LG chapitre 8 : La bienheureuse Vierge Marie, mère de Dieu dans le mystère du Christ et de l’Eglise

 

« Mais quand vint la plénitude du temps, Dieu envoya son Fils, né d’une femme, …pour faire de nous des fils adoptifs… » (Ga 4, 4-5).

A Exégèse biblique

Pour la Tradition, la préfiguration de Marie dans l’Ancien Testament se trouve toute entière contenue dans l’Arche d’Alliance.

C’est pourquoi, il convient de s’arrêter sur le destin de cette Arche.

Dans l’histoire sainte, l’Arche d’Alliance est le signe visible de la présence de Dieu.

L’Ancien Testament est d’ailleurs très précis sur l’aspect physique de cette Arche : ainsi dans le Dt, 10 ou dans l’Ex 25, 10-15.

On a pu calculer qu’elle mesurait environ 125cm x 75cm x75cm et l’on sait qu’il s’agissait d’un coffret recouvert de feuilles d’or et contenant les deux Tables de la Loi.

On sait aussi qu’une plaque d’or appelée le propitiatoire la recouvrait et que deux chérubins y étaient fixés.

Dès sa construction, ce coffret a été considéré par les Hébreux comme le lieu de la présence de Dieu (Ps 132). Dieu scelle sa Parole  via le marchepied que constitue l’Arche. C’est ainsi que pendant les quarante années au désert, l’Arche sera un temple mobile en attendant la construction du Temple de Jérusalem par le roi Salomon.

1 Dieu agit en guidant et en protégeant

C’est dans le Livre des Nombres (Nb, 10, 33) que l’on trouve la plus ancienne référence à l’Arche. Celle-ci est toujours portée en tête par les Hébreux qui, outre sa fonction de temple mobile, s’en servent au moment d’engager la bataille pour conquérir des territoires nouveaux en appelant ainsi sur eux l’aide divine.

Ajoutons qu’étant sainte, seuls des prêtres, les Lévites, peuvent l’approcher. Tout autre qu’un Lévite est immédiatement foudroyé s’il ose s’approcher de l’Arche sainte.

 L’épisode qui raconte l’installation de l’Arche à Jérusalem est raconté au Livre de Samuel (1 S, 4). Lors d’un combat contre les Philistins (ancêtres des Palestiniens actuels), ceux-ci s’en emparent mais finissent par la rendre car ils sont affectés de tumeurs incurables (1 S, 5).

 

2 Dieu est présent par sa Parole

L’Arche renferme les deux Tables de la Loi et perpétue le témoignage de Dieu pour son Peuple

 (Dt 31, 24-26). Il s’agit en quelque sorte du testament de Dieu, du fondement de l’alliance entre Dieu et son Peuple.

Déjà au désert (Ex 25, 22), Dieu continue de se révéler à son Peuple grâce à l’Arche.

Elle est le lieu d’intimité (Nb,32) entre Dieu et Moïse (Nb, 12, 4-8).

Après l’installation en Terre Promise suite aux conquêtes de Josué, l’Arche va demeurer près d’un siècle et demi dans le Nord d’Israël, à Silo. C’est là d’ailleurs qu’Anne, la future mère de Samuel, viendra prier pour obtenir un fils.

La dernière allusion à l’Arche dans l’Ancien Testament se trouve dans le Livre de Samuel (2 S, 6).

Après la mort du prêtre Eli, les Hébreux reprennent l’Arche déposée à Silo avant de mener une bataille contre les Philistins. Mais, ils sont vaincus et l’Arche est emportée par les Philistins qui possèdent toute la plaine côtière fertile de l’actuel Israël. Cependant, ils ne tardent pas à renvoyer l’Arche aux Hébreux car ils souffrent de maladies mystérieuses et incurables qu’ils attribuent au coffret hébreu. L’Arche est alors remise au village de Bethshemech (qui signifie « maison du soleil »).

Les prêtres Lévites, seuls autorisés à approcher l’Arche, la renvoyent à Quiriat Yeharim (« village de la forêt ») où elle demeure longtemps (2 S, 6).

Puis une fois David devenu roi, celui-ci ordonne sa translation à Jérusalem. Le jour de l’arrivée de l’Arche dans la ville, David agit non comme un roi mais comme un prêtre (il  porte l’ephod de lin de ces derniers et offre des sacrifices à Dieu).

Or, le Nouveau Testament présente un épisode que la Tradition de l’Eglise a considéré comme un parallèle rapprochant Marie de l’Arche.

Il s’agit de la Visitation. Marie rencontre sa cousine Elizabeth à…Quiriat Yeharim (qui fut la demeure de l’Arche) et, tout comme David dansa devant l’Arche, Jean le Baptiste, encore dans le ventre de sa mère, Elizabeth, dansa de joie en sentant la présence de la nouvelle Arche qu’était Marie.

Ainsi Marie devient une seconde Arche, celle qui porte  la Parole de Dieu.

Pour la Tradition, la préfiguration de Marie est contenue dans l’image vétéro-testamentaire de l’Arche.

B Analyse systématique                

Pourquoi traiter de la Vierge Marie en dernière partie de Lumen Gentium ?

A l’origine, il était convenu de rédiger un document spécifique sur le sujet mais ce document fut l’objet de combats théologiques passionnés et ne put être terminé pour le 8 décembre 1962.

Le cardinal Suenens et le cardinal Montini (futur pape Paul VI) trouvèrent alors plus logique d’inclure le document sur la Vierge Marie dans le texte relatif à l’Eglise, puisque Marie est la mère de l’Eglise (cf Paul VI).

Là encore, leur décision suscita des polémiques car certains auraient préféré évoquer la question dans un chapitre à part pour ne pas mécontenter les protestants !

1 Prolégomènes

a)     La Sainte Vierge dans le mystère du Christ (n°52)

Dans cet article, le concile réaffirme que Marie est l’incarnation de Dieu dans l’Eglise en citant la Lettre aux Galates : « …Dieu quand vint la plénitude du temps, envoya son Fils né d’une femme…pour faire de nous des fils adoptifs » (Ga 4, 4-5).

 

b)    La Sainte Vierge et l’Eglise (n°53)

Est rappelé ici le rapport très particulier qui unit la Vierge aux trois personnes de la Trinité :

«  La Vierge Marie est reconnue et honorée comme la véritable Mère de Dieu et du Rédempteur….unie à son Fils par un lien étroit et indissoluble, elle reçoit cette immense charge et dignité d’être la Mère de Dieu, et, par conséquent, la fille de prédilection du Père et le sanctuaire du Saint-Esprit… ».

« …elle se trouve aussi réunie, comme descendante d’Adam, à l’ensemble de l’humanité qui a besoin de salut ; bien mieux, elle est vraiment Mère des membres du Christ ….. » .

c)     L’intention du Concile (n°54)

S’agissant de Marie, le but du Concile fut de mettre en lumière son rôle spécifique dans l’Eglise.

Etait-elle « médiatrice de toute grâce » comme inclinaient à le penser Pie X ou Saint Bernard ?

Fallait-il la qualifier de « co-rédemptrice » ? Avait-elle connu la mort ou la dormition ?

Ce sont là des questions que le Concile s’est refusé à trancher. Il a choisi d’analyser plutôt le rôle de Marie dans l’économie du salut.

2 Le rôle de la Vierge Marie dans l’économie du salut

Pendant tout ce chapitre, le Concile s’attache au rôle historique de Marie, pleinement incarnée dans l’histoire des hommes.

 a)     La Mère du Messie dans l’Ancien Testament (n°55)

Le Concile revient sur les textes de l’Ancien Testament qui, compris à la lumière de la révélation postérieure et complète, font apparaître progressivement la figure de la Mère du Rédempteur.

« …Celle-ci se trouve prophétiquement esquissée dans la promesse d’une victoire sur le serpent (Gn 3, 15). De même, c’est la Vierge qui concevra et enfantera un fils auquel sera donné le nom d’Emmanuel (Is 7, 14 ; Mi 5, 2-3 ; Mt 1, 22-23)…Enfin, avec elle, la fille de Sion par excellence, après la longue attente de la promesse, s’accomplissent les temps et s’instaure l’économie nouvelle, lorsque le Fils de Dieu, par elle, prit nature humaine pour libérer l’homme du péché par les mystères de sa chair ».

b)    Marie à l’Annonciation (n° 56)

Parce qu’appelée à « donner au monde la vie destinée à tout renouveler », Marie a été parée de dons à la mesure d’une si grande tâche.

Rayonnante d’une sainteté éclatante dès le premier instant de sa conception, Marie est saluée par l’ange de l’Annonciation parlant au nom de Dieu, comme « pleine de grâce » (Lc 1, 28). A cette salutation, la Vierge de Nazateth répond par un Fiat absolu : « Voici la servante du Seigneur, qu’il en soit de moi selon ta parole » (Lc 1, 38).

Marie apporte ainsi au salut de l’humanité la coopération de sa libre foi et de son obéissance, une attitude que résumera Saint Irénée lorsqu’il écrira : «  ….par son obéissance elle est devenue, pour elle-même et pour le genre humain, cause du salut […] Le nœud dû à la désobéissance d’Eve s’est dénoué par l’obéissance de Marie ; ce qu’Eve la vierge avait noué par son incrédulité, la Vierge Marie l’a dénoué par sa foi. »

Saint Jérôme renchérira en écrivant : « Par Eve la mort, par Marie la vie » (St Jérôme, Epitre 22,21 : PL 22, 408).

c)     La Sainte Vierge et l’enfance de Jésus (n°57)

Le Concile rappelle que « l’union de la Mère avec son Fils dans l’œuvre du salut est manifeste dès l’heure de la conception virginale du Christ jusqu’à sa mort… ».

Il en donne des exemples tirés des Evangiles : la salutation d’Elizabeth à sa cousine « pleine de grâce », les tressaillements de joie du Précurseur encore dans le sein de sa mère lorsque celle-ci se trouve en présence de Marie, la présentation de l’Enfant Jésus (consécration de son intégrité virginale : cf  Conc. De Latran en 649 ; St Léon le Grand, Epist. Ad Flav. : PL 54, 759 ; Conc. Chalcédoine : Mansi 7, 462 ; St Ambroise, De Instit. Virg. : PL 16, 320) par Marie aux bergers puis aux mages, la prophétie de Siméon (Lc 2, 34-35), Jésus au Temple tandis que sa Mère « gardait tout cela dans son cœur et le méditait » (Lc 2, 41-51).

d)    La Sainte Vierge et le ministère public de Jésus

Les rédacteurs insistent ici sur Cana et sur la Croix, deux lieux où la Vierge Marie est activement présente.

A Cana, elle provoque par son intercession le premier signe de Jésus le Messie (Jn 2, 1-11).

Au pied de la Croix, elle est debout (Jn, 19, 25), « souffrant cruellement avec son Fils unique, associée d’un cœur maternel à son sacrifice, donnant à l’immolation de la victime, née de sa chair, le consentement de son amour, pour être enfin, par le même Christ Jésus mourant sur la  croix, donnée comme sa Mère au disciple par ces mots : Femme, voici ton Fils » (cf Pie XII, Encycl. Mystici Corporis, 29 juin 1943)

e)     La Sainte Vierge après l’Ascension

Le concile indique que la Vierge était présente à la Pentecôte parce qu’il ne pouvait en être autrement : la Pentecôte signe la naissance de l’Eglise, comment Marie, Mère de l’Eglise aurait-elle pu être absente ?

La fin de la vie terrestre de Marie est évoquée en quelques mots :

« … la Vierge immaculée…ayant accompli le cours de sa vie terrestre, fut élevée corps et âme à la gloire du ciel (cf Pie XII, Const. Apost. Munificenissimus, 1er novembre 1950 ; St Jean Damascène, Enc. In dorm. Dei genitricis ; St Germain de Constantinople, S. Dei gen. dorm.) et exaltée par le Seigneur comme la Reine de l’univers, pour être ainsi plus entièrement conforme à son Fils, …, victorieux du péché et de la mort.( cf Pie XII, Encycl. Ad coeli Reginam, 11 octobre 1954 ; André de Crète, Hom. In dorm. SS. Deiparae : PG 97, 1089-1109) » .

3 La Vierge et l’Eglise

a)     Marie, servante du Seigneur (n°60)

Quel est le rôle joué par Marie dans la médiation entre Dieu et les hommes ?

Le concile rappelle fermement que «  unique est notre Médiateur car il n’y a qu’un seul Dieu, il n’y a aussi qu’un seul Médiateur entre Dieu et les hommes, le Christ Jésus, homme lui-même, qui s’est donné en rançon pour tous » (cf 1 Tm 2, 5-6)…. Marie s’appuie sur la médiation du Christ dont elle dépend en tout et d’où elle tire toute sa vertu… ».

b)    Marie, l’associée du Seigneur (n° 61)

« En concevant le Christ, en le mettant au monde, en le nourrissant, en le présentant dans le Temple à son Père, en souffrant avec lui tandis qu’il mourait sur la croix, la Vierge a apporté à l’œuvre du Sauveur une coopération absolument sans pareille par son obéissance, sa foi, son espérance, son ardente charité, pour que soit rendue aux âmes la vie surnaturelle ».

Nouvelle Eve, elle est Mère de tous les hommes car sa coopération à leur salut est suréminente.

c)     Marie, Mère de la grâce (n°62)

Marie est Mère des hommes parce qu’elle a écouté Dieu et coopère ainsi au salut de l’humanité.

C’est pourquoi elle est invoquée sous les titres d’avocate, auxiliatrice, secourable, médiatrice (cf Léon XIII, Encycl. Adiutricem populi, 3 septembre 1895 : ASS 15 ; St Pie X, Encycl. Ad diem illum, 2 février 1904 : Acta, I ; Pie XI, Encycl. Miserentissimus, 8 mai 1928) « tout cela cependant entendu de telle sorte que nulle dérogation, nulle addition n’en résulte quant à la dignité et à l’efficacité de l’unique Médiateur, le Christ » (cf St Ambroise, Epître 63).

d)    Marie, modèle de l’Eglise (n°63)

Le salut de Marie se déploie dans l’Eglise « car de l’Eglise, la Mère de Dieu est le modèle dans l’ordre de la foi, de la charité et de la parfaite union au Christ » (cf St Ambroise, Expos. Lc. II, 7 : PL 15, 1555).

 

e)     L’Eglise, Mère et Vierge (n°64)

L’imitation de la Vierge Marie permet à l’Eglise de devenir Mère des chrétiens parce qu’elle a la Mère de Dieu pour modèle.

f)     L’Eglise et l’imitation des vertus de Marie (n°65)

« La Vierge a été par sa vie le modèle de cet amour maternel dont doivent être animés tous ceux qui, associés à la mission apostolique de l’Eglise, coopèrent pour la régénération des hommes ».

4 Le culte de la Vierge dans l’Eglise

a)     Nature et fondement du culte de la Vierge Marie (n°66)

Reconnue Mère de Dieu depuis le concile d’Ephèse, Marie a reçu un culte toujours plus répandu sous les formes de la vénération, de l’invocation et de l’imitation réalisant ainsi ses propres paroles prophétiques : « Toutes les générations m’appelleront bienheureuse, car le Tout-Puissant a fait en moi des merveilles » (Lc 1, 48).

Cependant ce culte n’en demeure pas moins «essentiellement différent du culte d’adoration qui est rendu au Verbe incarné ainsi qu’au Père et à l’Esprit Saint ; il est éminemment apte à le servir ».

b)    Le culte de la Sainte Vierge (n°67)

Le concile encourage le culte des images mais sans exagération ni excessive étroitesse d’esprit.

« Que les fidèles se souviennent…qu’une véritable dévotion ne consiste nullement dans un mouvement stérile et éphémère de la sensibilité, pas plus que dans une vaine crédulité ; la vraie dévotion procède de la vraie foi, qui nous conduit à  reconnaître la dignité éminente de la Mère de Dieu, et nous pousse à aimer cette Mère d’un amour filial, et à poursuivre l’imitation de ses vertus ».

5 Marie, signe d’espérance et de consolation

a)     Marie, signe d’espérance (n° 68)

En Dieu, Marie représente l’Eglise finale.

Comme l’Arche d’Alliance, elle a été le Temple mobile de Dieu mais contrairement à l’Arche, elle n’a pas été détruite mais, au contraire, préservée dans son corps et dans son âme sans connaître la corruption.

b)    Marie et l’union des chrétiens (n°69)

Ce dernier paragraphe est un hommage aux chrétiens orientaux « lesquels vont, d’un élan fervent et d’une âme toute dévouée, vers la Mère de Dieu toujours Vierge pour lui rendre leur culte »            .

CONCLUSION :

Marie est-elle Mère de l’Eglise ?

Le concile ne l’a pas proclamé officiellement mais l’a admis implicitement.

C’est pourquoi le pape Paul VI a voulu clarifier la situation le 21 novembre 1964 en publiant un document dans lequel il déclare Marie Mère de l’Eglise.

Le pape Jean-Paul II, pour sa part, rejoint Pie XII dans son attachement à Marie, coopératrice alors que, tant Jean XXIII que Paul VI tenaient plutôt pour Marie, Médiatrice de toute grâce.

Benoît XVI demeure attaché plus spécialement Marie, Mère de l’Eglise.