LES LIVRES POÉTIQUES

INTRODUCTION

Parmi les 46 livres qui forment l’Ancien Testament, 7 seulement sont poétiques dans le sens strict du terme.

Ces livres comprennent des écrits auxquels on donne, d’après l’élément qui y prédomine, les noms de poétiques, didactiques, sapientiaux ou moraux.

Il s’agit de :

– Job (Jb)

– les Psaumes (Ps)

– les Proverbes  (Pr)

– l’Ecclésiaste ou Qohélet (Qo)

– le Cantique des Cantiques (Ct)

– le livre de la Sagesse (Sg)

– l’Ecclésiastique ou Sirac (Si)

 

1° DES LIVRES POÉTIQUES 

L’épithète « poétique » est la plus usitée aujourd’hui et s’applique surtout à la forme extérieure.

Dans la bible hébraïque, les livres poétiques ou sapientiaux sont rangés dans la catégorie des Ketoubim ou Hagiographes.

 

Si l’on considère le mot « poésie » au sens large, il est certain que la Bible entière est un vaste et magnifique poème et que les beautés poétiques s’y rencontrent à chaque page.

Ainsi, même dans les livres historiques et plus encore dans les écrits des Prophètes, on admire, des morceaux qui, quoique en prose, tantôt par leur élévation, tantôt par leurs images frappantes et magnifiques, s’élèvent jusqu’aux sphères de la poésie.

En raison de l’unité de sa nature, qui lui permet uniquement de chanter Dieu et les choses de Dieu, la poésie biblique se ramène à deux genres seulement :

– le genre « chir » ou lyrique,

– et le genre « machal » ou didactique.

Se rattachent au genre « chir » les Psaumes et le Cantique des Cantiques.

Appartiennent au genre « machal » Job, les Proverbes, l’Ecclésiaste, la Sagesse et le Siracide.

 

2° DES LIVRES SAPIENTIAUX

 

Ces livres sont souvent qualifiés de livres « sapientiaux », c’est-à-dire de livres de sagesse.

La Sagesse : hokmah en hébreu, sofia en grec, sapientia en latin d’où l’adjectif « sapiential » (qui enseigne la sagesse), constitue le fil rouge des sept livres.

La vision biblique de la Sagesse est trine, elle s’emploie à définir cette notion dans trois ordres différents :

– la sagesse naturelle : celle dont le grand représentant est le roi Salomon auquel on attribue, à tort,  le livre de la Sagesse tant son exemple a marqué le peuple juif,

– la sagesse spirituelle, celle que l’apôtre Jacques appelle « celle d’en-haut »,

– la sagesse surnaturelle que St Paul cite parmi les dons spirituels : 1 Co 12, 8.

 

 

 

 

 

 

 

– La sagesse naturelle 

Il s’agit de cette faculté  plus ou moins développée que Dieu accorde aux hommes. Elle a son siège dans l’intelligence et se développe par la réflexion, l’observation et l’expérience. Elle vise à discerner le bien du mal et à juger correctement les diverses situations rencontrées au cours de l’existence humaine.

 

C’est précisément cette sagesse que Salomon a demandée à Dieu :

« Donne à ton serviteur un cœur plein de jugement pour gouverner ton peuple, pour discerner entre le bien et le mal » (1 R 3, 9)

Et c’est ce que Dieu lui a accordé en plus de la richesse, de la gloire et d’une longue vie :

« […] voici que je fais ce que tu as dit : je te donne un cœur sage et intelligent comme personne ne l’a eu avant toi et comme personne ne l’aura après toi. » (1 R 3, 12)

Il faut noter que cette sagesse naturelle, comme les deux autres, vient de Dieu car, dès l’époque des rois d’Israël, la sagesse humaine est très décriée : les « sages » ou tout au moins ceux qui se présentent comme tels, notamment les scribes, conduisent les peuples dans l’ornière.

La source de la Sagesse divine réside dans la Parole de Dieu et dès la royauté d’Israël, on annonçait que Celui qui devait venir possèderait en plénitude cette Sagesse.

 

La sagesse naturelle est utile pour les choses de la vie humaine. Le Christ lui-même recommande d’en faire usage :

« Le maître loua l’économe infidèle de ce qu’il avait agi prudemment. Car les enfants de ce siècle sont plus prudents à l’égard de leurs semblables que ne le sont les enfants de lumière. » (Lc 16, 8)

 

– la sagesse spirituelle

La sagesse est aussi un attribut de Dieu.

C’est la propriété mystérieuse avec laquelle Il crée et gouverne l’univers.

L’apôtre Jacques  l’appelle la sagesse d’en-haut :

« La sagesse d’en haut est premièrement pure, ensuite pacifique, modérée, conciliante, pleine de miséricorde et de bons fruits, exempte de duplicité, d’hypocrisie. » (Jc 3, 17)

La sagesse spirituelle étant divine, elle s’est manifestée dès le début de la Création, avant même qu’aucune chose ne soit créée, elle était. Elle fait partie de la nature de Dieu.

« Il a créé la terre par sa puissance. Il a fondé le monde par sa sagesse, Il a étendu les cieux par son intelligence. » (Jr 10, 12)

Elle nous permet de discerner  les choses de Dieu et de nous comporter de manière spirituelle.

« C’est une sagesse qui n’est pas de ce siècle, ni des chefs de ce siècle,

C’est la sagesse de Dieu, mystérieuse et cachée, que Dieu, avant les siècles, avait destinée pour notre gloire, sagesse qu’aucun des chefs de ce siècle n’a connue, car, s’ils l’eussent connue, ils n’auraient pas crucifié le Seigneur de gloire. » (1 Co 2)

L’apôtre Paul définit cette sagesse comme étant essentiellement d’origine divine, produite par l’Esprit Saint.

« Or nous, nous n’avons pas reçu l’esprit du monde, mais l’Esprit qui vient de Dieu, afin que nous connaissions les choses que Dieu nous a données par sa grâce.

Et nous en parlons, non avec des discours qu’enseigne la sagesse humaine, mais avec ceux qu’enseigne l’Esprit, employant un langage spirituel pour les choses spirituelles. »

(1 Co 2, 12-13)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La notion de sagesse divine a connu une importante évolution.

On l’a d’abord personnifiée, mais jamais divinisée, sous les traits d’une femme qui se poste au carrefour des chemins et invite les passants à se nourrir de la connaissance qu’elle apporte.

 

« La Sagesse n’appelle-t-elle pas ? L’Intelligence n’élève-t-elle pas la voix ?

Au sommet des hauteurs qui dominent la route,

Au croisement des chemins, elle se poste ;

Près des portes, à l’entrée de la cité,

Sur les voies d’accès, elle s’écrie :

Humains ! C’est vous que j’appelle,

Ma voix s’adresse aux enfants des hommes.

[…] Prenez ma discipline et non de l’argent,

Le savoir plutôt que l’or pur. » (Pr 8, 1-10)

 

Ainsi la Sagesse est-elle active : Dieu la communique à qui Il veut.

 

Mais elle est aussi créatrice :

« Le Seigneur m’a créée, prémices de son œuvre,

Avant ses œuvres les plus anciennes.

Dès l’éternité je fus établie,

Dès le principe, avant l’origine de la terre.

 

Cette évolution a été suivie d’une seconde étape : on a fini par considérer la Sagesse divine comme la première des créatures de Dieu, comme l’architecte, le maître d’œuvre qui a exécuté les plans de Dieu lors de la Création avant de visiter les êtres humains :

 « Quand il affermit les cieux, j’étais là,

Quand il traça un cercle à la surface de l’abîme,

Quand il condensa les nuées d’en haut,

Quand se gonflèrent les sources de l’abîme,

Quand il assigna son terme à la mer,

– et les eaux n’en franchiront pas le bord –

Quand il traça les fondements de la terre,

J’étais à ses côtés comme le maître d’œuvre,

Je faisais ses délices, jour après jour,

M’ébattant tout le temps en sa présence,

M’ébattant à la surface de sa terre

Et trouvant mes délices parmi les enfants des hommes. » (Pr 8, 27-31)

 Cette conception de la Sagesse a inspiré l’évangéliste Jean dans sa présentation du Christ, Verbe de Dieu.

 

– La sagesse surnaturelle

C’est une vertu particulière du Saint- Esprit, l’Esprit de sagesse.

« Esprit de sagesse et d’intelligence, Esprit de conseil et de force, Esprit de connaissance et de crainte de l’Éternel. » (Is 11, 2)

Or, cet « esprit de sagesse », le Saint-Esprit nous en fait don nous révélant partiellement la façon dont Dieu veut faire les choses : le meilleur moment, la meilleure façon de faire ou de dire les choses et nous permettant ainsi de nous introduire un instant dans Sa pensée, dans l’élaboration de ses plans et de ses projets.

En accordant ce don et celui de la parole de connaissance, Dieu nous ouvre une fenêtre dans les domaines de Sa connaissance et de Sa sagesse.

 

 

 

 

 

 

Dans le Nouveau Testament, le Maître de Sagesse attendu dès la royauté d’Israël se dévoile : il s’agit du Christ.

« Cependant l’enfant grandissait, se fortifiait et se remplissait de sagesse. » (Lc 2, 40)

 

« La reine du Midi se lèvera lors du Jugement avec cette génération et elle la condamnera, car elle vient des extrémités de la terre pour écouter la sagesse de Salomon,

et il y a ici plus que Salomon ! » (Mt 12, 42)

 

Maître de sagesse, le Christ enseigne et donne aux règles de vie édictées lors de la Première Alliance leur parfait accomplissement : voir le Sermon sur la Montagne (Mt 5, 1-48)

 

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La sagesse biblique dans la théologie catholique

 

La sagesse biblique étant née au carrefour de plusieurs civilisations orientales (Mésopotamie, Égypte, Israël, Grèce), la foi chrétienne, qui s’en est nourrie, a très vite rencontré la quête grecque de la sagesse. Elle en a identifié les limites, relevant notamment l’impossibilité du Salut par la seule connaissance (gnosis) mais elle a aussi assimilé de remarquables intuitions venues de philosophes grecs tels Platon et Aristote.

« La sagesse est un regard qui unifie. […] Elle est en effet une connaissance par les causes les plus hautes, les plus universelles et, partant, les plus explicatives (St Thomas d’Aquin, Summa theologiae, I, q.1, a. 6).

Pour les Pères de l’Église, le sage était celui qui juge de toutes choses à la lumière de Dieu et des réalités éternelles, qui sont la norme des choses d’ici-bas (St Augustin, De Trinitate, XII, 14, 21 à 15, 25).

La sagesse a donc également une dimension morale et spirituelle.

(Document de la commission théologique internationale, La théologie aujourd’hui : perspectives, principes et critères, 2012, n°90 et 91).

 

Saint Thomas d’Aquin a développé dans sa Somme théologique une théologie de la sagesse qui est aujourd’hui encore à la base de l’enseignement de l’Église catholique.

Il a distingué trois sagesses :

– la sagesse philosophique,

– la sagesse mystique,

– la sagesse théologique.

 

– la sagesse philosophique

Il est essentiel que le chrétien ait une formation à la sagesse philosophique. Sinon, en se voulant accueillant aux autres, il risque de se laisser prendre et transformer par les idéologies du monde.

La sofia des Grecs nous donne le désir de comprendre l’homme dans toutes ses dimensions, dans toute sa richesse. Elle nous fait considérer l’homme dans sa capacité à transformer l’univers, dans sa capacité d’aimer et dans sa capacité de coopérer avec les autres hommes et de former avec eux une communauté, ce qui implique de comprendre que l’homme est partie de l’univers par son corps, qu’il est une personne, capable de reconnaître son Créateur, de l’adorer et de le contempler.

« Comme son nom l’indique, la philosophie se comprend elle-même comme une sagesse, ou du moins comme une quête amoureuse de la sagesse. La métaphysique, en particulier, propose une vision de la réalité unifiée autour du mystère fondamental de l’être. Mais la Parole de Dieu, qui révèle  ce que l’œil n’a pas vu, ce que l’oreille n’a pas entendu, ce qui n’est pas monté au cœur de l’homme (1Co 2, 9), ouvre aux hommes le chemin vers une sagesse plus haute. » (Document de la commission théologique internationale, La théologie aujourd’hui : perspectives, principes et critères, 2012, n°91)

 

– la sagesse mystique

Elle nous apprend à nous aimer les uns les autres comme Jésus nous aime.

Ce sont avant tout les écrits johanniques (de St Jean) qui nous permettent de développer cette sagesse.

À travers la lecture de l’Apocalypse, nous découvrons le mystère des grandes luttes de l’Église et du martyre.

La première épître de St Jean nous ouvre à l’absolu de la charité fraternelle et l’évangile de St Jean, enfin, nous introduit au mystère de la contemplation chrétienne, de notre lien avec le Christ, Agneau et Époux, qui nous sauve à la Croix et nous donne Marie pour vivre avec elle le mystère de la compassion.

« La sagesse mystique ou science des saints, est un don du Saint-Esprit qui provient de l’union à Dieu dans l’amour. L’amour, en effet, […] permet à l’homme spirituel de connaître et même d’éprouver les choses divines, en les expérimentant réellement dans sa vie. Il s’agit d’une connaissance non conceptuelle qui s’exprime souvent à travers la poésie. Elle conduit à la contemplation et à une union personnelle à Dieu dans la paix et le silence. » (La théologie aujourd’hui, n°91).

 

– la sagesse théologique

Elle met notre intelligence au service de la Parole de Dieu en nous permettant d’expliciter toute la richesse du mystère révélé, toutes ses exigences et son efficacité.

Elle nous aide à mieux saisir comment Dieu, dans sa simplicité de Créateur, est le Dieu d’amour, le Dieu Père qui nous donne son Fils pour nous sauver, pour nous libérer de l’esclavage du péché.

« La sagesse théologique et la sagesse mystique sont formellement distinctes, et il est important de ne pas les confondre. […] Il est néanmoins clair qu’il existe des liens forts entre ces deux formes de sagesse chrétienne. […]

D’une part, une vie spirituelle intense, tendue vers la sainteté, est exigée pour une théologie authentique comme le montre l’exemple des Docteurs de l’Église en Orient comme en Occident. La vraie théologie présuppose la foi et est animée par la charité :

Celui qui n’aime pas, n’a pas connu Dieu, car Dieu est Amour (1 Jn 4, 8).

 

Pour obtenir le don de la science divine, il faudra, sur les ailes de la charité […] être en Dieu ; et alors, autant qu’il est possible à un esprit humain, par l’Esprit Saint on pénètrera à fond la nature de ses attributs divins. (St Maxime le Confesseur, Centuries sur la charité, 2, 26)

L’intelligence apporte à la théologie une raison clairvoyante, mais le cœur a sa propre sagesse qui purifie l’intelligence. […] D’autre part, l’exercice propre de la tâche théologique, qui est de donner une intelligence scientifique de la foi, permet de vérifier l’authenticité de l’expérience spirituelle. C’est pourquoi sainte Thérèse d’Avila voulait que ses moniales recherchent les conseils des théologiens : « Plus les faveurs que le Seigneur vous accordera dans l’oraison seront élevées, plus il sera nécessaire que votre oraison et vos œuvres reposent sur un fondement solide » (Ste Thérèse d’Avila, le Chemin de la Perfection, ch.6). » (La théologie aujourd’hui, n°92).

 

Cette sagesse théologique a atteint, en saint Thomas d’Aquin, une précision et une pénétration uniques. C’est la raison pour laquelle l’Église nous recommande toujours saint Thomas comme le théologien contemplatif que nous devons aimer et suivre car en lui se joignent et le saint et le philosophe.

 

 

 

 

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La sagesse biblique dans la théologie orthodoxe

 

La sagesse biblique est l’objet d’une étude très approfondie chez les orthodoxes, plus spécialement en Russie. Cette étude porte le nom de «Sophiologie ».

Le fondateur de la sophiologie russe est certainement Vladimir Soloviev (1853-1900). Dans son ouvrage, La Russie et l’histoire universelle (1889), la Sagesse apparaît comme la substance divine qui est présente dans le Père, exprimée dans le Fils, ressentie dans l’Esprit.

 

Le Père Paul Florensky (1882-1937) s’est attaché pour sa part à relever les attributs de la Sophia dans l’iconographie (cf son ouvrage La Colonne et les Fondements de la Vérité, 1924).

 

« La Sophia est l’objet d’un véritable culte dans la tradition orthodoxe russe. Cette dévotion du peuple croyant se nourrit des convictions suivantes :

– la Sophia est la beauté du monde, sa grâce, sa parure, sa pureté, sa lumière.

La couleur qui lui est propre est le bleu, dans toute son étendue, du pourpre au bleu-vert.

La toute-pure et toute-sainte Mère de Dieu peut donc être appelée Sagesse, car en Elle se trouve parfaitement accomplie la condition virginale de la Création, sortie des mains de Dieu, intacte, et toujours jeune au contact de l’Esprit qui l’épouse, en sorte qu’en elle fécondité et virginité, loin de s’exclure, s’appellent et se renforcent. Elle s’identifie à la Nature devenue réceptacle cristallin de la Flamme divine, Temple d’une infinie sainteté.

– la Sophia est l’épouse de Christ aimée par Lui comme son propre Corps, son Corps mystique : c’est l’Église.

– la Sophia est le rayonnement du Saint-Esprit dans la chair très sainte du Sauveur issue de la Vierge Marie.

– la Sophia est l’essence de la Bonté du Père pénétrant tout et vivifiant tout.

– la Sophia est la beauté du monde quand il est pénétré par les énergies divines dispensées par le Saint-Esprit, nouvelle Jérusalem, Temple définitif.

 

La Sophia est la manifestation à la surface des choses de la présence de l’Esprit par la beauté, c’est le cosmos entièrement pénétré par Lui, resplendissant de la Gloire. » (Vladimir Golovanow, Aperçu de la Sophia dans la théologie orthodoxe russe, 2012)

 


 

La littérature sapientielle est très différente de celle du Pentateuque ou des Prophètes.

Dans le Pentateuque ou les Prophètes, Dieu est au centre. Il nous dit quoi faire ce qui confère à l’homme une grande sécurité : on ne peut pas se tromper puisque Dieu nous indique la voie.

Par ailleurs, l’homme est toujours libre d’accepter ou de refuser. On parle ainsi d’obéissance à la Parole de Dieu ou de désobéissance.

 

À l’inverse, c’est l’homme qui est au centre dans la littérature sapientielle. Dieu met sa confiance en l’homme auquel il a donné l’intelligence nécessaire pour s’occuper du monde.

Cela entraîne un risque car on peut se tromper. Mais les erreurs sont une source d’apprentissage. Ainsi, l’homme qui observe autour de lui comment les gens agissent et qui en tire des conclusions acquiert une certaine expérience et devient sage. Il partage alors cette expérience avec d’autres, ses enfants notamment. C’est ainsi que les conseils prodigués sont à l’origine de certains écrits de sagesse comme les proverbes, les instructions, les réflexions sur la vie, sur la souffrance, sur la richesse.

Celui qui reçoit cette expérience des anciens n’est pas placé devant une obligation de loi mais devant un conseil qu’il évalue.

Le grand principe de la sagesse est : VOIR – JUGER- AGIR.

 

La personne reste libre et il n’est nullement question ici d’obéissance ou de péché. La personne qui rejette le bon conseil ne commet pas de péché, elle fait une erreur, c’est un fou. Au contraire, celle qui suit le conseil est un sage.

 

On peut donc résumer ces deux approches en disant que dans le Pentateuque et les Prophètes, on présente une théologie qui vient d’en-haut, tandis que dans le courant sapientiel, il s’agit d’une théologie qui vient d’en-bas.

 

PRÉSENTATION DES LIVRES SAPIENTIAUX

 

JOB (Jb)

42 chapitres

DB3 1

 

Job sur le fumier visité par ses amis et sa femme.

Bible de Petrus Comesta, 1372, miniature, musée  Meermanno, La Haye

 

 

 

Ce livre traite de la souffrance et cherche la réponse à une question que chacun d’entre nous est amené à se poser au cours de sa vie : pourquoi Dieu laisse-t-il ses fidèles souffrir ?

Écrits en prose, ses deux premiers chapitres parlent d’un individu légendaire du judaïsme : Job.

Dans ce très ancien récit, un homme juste est mis à l’épreuve : est-il aussi habité par l’Esprit de Dieu qu’il y paraît ou n’est-ce qu’une façade ? Les épreuves qu’il va connaître vont-elles ébranler sa fidélité auto-proclamée à Dieu ?

Dépossédé de tout, accablé d’épreuves, Job va demeurer fidèle, démontrant ainsi qu’il est vraiment un saint homme. Dieu lui rend alors sa grandeur.

Les 40 autres chapitres sont poétiques et semblent avoir été écrits plus tardivement.

Le livre de Job cherche à trouver la signification de la justice de Dieu et de la souffrance. Les dialogues de Job avec ses « amis » permettent de conclure que la sagesse vient de Dieu et que les hommes ne sauraient la trouver par eux-mêmes : Dieu la donne à ceux qui Le louent.

 

PSAUMES (Ps)DB 3 2 BIS

150 psaumes

Ils furent écrits durant plusieurs siècles depuis un noyau  ayant David pour auteur jusqu’après l’exil (350 AC).

On compte 150 psaumes où trois genres se distinguent :

– les hymnes : Ps 8, 19, 29 33, 46-48, etc… Ils louent la gloire de Dieu.

– les supplications : Ps 12, 44, 60, 74… Ils invoquent Dieu pour obtenir son secours dans la maladie, le danger de mort, l’innocence bafouée etc… Ils manifestent toujours la confiance du suppliant en la bonté de Dieu.

– les actions de grâce : Ps18, 40, 65-68… Ici le remerciement constitue l’essentiel du poème.

 

Certains psaumes mélangent les trois genres : Ps 119

 

Les Psaumes sont réunis en un petit livre, le Psautier dont l’Église chrétienne a fait sa prière officielle. En effet, ces cris de louange, de douleur, d’actions de grâce, par-delà les siècles, ont un son universel et expriment l’attitude que tout homme doit avoir en face de Dieu.

Par ailleurs, le Christ, la Vierge et les Apôtres les ont chantés.

 

Certains de ces psaumes présentent un aspect prophétique. Ainsi, le bouleversant psaume 21, Souffrances et espoirs du juste, décrit la Passion du Christ :

 

« Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné, insoucieux de me sauver,

malgré les mots que je rugis ? […]

Comme l’eau je m’écoule et tous mes os se disloquent ;

Mon cœur est pareil à la cire, il fond au milieu de mes viscères ;

Mon palais est sec comme un tesson, et ma langue collée à ma mâchoire.

Tu me couches dans la poussière de la mort. […] »

 

Il faut noter qu’à partir du psaume 10, on trouve deux numérotations pour un même psaume : la première est la numérotation hébraïque ; la seconde (entre parenthèses), la numérotation liturgique héritée de la Vulgate. Les chrétiens se réfèrent à cette seconde numérotation.

 

 

PROVERBES (Pr)DB3 2

31 chapitres

 

Bréviaire Martin d’Aragon-Gallica, 1398/1410

 

 

 

 

Un proverbe est un énoncé concis exprimant une vérité frappante et aisée à retenir.

Il est difficile de dater les Proverbes. Maximes et poèmes semblent avoir été rassemblés en anthologie après le retour d’exil, soit vers 400 AC.

Cependant, certaines maximes datent probablement de l’époque de Salomon, considéré comme le plus grand sage d’Israël.

Les sous-titres de certains proverbes indiquent que nombre d’entre eux sont l’œuvre de sages anonymes, voire de sages arabes (Agur, Lemuel) ou s’inspirent des maximes égyptiennes d’Amenemopé (1er millénaire AC). Ainsi, les discours du Pr 1-9 ressemblent aux « Instructions » égyptiennes et aux « Conseils d’un père à son fils » (texte akkadien d’Ugarit).

La plus grande partie de ce livre est formée d’enseignements d’un érudit, le père, à son étudiant, le fils, sur la façon morale de mener sa vie, en respectant Dieu.

Pour vivre, il faut faire des choix et donc il convient d’être informé, formé et persuadé de faire les bons choix.

La sagesse apporte ses récompenses et l’humilité est plus importante que l’honneur.

Le contraire d’un sage est un insensé et « les insensés méprisent la sagesse et l’instruction ».

 

Les Pères de l’Église ont beaucoup commenté ce livre.

St Louis-Marie Grignon de Montfort a beaucoup aimé ce livre et a vu en Marie la personnification de la Sagesse chantée au chapitre 8.

 

 

ECCLÉSIASTE (Qo)

12 chapitres                                                Initiale M, St Jérôme : Commentaire sur  Daniel,

                                                                   les petits prophètes et l’Ecclésiaste, Cîteaux,DB3 3

                                                                 début du XIIe siècle, manuscrit 132, bm Dijon   

 

 

 

 

Un seul thème dans ce livre sans plan défini : la vanité des choses humaines.

Des parallèles peuvent être établis avec des œuvres égyptiennes, mésopotamiennes ou encore des courants de la philosophie grecque. En fait, il s’agit de rencontres sur des thèmes parfois très anciens de sagesse orientale.

Le livre est réputé avoir été écrit par Qohélet (d’où son nom), un Juif de Palestine qui écrit en hébreu tardif semé d’aramaïsmes sans doute au IIIe siècle AC.

Pour l’auteur, tout manque de consistance et les objectifs des hommes sont sans intérêt qu’il s’agisse de convoiter des richesses, des plaisirs, la sagesse ou d’aspirer à être probe. Une seule chose importe : ne penser qu’à son Créateur.

CANTIQUE DES CANTIQUES (Ct)

8 chapitres

 

Chagall, 1960DB3 4

 

 

 

Son titre lui est donné d’après les 1ers mots du livre qui signifient « le plus grand cantique » dans la phraséologie hébraïque.

Ce livre contient des poèmes et des hymnes sur Israël. Il parle d’amour et de dévouement et est bâti sur un dialogue entre une femme (la fiancée) et un homme (le fiancé).

Certains poèmes datent sans doute de l’époque de Salomon, mais des emprunts au perse et au grec laissent penser que d’autres poèmes ont été composés plus tard : en effet, ce type de poésie était très apprécié au Moyen-Orient vers l’an 400 ou 300 AC.

Selon les préceptes juifs, ces cantiques ont une seconde signification : l’amour entre Dieu et son peuple : l’homme et la femme sont alors le Seigneur et Israël.

Les chrétiens y voient une allégorie entre le Christ et son Église.

 

SAGESSE (Sg)

19 chapitres

DB3 5

Enluminure de la Sagesse, Moûtier Granval,   abbaye St-Martin de Tours, vers 835, British Library

 

Écrit tout entier en grec, ce livre ne fait pas partie du canon hébreu mais est reçu par les Églises catholique et orthodoxe.

L’auteur est sans doute un Juif hellénisé vivant à Alexandrie vers la fin du 1er siècle AC. C’est le plus récent des livres de l’AT.

L’auteur s’adresse à ses compatriotes juifs et notamment aux jeunes.

L’évocation du jeune Salomon prend alors tout son sens : la fidélité de la jeunesse au Dieu d’Israël ne risque-t-elle pas d’être ébranlée par le prestige de la civilisation alexandrine païenne ? Les écoles philosophiques, les religions à mystères, la magie, l’astrologie, le culte d’Isis ?

Construit en trois parties, le livre affirme :

– l’immortalité de l’homme,

– la Sagesse comme présence immanente du Dieu transcendant de la révélation biblique,

– l’évènement fondateur représenté par l’Exode qui fonde la foi en un Dieu qui sauve les justes par-delà la mort.

 

 

 

 

ECCLÉSIASTIQUES OU SIRACIDE (Si)

50 chapitres

 

Ce livre est appelé « Ecclésiastique » c’est-à-dire « livre d’église » ou « livre de Ben Sira ».

Il n’est pas reconnu par le canon hébreu mais fait partie des livres apocryphes des bibles protestantes et des livres deutérocanoniques de l’Église catholique.

Nous savons qu’il fut écrit par Jésus Ben Sira (Jésus, fils de Sira), natif de Jérusalem qui dirigeait une école d’étude biblique pour les jeunes hommes juifs vers 180 AC.

Il s’agit d’une reprise sapientielle de toute la tradition biblique antérieure.

Ben Sira est le premier à relire l’Histoire Sainte d’Adam jusqu’au grand prêtre Simon qu’il a connu. Mais l’attente du Messie ne l’anime pas.

Dernier témoin canonique de la sagesse juive en Terre Sainte, il est le représentant par excellence de ces « hassidim », ces pieux du judaïsme qui bientôt défendront leur foi lors de la persécution d’Antiochus IV Épiphane.

 

DB3 6

 

 

Siracide, 1er chapitre, anonyme allemand, 1654

« Alle Weissheit ist bey Gott dem Herrn…”

“Toute sagesse vient du Seigneur….”