LG chapitre 7 : Le caractère eschatologique de l’Eglise en pèlerinage et son union avec l’Eglise du ciel

A.    Exégèse biblique de l’article 48 du chapitre VII : le caractère eschatologique de la vocation chrétienne

 

L’article 48 de ce chapitre est illustré de nombreuses citations bibliques issues du Nouveau Testament (les Evangiles, les Actes des Apôtres, les Epîtres de Saint Paul) par lesquelles les rédacteurs entendent insister sur le caractère d’ores et déjà eschatologique de notre temps puisque, pour l’Eglise, aujourd’hui comme à l’époque de Saint Paul, la fin du temps a commencé.

 

1 Introduction :

Les rédacteurs affirment in limine que l’Eglise à laquelle nous sommes tous appelés dans le Christ et dans laquelle nous acquérons la sainteté n’aura que dans la gloire céleste sa consommation, « quand viendra le temps où sont renouvelées toutes choses » (Ac 3, 1).

 

Dans le deuxième discours de Saint Pierre (Ac 3, 17-21), l’Apôtre, en s’adressant au peuple qui vient de faire périr le Christ sur la Croix, rappelle que « c’est par ignorance que vous avez agi. .Repentez-vous donc afin que vos péchés soient effacés » avant d’annoncer le retour du Christ dans une vision eschatologique qui est encore la nôtre aujourd’hui « …Il enverra alors le Christ qui vous a été destiné, Jésus, celui que le ciel doit garder jusqu’aux temps de la restauration universelle dont Dieu a parlé par la bouche de ses saints prophètes. »

Ce n’est qu’alors que tout l’univers, uni à l’homme et atteignant par lui sa destinée trouvera dans le Christ sa définitive perfection : « …pour le réaliser quand les temps seraient accomplis : ramener toutes choses sous un seul chef, le Christ, les êtres célestes comme les terrestres » (Ep 1,10). Ce passage et le verset 11 suivant constituent une hymne dans laquelle est proclamé le dessein de Dieu : les hommes ont été choisis avant même la création du monde pour être saints et sans péché devant Sa face. Et c’est le Christ qui vient accomplir ce projet de sainteté pour qu’à la fin des temps les hommes soient jugés dignes de se tenir debout devant la Sainte Face de Dieu.

 

2 Les moyens de sanctification :

Il n’existe qu’un seul moyen de se sanctifier et c’est le Christ : « Il est l’image du Dieu invisible,…car c’est en lui qu’ont été créées toutes choses, dans les cieux et sur la terre, les visibles et les invisibles.. Il est avant toutes choses et tout subsiste en lui, et il est aussi la Tête du Corps, c’est-à-dire de l’Eglise… Il fallait qu’il obtînt en tout la primauté, car Dieu s’est plu à faire habiter en lui toute la Plénitude et par lui à réconcilier tous les êtres pour lui ….(Col 1 ,15-20)

 

3 Que sera la fin des temps ?

Dans sa seconde Epître, Saint Pierre nous avertit : « Il viendra, le Jour du Seigneur, comme un voleur…. » (2 P3, 10) et l’Apôtre poursuit en insistant sur l’absolue nécessité de la sainteté car « puisque toutes ces choses se dissolvent ainsi, quels ne devez-vous pas être par une sainte conduite et par les prières, attendant et hâtant l’avènement du Jour de Dieu…C’est pourquoi, très chers, en attendant, mettez votre zèle à être sans tache et sans reproche, pour être trouvés en paix… (2 P 3, 14)

Il convient de noter que cette vision eschatologique a commencé dès le temps du Christ. Ainsi celui-ci s’exclame –t-il en employant le présent : « C’est maintenant le jugement de ce monde, maintenant le Prince de ce monde va être jeté bas ; et moi, une fois élevé de terre, je les attirerai tous à moi » (Jn 12, 31-32)

En effet, le temps du Christ est celui de Dieu : il n’y a donc pas de temps ou plutôt aujourd’hui comme hier relèvent de ce temps divin.

 

4 Le combat pour la sainteté

Pour tout homme, ce combat passe par la lutte contre le péché qu’il faut regarder en face pour être sauvé. Avoir la force de contempler son péché constitue déjà la porte du salut. Il convient de suivre le Christ par l’obéissance afin d’être pleinement uni à lui ce que Saint Paul exprime admirablement dans l’Epître aux Philippiens : « Ainsi donc mes bien-aimés, avec cette obéissance dont vous avez toujours fait preuve, et qui doit paraître, non seulement quand je suis là, mais bien plus encore lorsque je suis absent, travaillez avec crainte et tremblement à accomplir votre salut : aussi bien, Dieu est là qui opère en vous à la fois le vouloir et l’opération même, au profit de ses bienveillants desseins. Agissez en tout sans murmures ni contestations, afin de vous rendre irréprochables et purs, enfants de Dieu sans tache au sein d’une génération dévoyée et pervertie, d’un monde où vous brillez comme des foyers de lumière…(Ph12-15).

C’est la création tout entière qui aspire à la délivrance du péché (Rom 8, 19) et c’est en mourant sur la Croix que Dieu s’est acquis la rédemption de son Peuple : « C’est en lui que vous aussi, après avoir entendu la Parole   de vérité, l’Evangile de votre salut, et y avoir cru, vous avez été marqués d’un sceau par l’Esprit de la Promesse, cet Esprit Saint qui constitue les arrhes de notre héritage, et prépare la rédemption du Peuple que Dieu s’est acquis, pour la louange de sa gloire (Ep 1, 13-14).

Si l’homme devient saint, il pourra  contempler Dieu à Sa hauteur ce que les Pères de l’Orient expriment par une formule très éclairante : « Dieu s’est fait homme pour que l’homme se fasse Dieu » .

Saint Jean, pour sa part, explique : « …dès maintenant, nous sommes enfants de Dieu et ce que nous serons n’a pas encore été manifesté. Nous savons que lors de cette manifestation, nous Lui serons semblables, parce que nous Le verrons tel qu’Il est. »

 (1 Jn 2)

 

B Analyse systématique

En premier lieu, il convient de s’attacher au titre du chapitre : « Le caractère eschatologique de l’Eglise en pèlerinage et son union avec l’Eglise du ciel ».

En insistant sur l’Eglise en marche, les rédacteurs rappellent que l’Eglise militante demeure une Eglise pérégrinante, appel à tous les hommes et moyen de sainteté pour la sanctification du monde.

Cependant, la perfection définitive du monde n’interviendra avec l’Eglise qu’à la fin des temps (eschatologie).

1 Le caractère eschatologique de la vocation chrétienne (n°48)

S’agissant de l’Eglise, les théologiens se posent depuis fort longtemps la question du moment de sa naissance. Est-elle née en la Vierge ? Lors du choix des Apôtres par le Christ ? A la mort du Christ ? Lors de la Pentecôte ?

Il semble que le concile ait penché en faveur de la naissance de l’Eglise au moment de la première apparition du Christ à ses Apôtres après sa résurrection.

Si tel est le cas, l’âme de l’Eglise se révèle être l’Esprit Saint et l’Eglise est alors comme un sacrement, un moyen de salut.

Quoiqu’il en soit, l’Eglise est, déjà sur terre, « parée d’une sainteté encore imparfaite mais déjà véritable… »  ce que le Credo proclame dans les notes de l’Eglise : « une, sainte, catholique et apostolique ». Certes, elle n’est pas sans pécheurs, mais elle est sans péché.

Unis au Christ dans l’Eglise et marqués de l’Esprit Saint, nous sommes déjà enfants de Dieu (1 Jn 3,1) et « nous devons avoir à cœur de plaire au Seigneur  en toutes choses » (2 Cor 5, 9) en résistant au Mal par le combat spirituel (Ep 6, 11-13).

Car tous, nous devrons être mis un jour « devant le Tribunal du Christ, pour que chacun reçoive le salaire de ce qu’il aura fait pendant qu’il était dans son corps, soit en bien, soit en  mal » 2 Co 5, 10) et, à la fin du monde, lors de la Parousie, « les hommes sortiront du tombeau, ceux qui auront fait le bien pour une résurrection de vie, ceux qui auront fait le mal pour une résurrection de condamnation » (Jn 5, 29).

 

2 La communication entre l’Eglise céleste et l’Eglise sur terre (n°49)

La communication de l’Eglise est une « communion de charité envers Dieu et envers le prochain…En effet, tous ceux qui sont du Christ et possèdent son Esprit, constituent une seule Eglise et se tiennent mutuellement comme un tout dans le Christ (Ep 4,16).

Rappelons que l’Eglise du Ciel est composée  du Purgatoire et du Paradis et que le Corps du Christ est constitué de l’Eglise sur terre et de l’Eglise du Ciel. La communication entre  ces trois états (Terre, Purgatoire et Paradis), c’est la charité.

La communion des saints, dans les trois états, se fait entre lesdits états.

 

3 Les rapports de l’Eglise de la terre avec l’Eglise du ciel (n°50)

L’Eglise de la terre a toujours entouré de beaucoup de piété la mémoire des défunts car « la pensée de prier pour les morts, afin qu’ils soient délivrés de leurs péchés, est une pensée sainte et pieuse » (2 M 12, 45).

De même, l’Eglise de la terre a toujours entouré d’une particulière ferveur les Apôtres et les martyrs du Christ qui donnèrent le témoignage suprême de la foi et de la charité dans l’effusion de leur sang ainsi que la bienheureuse Vierge Marie et les saints anges.

L’Eglise militante ajoute à cette vénération ceux qui ont choisi d’imiter la virginité et la pauvreté du Christ ainsi que ceux qui ont manifesté de façon éclatante les vertus chrétiennes.

Ajoutons que la liturgie est le moyen suprême de nous unir au culte de l’Eglise du Ciel.

 

4 Directives pastorales (n°51)

Cette dernière rubrique rappelle avant tout les conciles où le culte des saints a été évoqué, à savoir les conciles de Nicée (2ème), de Florence et de Trente.

Les rédacteurs rappellent enfin que la fin de l’Eglise verra la réunion totale des trois états (Terre, Purgatoire et Paradis) lors de la  Parousie :

« A l’heure où le Christ apparaîtra, quand se réalisera la glorieuse résurrection des morts, la clarté de Dieu illuminera la Cité céleste et l’Agneau sera son flambeau (Ap 21, 24). Alors l’Eglise des saints tout entière, dans la joie suprême de la charité, adorera Dieu et l’Agneau qui a été égorgé (Ap 5, 12), proclamant d’une seule voix : A celui qui siège sur le trône et à l’Agneau, louange, honneur, gloire et domination dans les siècles des siècles » (Ap 5, 13-14).