Conférence sur le Suaire

LE LINCEUL DE TURIN

d’après la conférence du 5 mars 2014, et le petit « Guide du Linceul de Turin » de Montre-nous Ton Visage

INTRODUCTION

Le Linceul de Turin, appelé aussi le Saint Suaire, montre l’empreinte de face et de dos d’un homme mort, entièrement nu, ayant subi le supplice de la crucifixion.

Des textes apocryphes du II siècle mentionnent déjà l’existence de ce linceul et le désignent  comme étant celui qui a recueilli le corps du Christ.

Quelle a été la position de l’Église sur le sujet ?

En préalable, rappelons que l’Église n’a jamais fait de ce Linceul un objet de foi. Elle le considère comme un signe . Car la foi ne se prouve pas, elle suppose une adhésion.

Le cardinal Saldarini a d’ailleurs été très clair : « Le linceul n’est pas le Christ, mais conduit au Christ ».

Tous les papes ont vénéré le Saint Suaire et de nombreuses ostensions ont eu lieu ces dernières années.

– deux ostensions pendant le pontificat de Jean-Paul II en 1998 et en 2000 : « L’image […] a un rapport si profond avec ce que racontent les Évangiles […] que tout homme sensible se sent touché intérieurement […] lorsqu’il la contemple. » (Jean-Paul II)

– une ostension pendant le pontificat de Benoît XVI en 2010 : « L’ostension constitue une occasion propice pour contempler ce Visage mystérieux, qui parle silencieusement au cœur des hommes en les invitant à y reconnaître le Visage de Dieu. » (Benoît XVI)

– une ostension est prévue par le pape François en 2015.

 

Nous analyserons le Linceul sous deux angles différents ce qui revient en fait à mener une véritable enquête policière :

1° Analyse scientifique.

2° Analyse historique.

 

1° Analyse scientifique

 

Le Linceul est un tissu sur lequel on voit l’empreinte d’un supplicié allongé, face et dos.

a)    Que peut-on dire du supplicié ?

C’est un homme d’environ 1,80 m et pesant environ 80 kg. Il semble âgé de 30 à 40 ans. Or, au début de son ministère public, le Christ avait « environ 30 ans. » (Lc III, 23). Cet homme portait la barbe ce qui était courant chez les Sémites ainsi qu’une natte dans le dos.

 

Il se trouve que ces détails se retrouvent dans l’iconographie chrétienne des premiers siècles.

Ainsi, progressivement, à partir du IVème siècle et notamment à Rome dans les catacombes, le Christ n’est plus représenté en jeune homme blond et imberbe mais comme un homme d’âge mûr, à la barbe bifide et aux cheveux longs descendant sur les épaules.

Ce nouvel archétype semble s’inspirer du Linceul : quinze détails (souvent anatomiques et que l’on retrouve sur l’empreinte du Linceul) figurent sur de nombreuses fresques, icônes et mosaïques anciennes. C’est ainsi que la tache de sang en forme de 3, venant de la rupture de la veine frontale, a été traduite par les artistes comme une mèche de cheveux en forme de 3 inversé dont nous parlerons plus avant. Il s’agit d’un détail que les iconographes représentent très régulièrement lorsqu’ils écrivent une icône du Christ.

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b)    Le tissu :

Il s’agit d’un tissu de lin et rien ne s’oppose à ce qu’il provienne  du Moyen-Orient (Palestine, Syrie, Egypte) en raison :

– de la torsion du fil et du tissage du sergé, deux techniques fréquentes dans les premiers siècles au Moyen-Orient mais pas en Occident.

– du rouissage dans l’eau après tissage pour le blanchir, une technique abandonnée à partir  du VIIIème siècle.

– de ses dimensions habituelles en Orient.

– de l’absence de fil de laine conformément aux prescriptions juives de tissage : pas de mélange de fibres animales et végétales.

 

L’analyse du tissu permet de noter sa finesse et sa légèreté ce qui signifie que sa fabrication a dû être longue et coûteuse. Or, l’évangile nous indique que l’acquéreur du linceul du Christ, Joseph d’Arimathie, était « un homme riche » (Mt XXVII, 57)

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c)     Que voit-on  sur ce tissu ?

 

On distingue :

–      l’empreinte du supplicié, allongé, face et dos.

–      des taches de sang qui traversent le tissu (empreinte sanguine),

–      des jaunissements variables du tissu (empreinte corporelle).

Ces deux empreintes n’ont pas été formées au même moment.

 

L’empreinte sanguine :

Elle traverse le tissu, elle est imprégnée normalement et apparaît donc en « positif ». On y distingue les différents types de sang (veineux, artériel) ayant coulé avant ou après la mort.

Elle a donc été formée en premier, avant l’empreinte du corps.

 

L’image corporelle :

On ne la discerne qu’à une distance d’environ deux mètres, elle ne traverse pas le tissu et s’apparente à un « négatif » photographique (inversion des teintes, inversion droite/gauche). Elle ne présente aucun contour, aucun pigment ni aucune trace de pinceau. Pour les scientifiques, elle provient d’une oxydation déshydratante des fibres de cellulose.

Elle ne comporte aucune ombre portée et possède une information tridimensionnelle (l’intensité des fils colorés varie en fonction inverse de la distance corps/tissu).

Aucune autre image ne possède cette propriété.

Cette image corporelle demeure « une provocation à l’intelligence » (Jean-Paul II, 1998).

Son exactitude est telle que « même aujourd’hui, aucun chirurgien ne pourrait la reproduire sans erreur » (Pr Barbet, chirurgien).

Malgré de nombreuses tentatives, personne n’est encore parvenu à la refaire, ni à expliquer sa formation. On peut seulement être certain qu’elle provient du corps du supplicié car elle est très étroitement associée à l’image sanguine.

 

Sur le terrain scientifique, deux explications ont été émises :

– l’émanation de vapeurs chimiques. Mais alors, ces émanations auraient dû traverser le tissu, ce qui, nous le savons, n’est pas le cas.

– l’émission d’un rayonnement (particules matérielles, UV, photons…). Parmi les tenants de cette thèse, JB Rinaudo émet l’hypothèse qu’il aurait pu se produire une rupture des noyaux de deutérium du corps ce qui aurait entraîné une émission simultanée de protons ayant formé l’empreinte par oxydation des fibres et de neutrons qui auraient entraîné un rajeunissement apparent du tissu.

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Outre les empreintes sanguine et corporelle, on note aussi :

– des taches d’eau,

– des traces de pliures : lors de l’imprégnation des taches d’eau, le Linceul devait être plié verticalement en accordéon, comme dans une urne.

– des traces de brûlures de plusieurs époques différentes, ce qui reste lié à l’histoire étonnante de ce Linceul à travers les siècles,

– des manques de tissu dans les zones de prélèvements effectués récemment par les scientifiques.

 

 

d)    Et ce qui n’apparaît pas à l’œil nu ?

Les scientifiques ont pu détecter :

– de la terre sous les pieds du supplicié pouvant provenir de Jérusalem,

– des traces d’aromates (myrrhe et aloès) concordantes avec l’évangile (Jn XIX, 39),

– des pollens, dont certains pourraient provenir de plantes poussant en Palestine surtout près de la Mer Morte et à Jérusalem.

 

e)    Le Linceul, un miroir de la Passion du Christ

Lorsque l’on relit la Passion du Christ, on ne peut que demeurer stupéfait de la concordance des supplices subis par Jésus et des traces portées sur le Linceul.

 

« Alors, ils lui crachèrent au visage et lui donnèrent des coups. D’autres le giflèrent (…) et, prenant un roseau, ils le frappaient à la tête. » (Mt XXVI, XXVII).

Or, l’homme du Linceul a eu des coups au visage et le cartilage du nez cassé.

 

– « Les soldats lui tressèrent une couronne d’épines qu’ils lui mirent sur la tête. » (Mt XXVII, XXIX).

Les artistes ont représenté cette fameuse couronne comme une jolie couronne de fleurs. C’est une licence artistique car ce qui a été déposé avec violence sur la tête du Christ ressemble davantage à un buisson d’épines.

Or, on dénombre sur le Linceul une cinquantaine de blessures autour de la tête et les médecins ont relevé qu’une épine avait traversé la veine frontale (coulée sinueuse), une autre a perforé l’artère temporale (coulée en jets saccadés).

 

 

            – « Alors Pilate emmena Jésus et le fit flageller » (Jn XIX, 1)

À l’époque, les Romains utilisaient le « flagrum », un fouet à plusieurs lanières toutes terminées par des billes de fer. Conformément à l’usage, Pilate fait flageller le Christ de dos exclusivement car une flagellation de face aurait entraîné la mort du condamné par déchirement des poumons. Habituellement, on ne dépasse pas 40 à 50 coups de fouet.

Or, sur le Linceul, on dénombre environ 120 traces de coups, d’une grande violence.

Ces coups ont entraîné de graves traumatismes au niveau des reins, des poumons et du cœur. À l’issue de cet abominable châtiment, le Christ n’avait certainement plus d’apparence humaine ce qui nous renvoie au verset 6 du chapitre I d’Isaïe :

« … De la plante des pieds à la tête, il ne reste rien de sain. Ce n’est que blessures, contusions, plaies ouvertes, qui ne sont pas pansées ni bandées, ni soignées avec de l’huile. »

 

– « Jésus, portant lui-même sa Croix, sortit et gagna le lieu-dit du Crâne, appelé en hébreu Golgotha » (Jn, XIX, 18).

Contrairement à ce que les peintres ont représenté bien souvent, les condamnés ne portaient pas la croix entière (120 kg environ). On leur faisait porter seulement le patibulum (partie horizontale de la croix pesant environ 45 kg) tandis que le stipes (partie verticale de la croix) restait fiché dans la terre sur le lieu du supplice.

Or, l’homme du Linceul porte des blessures dues au portement du patibulum sur l’épaule droite et l’omoplate et ces blessures sont postérieures à celles de la flagellation qui sont visibles dessous.

 

Compte-tenu de la violence des coups de fouet, les médecins estiment que l’homme du Linceul était déjà entré en agonie au moment où on l’obligeait à porter le patibulum. Dès lors, il était incapable de porter seul sa charge, ce qui explique que, dans l’hypothèse où il s’agit du Christ, les soldats aient été obligés de réquisitionner Simon de Cyrène.

 

– « Puis, ils le crucifièrent » (Jn XIX, 18).

L’homme du Linceul a bien été crucifié conformément aux usages de l’époque :

– s’agissant des mains, les clous n’ont pas été fixés dans les paumes (contrairement là encore à ce que de nombreux peintres ont représenté) car elles n’auraient pas supporté le poids du corps du supplicié.

Les clous ont été fixés dans le carpe (le poignet) qui est beaucoup plus solide. La douleur a été terrible puisque le clou a traversé le nerf médian et elle est à l’origine de la rétraction du pouce vers l’intérieur de la main ce qui apparaît clairement sur le Linceul.

La couleur rouge vif des caillots sanguins (bilirubine) atteste de souffrances tétanisantes.

des caillots sanguins atteste que la souffrance a été atroce.

Les angles des coulées de sang sur les bras montrent que l’homme a alterné les positions hautes et basses pour chercher sa respiration et éviter l’asphyxie.

– en ce qui concerne les pieds, un seul clou semble avoir été fixé dans le carpe pour les deux pieds le gauche au-dessus du droit. On note que le supplicié ne s’est pas débattu.

On sait que le Christ, malgré les souffrances terribles qu’Il a endurées, a mis trois heures à mourir et que pendant ce laps de temps il a adressé sept dernières paroles à ceux qui étaient présents :

– les soldats : « Père, pardonne-leur car ils ne savent pas ce qu’ils font » (Lc XXIII, 34).

– le bon larron : «En vérité, je te le dis, aujourd’hui tu seras avec moi dans le Paradis ». (Lc XXIII, 43)

– Marie et Jean : « Femme, voici ton fils. Puis il dit au disciple : voici ta mère. » (Jn XIX, 26-27)

Dieu : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » (Mc XV, 34)

« J’ai soif » (Jn XIX, 28)

–  Dieu : « Père, entre tes mains je remets mon esprit » (Lc XXIII, 45)

Marc rapporte que «  Jésus, jetant un grand cri, expira. » (Mc XV, 37). Il faut savoir qu’une personne en état d’asphyxie comme l’était Jésus ne peut plus crier. Les soldats le savaient fort bien et c’est justement cet élément impossible qui entraîne la profession de foi du centurion témoin de la scène : « Vraiment cet homme était Fils de Dieu ! » (Mc XV, 39).

 

– « Comme c’était le jour de la préparation de la Pâque, les juifs, de crainte que les corps ne restent en croix pendant le sabbat, demandèrent à Pilate de leur faire briser les jambes…Arrivés à Jésus, ils virent qu’il était déjà mort et ils ne lui brisèrent pas les jambes. » (Jn XIX, 19, 31 et suivants).

Le supplicié du Linceul n’a pas eu les jambes brisées et ses jambes sont légèrement décalées, ce qui prouve une extrême rigidité cadavérique, avant la dépose  sur le Linceul. Cela induit une mort plus rapide qu’à l’habitude, due en grande partie au traumatisme cardiaque de la flagellation.

« Mais un des soldats, d’un coup de lance, le frappa au côté, et aussitôt il en sortit du sang et de l’eau. » (Jn XIX, 34)

L’homme du Linceul a reçu un coup de lance au côté droit attesté par la plaie visible au côté gauche sur le positif et qui présente bien la largeur d’une lance romaine (4,5 cm). Ce coup de lance a atteint l’oreillette droite d’où un écoulement séparé de sang et de sérum après la mort. C’est en effet dans l’oreillette droite que le sang résiduel stagne quand le cœur ne bat plus.

 

– « Joseph d’Arimathie… demanda à Pilate de pouvoir enlever le corps de Jésus…Ils vinrent donc et enlevèrent le corps. Comme le tombeau était proche, c’est là qu’ils déposèrent Jésus » (Jn XIX, 38 à 42).

Sur le Linceul, on remarque que du sang « post mortem » a coulé le long des reins, sans doute lors du transport du corps.

Par ailleurs, le corps du supplicié n’a pas été lavé selon les normes juives d’ensevelissement. Pourquoi, s’il s’agit du Christ ?

Le Christ est mort à 15h, or à 19h environ, commence le shabbat (il a donc fallu l’ensevelir très vite), ce qui ne laissait que quatre heures pour obtenir le droit d’ensevelir le corps auprès des autorités romaines et pour acheter un linceul. On dépose donc le corps dans le linceul rapidement et sans avoir le temps de respecter les rites funéraires de la religion juive, notamment, le temps manque pour parfumer le corps. Les femmes sont effondrées et, après sans doute discussion le samedi, décident de revenir le dimanche matin parfumer le corps comme il se doit.

Au matin de Pâque, elles reviennent donc et trouvent la pierre du tombeau roulée, les linges aplatis et le sudarium enroulé à sa propre place. Elles pensent aussitôt qu’on a volé le corps et courent avertir les disciples.

« On a enlevé du tombeau le Seigneur et nous ne savons pas où on l’a mis. »

(Jn XX, 2)

Pierre et Jean s’élancent, « Simon Pierre… entre dans le tombeau, il considère les linges affaissés et le tissu qui avait recouvert sa tête, à sa place, en forme de rond…

L’autre disciple (Jean), se penchant, aperçoit les linges gisant à terre, …Il vit et il crut » (Jn XX, 4-9)

CONCLUSION

– Le Linceul peut avoir été fabriqué en Syrie ou en Palestine au début de l’ère chrétienne.

– Il s’agit d’un tissu de qualité, cher et en conséquence réservé à un défunt d’un niveau social élevé, contradictoire avec le sort habituellement réservé à ceux qui avaient été condamnés au supplice infâmant de la croix : on les jetait en général dans la fosse commune.

– L’empreinte de l’homme du Linceul n’est pas une peinture, elle n’a jamais pu être reproduite et on ignore toujours comment elle a pu se former.

– La réalité anatomique des détails visibles sur le tissu correspond étonnamment avec les récits de la Passion.

– Le supplicié est sorti du Linceul sans arracher aucun caillot de sang et personne ne peut dire comment il en est sorti. On sait seulement qu’il est resté moins de 40h dans ce Linceul puisqu’aucune trace de putréfaction n’a été décelée.

2° Analyse historique

Quelle est l’histoire de ce Linceul ?

En fait, avant le XIVème siècle, nous en sommes réduits à des hypothèses mais une chose est certaine : il a été connu dès le début de l’ère chrétienne car certains textes des premiers Pères de l’Église le mentionnent dès le IIème siècle.

 

a)    Histoire du Linceul avant le XIVème siècle

On trouve des mentions de ce précieux tissu à Jérusalem, à Édesse (aujourd’hui Urfa en Turquie) et à Constantinople.

 

– À Jérusalem :

 

     « Ville sainte de Jérusalem »

Sans titre4                                                                              Mosaïque de Madaba (Jordanie)

     * Des textes apocryphes du second siècle mentionnent le Linceul du Christ.

* Certains Pères de l’Église comme Cyrille de Jérusalem et Grégoire de Nysse ainsi que le pape Sylvestre I en 325 parlent du Linceul.

* Au Vème siècle, Eusèbe de Césarée affirme que des images du Christ ont été conservées.

* Pendant la persécution contre les iconophiles, St Jean Damascène (725-843) évoque le sujet dans son « Discours sur les images. »

 

–  À Édesse :

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* Selon une légende, un contemporain du Christ, le roi Abgar, aurait été guéri de la lèpre par  « un portrait du Christ apporté par ses disciples. »

  * Vers 525, un linge mystérieux est découvert dans la ville.

* Vers 600, ce « linge » reçoit le nom de « mandylion » (voile, grand mouchoir) et est qualifié d’acheiropoïète (« non fait de main d’homme »).

  * En 639, le « mandylion » protège la ville : s’agit-il du Linceul ?

 

– À Constantinople :

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* En 944 (le 15 août), après un long siège devant Édesse, l’empereur byzantin reçoit  solennellement le Mandylion. On y voit « les sueurs de l’agonie […] et l’empreinte embellie par les gouttes de sang de Son propre côté. » (discours de Grégoire le Référendaire).

* La fabuleuse aventure du Codex « Pray » : ce Codex est un manuscrit récemment découvert à Budapest et restauré au XVIIIème siècle par le Jésuite Pray. On a pu le dater des années 1195 au plus tard. Il contient cinq enluminures relatives à la Passion de NSJC qui furent semble-t-il dessinées à l’occasion d’une visite antérieure des Hongrois à Constantinople.

Or, sur l’une des enluminures, on observe que :

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Codex Pray

 

– le Christ est figuré entièrement nu, ce qui n’est jamais le cas au XIIème siècle,

– les mains sont croisées comme celles apparaissant sur le Linceul,

– les pouces ne sont pas visibles (cf. supra le récit de la Passion confronté au Linceul)

En bas de cette enluminure, un ange désigne le Linceul sur lequel on distingue représentés les chevrons et quatre petits trous en forme de L, identiques à ceux que l’on voit sur le Linceul de Turin et dus à des brûlures antérieures à celles de Chambéry.

CONCLUSION : le Codex « Pray » permet d’assurer que le Linceul conservé aujourd’hui à Turin est bien le linge vénéré à Constantinople avant le XIIIème siècle.

* En 1204, le croisé Robert de Clari témoigne avoir vu le « Sydoine de Notre Seigneur » et affirme avoir noté sa disparition lors du sac de la ville par les croisés.

* En 1205, le Linceul est signalé à Athènes.

 

– Qu’est-il advenu du Linceul entre 1205, date à laquelle on perd sa trace et 1357, année où on le retrouve ?

* Selon une hypothèse, Othon de La Roche (duc d’Athènes et un des chefs de la 4ème croisade qui pilla Constantinople) ou l’un de ses descendants, aurait pu ramener le Linceul en Bourgogne à une date inconnue.

* Autre hypothèse : l’empereur Baudouin II de Jérusalem aurait pu le vendre vers 1242 au roi de France, Louis IX (St Louis). Ce dernier avait déjà acquis la Sainte Couronne d’épines en 1238. On trouve en effet mention d’une « sanctam toellam tabulae insertam » (sainte toile insérée dans un cadre) dans l’inventaire des reliques de la Sainte Chapelle jusqu’en 1335.

Par contre, dans l’inventaire de 1365, cette mention a disparu ce qui signifie que la « toile » a dû être donnée à un tiers entre ces deux dates.

On pense que le roi de France Philippe VI de Valois (1293-1350) aurait pu l’offrir à Geoffroy de Charny.

 

b)    Histoire du Linceul à partir de 1357

À partir de cette date, les historiens peuvent suivre aisément l’histoire mouvementée du Saint Suaire.

* 1357 : la veuve de Geoffroy de Charny, possible récipiendaire du précieux tissu (cf. supra), expose le tissu pour la première fois à Lirey (20 km de Troyes). Quelques années avant sa mort, Geoffroy de Charny avait en effet fait construire une chapelle à Lirey et y avait installé un collège de chanoines.

* 1390 : le Linceul reçoit à nouveau l’autorisation d’être exposé par le pape Clément VII.

*1418 : il est mis en sécurité à St-Hippolyte sur le Doubs (en raison des troubles liés à la Guerre de Cent ans).

* 1453 : Marguerite de Charny offre le Linceul au duc de Savoie qui l’installe à Chambéry, où il fait construire une Sainte Chapelle pour lui servir d’écrin en 1466.

Sans titre8                                                                 Chambéry, chapelle des ducs de Savoie

* 1532 : suite à un incendie dans la chapelle des ducs de Savoie, l’empreinte n’est pas détruite mais conserve des traces apparentes de brûlures.

*1578 : le Linceul est transféré à Turin par le duc de Savoie.

Sans titre9    Cathédrale de Turin

*1983 : à la mort du dernier roi d’Italie, Umberto II, le Linceul est légué au Saint-Siège.

*1997 : il subit un nouvel incendie à Turin et est sauvé à temps par un pompier.

*2002 : il est restauré. On enlève notamment des pièces de tissu cousues après l’incendie de Chambéry.

 

 

 

Pour en savoir plus sur le Linceul de Turin

 

Livres de base

P. Baima Bollone : 101 questions sur le Saint Suaire, éd. St-Augustin, 2001, 21,35€

J. Lévêque et R. Pugeaut : Le Saint-Suaire revisité, éd. du Jubilé, 2003, 22€

J. B. Rinaudo et C. Gavach : Le linceul de Jésus enfin authentifié ?

éd. F-X de Guibert, 2010, 35€60

Ian Wilson : Le Suaire de Turin, éd. Albin Michel, 1984, 14,70€

Ian Wilson : L’énigme du linceul, éd. Albin Michel, 2010, 22,80€

B. Frale : Le suaire de Jésus de Nazareth, éd. Bayard, 2011, 23€

P. de Riedmatten : Le Saint Suaire, coll. « Que penser de … »,

éd. Fidélité, 2011, 10€

John H. Heller : Enquête sur le Saint Suaire de Turin, éd. Sand, 1985, épuisé, d’occasion à partir de 2€ sur les sites Amazon ou Priceminister.

Dr P. Barbet : La passion de Notre Seigneur Jésus-Christ selon le chirurgien, éd. Médiaspaul, 2003, épuisé, d’occasion à partir de 8€ sur les sites Amazon ou Priceminister.

Cherpillot et S. Mouraviev : Apologie pour le Suaire de Turin par deux

 

Livrets ou revues

P. de Riedmatten : Synthèse de l’affaire C14, vingt ans après le test de 1988, MNTV, 2010, 3€

Association MNTV : Guide du Linceul de Turin, éd. Téqui, 2010, 5€

Chantal Garde : La Passion de Jésus selon le Linceul de Turin, éd. « L’icône de Marie », épuisé, d’occasion à partir de 6€ sur le site Priceminister.