non-pratiquants contemporains, plus que ceux d’autrefois, cherchent à expliquer et à justifier leur position au nom d’une religion intérieure, de l’autonomie ou de l’authenticité personnelle. »

 

2° Les cellules d’évangélisation, un moyen nouveau pour annoncer l’Evangile à nos contemporains

Quels moyens possèdent donc l’Église contemporaine pour rejoindre tous ces hommes au cœur de leur vie ?

Outre les moyens traditionnels qu’elle met en œuvre depuis la Pentecôte : prédication, prière, catéchisme, enseignement, elle n’ignore pas qu’elle se doit d’être proche de chacun des hommes auquel elle entend transmettre la Parole de Dieu en usant d’une langue adaptée à son époque.

La foi ne se conçoit pas sans la charité qui donne un regard nouveau sur le monde.

C’est pourquoi les communautés ecclésiales de base doivent respecter certaines règles :

– proximité avec leurs frères,

– approfondissement de la Parole,

– proximité avec leur paroisse,

– refus du sectarisme.

Expérimentées en premier lieu en Amérique du Sud, les cellules paroissiales d’évangélisation peuvent s’avérer de remarquables relais d’annonce de la Bonne Nouvelle au cœur de nos villes.

Ces cellules sont de petites structures (pas plus de dix personnes) afin de permettre à chaque participant de mieux connaître les autres.

C’est pourquoi, dès que la cellule grandit, elle se scinde et forme deux cellules afin que ce nombre de dix participants ne soit pas dépassé.

Les réunions sont hebdomadaires et durent environ 1h30. Elles se déroulent chez l’un ou l’autre des participants.

Chacune commence par des louanges rendues à Dieu.

Puis chacun, à tour de rôle, est prié de prendre la parole et de répondre à deux questions,

– qu’est-ce que le Christ a fait pour moi cette semaine ?

– qu’est-ce que j’ai fait pour Lui ?

Les réponses se doivent d’être sobres.

A l’issue de cette courte séance d’introspection personnelle, le curé délivre un enseignement de 20 minutes environ.

La réunion se conclut par un échange autour de la vie de la paroisse puis la prière finale.