Les livres prophétiques

INTRODUCTION 

 

LE PROPHÉTISME

 

Sous bien des formes, les grandes religions de l’Antiquité ont toutes eu des inspirés qui prétendaient parler au nom de Dieu… Notamment chez les peuples voisins d’Israël : ainsi un cas d’extase prophétique est rapporté à Byblos au XIe siècle AC.

 

Le prophétisme dans la Bible n’apparaît guère dans le Pentateuque même si on peut y lire que Moïse est « plus qu’un prophète ».

Il faut attendre l’époque des Juges (vers 1050 AC) pour voir apparaître les premiers prophètes. Ainsi des confréries d’inspirés apparaissent auprès de Samuel et à l’époque d’Elie, des groupes de « frères prophètes » sont en relation avec Élisée puis disparaissent ensuite à l’exception d’une mention dans Amos (VIIIe siècle AC). Ces prophètes étaient pris de transes collectives, mimaient des actions symboliques ou pouvaient passer par des états psychologiques anormaux.

Cependant les prophètes dont la Bible a retenu les paroles se distinguent nettement des exaltés des anciennes confréries tout en portant cependant le même nom. En effet, on les appelle des Nevihim (pluriel de Nabî).

Le Nabî est celui qui est appelé ou celui qui annonce, et par l’un et l’autre sens, on atteint à l’essentiel du prophétisme israélite : ainsi le Seigneur dit à Jérémie : Je mets en ta bouche mes paroles… (Jr 1, 9).

 

Nous nous attacherons à mieux comprendre le prophétisme à travers cinq points :

– Dieu parle par les prophètes,

– La destinée personnelle des prophètes,

– Les prophètes dénoncent les crises qui secouent Israël,

– Les prophètes envisagent aussi l’avenir du peuple que Dieu s’est choisi,

– L’accomplissement des prophéties.

 

1° Dieu parle par les prophètes

Les prophètes ont conscience de l’origine divine du message qu’ils portent et l’introduisent par une formule comme  Ainsi parle le Seigneur ou Parole du Seigneur ou encore Oracle du Seigneur.

La parole divine s’impose à eux et ils ne peuvent la taire : ainsi Jérémie lutte en vain contre cette emprise. Tous ont été choisis comme des messagers du Seigneur et le début du récit de Jonas montre assez ce qu’il en coûte de se dérober à cette mission. Ils ont été envoyés par Dieu pour signifie Sa volonté et devenir eux-mêmes des signes : non seulement leurs paroles, mais aussi leurs actions, leur vie même, tout est prophétie.

 

1 Dieu parle à travers l’Esprit Saint

C’est un trait commun aux seize prophètes de l’Ancien Testament : tous reçoivent l’onction de l’Esprit afin de pouvoir révéler le dessein du salut voulu par Dieu pour sauver les hommes.

 

 

 

 

 

 

2 Distinction entre prophétisme, royauté et sacerdoce

Contrairement à la royauté et au sacerdoce, le prophétisme n’est pas une institution humaine, c’est un don de Dieu. Grâce à ce don, certains prophètes reçoivent la mission divine de choisir les rois. Ainsi Samuel est-il chargé d’oindre d’abord Saul puis David comme rois.

D’autres sont envoyés par Dieu pour conseiller ces rois. C’est le cas de Nathan ou de Jérémie par exemple.

Le prophète répond parfois à une attente éperdue du peuple. Ainsi Jean le Baptiste est-il immédiatement suivi par des foules demandant le baptême de pénitence. Or, Jean est fils de prêtre et prêtre. Cependant il ne s’habille pas comme tel et n’est pas au Temple. Ceci ne l’empêche nullement d’être écouté sauf par l’oligarchie qui ne souhaite aucun  changement susceptible de mettre à mal son pouvoir.

 

2° Destinée personnelle des prophètes

 

1Leur vocation

Aucun d’entre eux n’a choisi d’être prophète, seul Dieu a choisi malgré les résistances de certains comme le récit de Jonas l’illustre si bien.

D’autres ont conscience de leur faiblesse et le disent : Isaïe s’estime indigne d’être le messager de Dieu en raison de son péché, Amos en raison de son manque de culture (il est paysan), Jérémie en raison de sa faiblesse et de sa difficulté à annoncer qu’il est envoyé pour exterminer et démolir quand sa nature le porte à la douceur…

 

2 Leur message

Il s’adresse à tout le peuple et rarement à un individu et dans le cas de Jérémie, il concerne tous les peuples au-delà du peuple hébreu.

Le message concerne le présent et le futur. Le prophète est envoyé auprès de ses contemporains et leur transmet les volontés divines. Mais dans la mesure où il est l’interprète de Dieu, il est au-dessus du temps et ses paroles viennent en confirmation et en prolongement de ses prédications.

La vie familiale de chaque prophète fait corps avec sa prophétie : ainsi Dieu demande-t-il à Osée d’épouser une prostituée pour qu’il souffre au plus près de sa chair ce que Lui souffre dans sa relation à Israël, l’infidèle. Cette leçon sur ce que Dieu est, Osée saura la communiquer, sa vie sera parole.

Isaïe nomme l’un de ses fils Shear-Jashub (Is 7, 3) qui signifie un résidu reviendra ce qui correspond à l’avenir d’Israël qu’Isaïe annonce : toutes les villes de Juda seront dévastées parce qu’elle qui a rejeté avec dédain la parole du Saint d’Israël (Is 5, 24).

Mais Dieu, dans sa miséricorde préservera un dixième des enfants de Juda et ce résidu reviendra sur sa terre.

Ainsi le nom du fils d’Isaïe est-il un signe tangible de la fidélité de Dieu et Shear-Jashub rappelle par sa seule existence, partout où il se rend avec son père que ce que Dieu dit, Sa main l’accomplira.

 

3 Leurs épreuves

Tous les prophètes connaissent de graves crises personnelles : dépression, doute, fureur, découragement… Dieu ne promet à aucun d’eux la réussite de sa mission et d’ailleurs la plupart assiste à l’échec de leur entreprise.

La reconnaissance de la justesse de leurs prophéties n’est reconnue que bien après leur mort, l’efficacité de  leurs prophéties s’avère eschatologique et concerne souvent un avenir qu’ils ne verront pas car leur temps n’est pas celui de Dieu.

 

 

 

4 Leur mort

La plupart subissent la persécution et l’assassinat notamment sous les rois Manassé (qui persécute Isaïe), Amon et Joaqim qui persécute Jérémie.

Cette destinée cruelle est d’ailleurs rappelée par le Christ : Jérusalem, Jérusalem, toi qui tues les prophètes et lapides ceux qui te sont envoyés (Mt 23, 37).

Leur mort devient le couronnement de leurs prophéties et renvoie à la figure du Serviteur Souffrant chanté par Isaïe :

« Le Seigneur Dieu m’a ouvert l’oreille, et moi, je ne me suis pas révolté, je ne me suis pas dérobé. J’ai présenté mon dos à ceux qui me frappaient, et mes joues à ceux qui m’arrachaient la barbe. Je n’ai pas protégé mon visage des outrages et des crachats »

(Is 50, 5).

Le prophète est appelé à intercéder et à mourir pour le peuple et sa propre mort sauve son peuple.

 

3° La crise dénoncée par les prophètes

 

1 Le péché

Tous les prophètes rappellent l’infidélité d’Israël à la Loi reçue de Dieu par Moïse, celui qui fut plus qu’un prophète.

Cette infidélité est à la racine de tous les péchés dont le peuple se rend coupable.

Contrairement aux prêtres, les prophètes n’attendent pas d’être consultés, ils dénoncent le péché du peuple au nom de Dieu, tout comme le Christ chassera plus tard les marchands du Temple.

C’est souvent cette virulence qui fait comprendre au peuple qu’un prophète de Dieu lui a été envoyé.

Le prophète n’hésite pas à s’en prendre aux plus puissants comme l’attitude de Nathan vis-à-vis du roi David coupable d’adultère avec Bethsabée, le démontre (2S, 11, 2-17. 26-27).

Il dénonce souvent les mêmes péchés : fraude, violence faite aux pauvres, usure.

Il touche le cœur des hommes et s’efforce de les réveiller en les sommant de choisir entre la lumière et les ténèbres.

 

2 L’appel au changement

Du fait du péché, le droit même est perverti : le bien devient le mal. Les premiers responsables de cette inversion dramatique des valeurs sont les prêtres et les puissants d’où la violence des attaques prophétiques contre ces derniers.

Le seul recours reste l’esprit de discernement entre le bien et le mal tels que Dieu les a définis dans le Décalogue.

Les prophètes mettent souvent en garde contre les faux prophètes qui s’accommodent de tout et relativisent toutes les valeurs.

L’évolution des sociétés humaines ne sauraient justifier l’oubli de la Loi divine.

Osée et Jérémie aiment à rappeler à ce sujet leur attachement au souvenir du désert et des quarante années qui furent nécessaires à Dieu pour purifier son peuple avant de le laisser entrer en Terre Promise.

 

3 Le culte

Les prophètes sont très violents dans leurs attaques contre le culte : condamnation des sacrifices en raison de l’inanité des signes de dévotion quand la foi est absente. Les sacrifices ne sauvent pas, seul Dieu sauve.

On assiste après l’Exil à une purification du culte notamment à l’époque des Maccabées.

 

 

 

4° L’avenir

Même si les critiques des prophètes concernent leur époque, tous envisagent l’avenir sous deux angles : le jugement et le salut en insistant sur la miséricorde divine. L’actualité de leur prophétie nous touche encore aujourd’hui.

 

1 Le jugement

Les infidélités répétées du peuple sont insupportables à Dieu qui ne saurait les tolérer plus longtemps ce qui explique que les prophéties commencent toutes par l’annonce des malheurs et des catastrophes qui vont s’abattre sur Israël.

Les prophètes annoncent alors le Jour de Seigneur, un jour de colère ce que le peuple ne comprend pas car pour lui, le Jour du Seigneur ne peut être que bénéfique.

Cependant, même au cœur de ces annonces terribles, la plupart des prophètes ouvrent la porte du salut.

 

2 Le salut

Si Jérémie vient pour démolir, il vient aussi pour bâtir.

Dieu sauve, même à travers les pires calamités.

Cette perspective de salut est décrite par certains prophètes grâce à l’image du mariage.

Dieu s’unit à son peuple. Or, si le mariage est un contrat, il nécessite pour être valide, l’existence d’un lien d’amour entre les deux contractants.

 

3 La miséricorde

Elle irrigue les prophéties qui toutes rappellent qu’après le juste châtiment des hommes infidèles à l’alliance avec leur Dieu, viendra le temps de la miséricorde et du rachat car l’Époux ne saurait abandonner sa bien-aimée.

Les prophètes parlent souvent d’une nouvelle alliance entre Dieu et son peuple dont le respect de la Loi serait la source.

Pascal, écrivant sur le peuple hébreu, les appellera les chrétiens de la Loi ancienne.

 

4 Actualité des prophéties

Les prophètes visent la fin de l’histoire, surtout Isaïe qui s’adresse à tous les peuples au-delà de l’histoire d’Israël.

L’actualité des  prophètes pour un chrétien est évidente car un chrétien, prophète par son baptême, sait que seule compte la fin de l’histoire, c’est-à-dire le Christ.

 

5° L’accomplissement

Les prophéties annoncent le Christ.

 

1 Passion et Résurrection

On note un contexte prophétique autour de la personne du Christ.

Jean le Baptiste actualise la Loi et annonce la venue de Celui dont il n’est pas digne de délier la sandale.

Lors de la Présentation au Temple, Siméon annonce à Marie que « cet enfant doit amener la chute et le relèvement d’un grand nombre en Israël ; il doit être un signe en butte à la contradiction » (Lc 2, 34) tandis que la vieille prophétesse Anne « louait Dieu et parlait de l’enfant à tous ceux qui attendaient la délivrance de Jérusalem.» (Lc 2, 38).

 

2 Jésus

Il est différent des prophètes même s’il relève lui-aussi les infidélités à la Loi, tente de séparer le bien du mal et annonce un culte parfait après la destruction du Temple.

Son autorité est différente de celle du prophète : elle lui est propre tandis que le prophète n’est que le messager, le porte-voix de Dieu. Le Christ est la Vérité.

 

3 L’Église

Après la disparition des prophètes, le prophétisme n’est pas mort.

Il s’est poursuivi au-delà des apôtres via les charismes des saints qui ont jalonné et continuent aujourd’hui encore de jalonner l’histoire de l’Église.

 

LES LIVRES PROPHÉTIQUES DE LA BIBLE

 

¨ La Bible hébraïque groupe les livres d’Isaïe, de Jérémie, d’Ézéchiel et celui des Douze Prophètes sous le titre de « Prophètes postérieurs » et les place à la suite de l’ensemble Josué-Rois, qu’elle appelle « prophètes antérieurs ».

¨ La Bible grecque place les livres prophétiques après les Hagiographes et y ajoute des textes qui n’ont pas été écrits ou conservés en hébreu tels le livre de Baruch après Jérémie, la Lettre de Jérémie après les Lamentations.

¨ L’Église latine, dans la Vulgate, a conservé en grande partie l’ordonnancement de la Bible grecque mais en en revenant au classement de la Bible hébraïque en plaçant les Douze « petits » prophètes après les quatre « grands » prophètes et en joignant la Lettre de Jérémie au Livre de Baruch mais à la suite des Lamentations ce qui nous donne l’ordre suivant :

 

Les quatre « grands » prophètes :

– Livre d’Isaïe (Is)

– Livre de Jérémie (Jr) avec les deux livres qui lui sont rattachés :

∙ Livre des Lamentations (Lm)

∙ Livre de Baruch (Ba)

– Livre d’Ézéchiel (Ez)

– Livre de Daniel (Dn)

 

Les douze « petits » prophètes :

– Livre d’Osée (contemporain d’Isaïe) (Os)

– Livre de Joël (Jl)

– Livre d’Amos (contemporain d’Isaïe) (Am)

– Livre d’Abdias (Ab)

– Livre de Jonas (Jon)

– Livre de Michée (contemporain d’Isaïe) (Mi)

– Livre de Nahum (Na)

– Livre d’Habaquq (Ha)

– Livre de Sophonie (So)

– Livre d’Aggée (Ag)

– Livre de Zacharie (Za)

– Livre de Malachie (Ml)

 

Le prophète est un messager et un interprète de la Parole divine :

« Alors le Seigneur étendit la main et me toucha la bouche et le Seigneur me dit :

Voici que j’ai placé mes paroles en ta bouche. » (Jr 1, 9)

En conséquence,  il n’est pas un écrivain mais un orateur, un prédicateur. Le message prophétique est donc initialement oral. Dès lors, comment la parole est-elle devenue livre ?

 

 

 

 

 

En fait, on rencontre dans les livres prophétiques trois sortes de récits :

 

– Des récits « prophétiques » qui sont soit des oracles où, tantôt Dieu parle lui-même, tantôt le prophète parle au nom de Dieu, soit des passages poétiques contenant un enseignement, une mise en garde, une promesse …

– Des récits rédigés à la 1ère personne où le prophète relate son expérience et notamment sa vocation.

– Des récits écrits à la 3ème personne qui racontent la vie du prophète, les circonstances de son ministère.

 

Ces trois genres peuvent se combiner. Dans ce cas, le passage à la 3ème personne indique que c’est un autre rédacteur que le prophète qui parle.

Ainsi, dans le livre de Jérémie, le prophète a dicté à Baruch toutes les paroles qu’il avait prononcées au nom du Seigneur pendant les vingt-trois ans de son ministère. Or, le rouleau ayant été brûlé par le roi Joiaqim, Baruch écrivit un nouveau rouleau : la relation de ces faits ne peut provenir que de Baruch à qui l’on attribue aussi les récits biographiques qui suivent et s’achèvent d’ailleurs par une parole de consolation de Jérémie à Baruch :

« Ainsi parle le Seigneur, le Dieu d’Israël, à ton sujet, Baruch. Tu as dit : Malheur à moi, car le Seigneur accumule pour moi peines sur douleurs ! Je suis épuisé à force de gémir et ne trouve aucun répit ! Tu lui parleras en ces termes : Ainsi parle le Seigneur. Ce que j’avais bâti, je le démolis, ce que j’avais planté, je l’arrache, et cela pour toute le terre ! Et toi, tu réclames pour toi de grandes choses ! Ne réclame pas, car voici que moi, j’amène le malheur sur toute chair, oracle du Seigneur.

Mais toi, je t’accorde ta vie pour butin, partout où tu iras. » (Jr 45, 1-5)

 

La composition des autres livres peut s’expliquer de la même manière : il est vraisemblable que les prophètes eux-mêmes ont mis par écrit, ou dicté, une partie de leurs prophéties ou le récit de leurs expériences.

Une partie de cet héritage a aussi pu être conservée fidèlement par la tradition orale grâce à leurs proches ou à leurs disciples.

À partir de ces éléments, des recueils ont été formés, réunissant les oracles traitant d’un même sujet ou encore compensant les annonces de malheur par des promesses de salut comme dans le livre de Michée.

Ces écrits ont été lus puis médités, ils ont donc contribué à perpétuer les courants spirituels issus des prophètes : ainsi, les contemporains de Jérémie citent une prophétie de Michée.

Dans les milieux pieux, les livres des prophètes demeurent des paroles vivantes dont on nourrit sa foi et sa ferveur et, comme au rouleau de Baruch des paroles du même genre furent ajoutées, inspirées par Dieu, pour les adapter aux nouveaux besoins du peuple ou pour les enrichir. Ce faisant, les héritiers des prophètes avaient la conviction de préserver et de faire fructifier le trésor qu’ils avaient reçu d’eux.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

PRÉSENTATION DES LIVRES PROPHÉTIQUES

 

1° LES QUATRE « GRANDS » PROPHÈTES

 

Il s’agit de :

– Isaïe

– Jérémie

– Ézéchiel

– Daniel

 

1 Le livre d’Isaïe (Is)

66 chapitres

 

 

Isaïe, Michel-Ange, fresque de la chapelle sixtine, 1508-15156

 

 

 

Isaïe est né vers 765 AC. C’est en 740, année de la mort du roi Ozias, qu’il reçoit sa vocation prophétique dans le temple de Jérusalem : Dieu lui demande d’annoncer la ruine d’Israël et de Juda en punition de l’infidélité du peuple.

Isaïe exerça son ministère pendant quarante années qui furent dominées par la menace grandissante que l’Assyrie fit peser sur Israël et sur Juda.

Nous ne savons plus rien d’Isaïe après l’an 700 mais une tradition juive affirme qu’il aurait été martyrisé sous Manassé.

 

Sa participation très active aux affaires de son pays en fait un héros national.

C’est aussi un poète de génie où son style admirable et la nouveauté des images qu’il utilise ne laissent pas d’impressionner. Ses compositions possèdent une force concise, une majesté, une harmonie qu’aucun autre prophète n’a pu atteindre.

 

Mais sa grandeur est d’abord spirituelle.

Isaïe a été profondément marqué par sa vocation au Temple. C’est au Temple qu’il a eu la révélation de la transcendance divine et de l’indignité de l’homme.

Dieu est le Saint, le Fort, le Puissant, le Roi.

L’homme est abîmé par le péché ce dont Dieu demande réparation car Il exige  la justice dans sa relation avec sa créature et la sincérité dans le culte qu’on lui rend.

Dieu désire la fidélité de l’homme.

Ainsi Isaïe est avant tout le prophète de la foi et dans les crises que traverse sa nation, il demande que l’on se confie à Dieu seul car c’est l’unique chance de salut.

Il n’ignore rien des difficultés que cette fidélité entraînera pour l’homme, il sait que beaucoup seront incapables de tenir dans l’épreuve mais il espère qu’un « reste » sera épargné.

C’est de ce « petit reste » que le Messie sera le roi.

Isaïe apparaît comme le plus grand prophète messianique et ses paroles furent soigneusement conservés et consignés. C’est ainsi que l’on a retrouvé un manuscrit complet d’Isaïe datant probablement du IIe siècle AC dans une grotte au bord de la Mer Morte.

 

 

 

 

 

 

2 Le livre de Jérémie (Jr)

52 chapitres

Jérémie, église St-Pierre de Moissac, XIIe siècle

 

5

 

 

Environ un siècle après Isaïe, vers 650 AC, Jérémie naît dans une famille sacerdotale installée non loin de Jérusalem.

Sa vie et son caractère nous sont connus par les récits qui parsèment son livre. Ils sont un témoignage émouvant des crises intérieures qu’il a traversées.

Appelé très jeune par Dieu (en 626 sous le règne du roi Josias), il vécut la période tragique où s’accomplit la ruine du royaume de Juda.

Jérémie espéra un relèvement du royaume quand Josias procéda à une réforme religieuse et à une restauration nationale, mais la mort du roi à Megiddo en 609, la chute de Ninive en 612 et l’expansion chaldéenne anéantirent tous ses espoirs.

En 597, Nabuchodonosor conquiert Jérusalem et déporte une partie de ses habitants. En 587, suite à la révolte des habitants restés à Jérusalem, Jérusalem est investie une seconde fois, son Temple incendié et la population entièrement déportée.

Pendant toutes ses années dramatiques, Jérémie prêche, menace, prédit la ruine à venir, avertit en vain les souverains incapables qui se succèdent sur le trône de David.

Les militaires l’accusent de défaitisme ce qui conduit à sa persécution puis à son emprisonnement.

Après la chute de Jérusalem, Jérémie décide de rester en Palestine même s’il estime que l’avenir d’Israël se trouve entre les mains des déportés de Babylone. Cependant après l’assassinat du gouverneur de Palestine nommé par les Chaldéens, un groupe de Juifs, craignant les représailles de l’occupant s’enfuit en Égypte en emmenant Jérémie. C’est sans doute là qu’il mourut.

 

Si les évènements tragiques qu’il a vécus ont influencé Jérémie, son drame est aussi personnel.

Ce prophète à l’âme tendre, faite pour aimer a été envoyé pour arracher et renverser, pour exterminer et démolir. Il a dû prêcher le malheur. Lui qui aspirait à la paix dut lutter contre son propre peuple, contre les rois, les prêtres, les faux prophètes.

Il fut déchiré par une mission à laquelle il ne pouvait se soustraire.

C’est pourquoi ses dialogues avec Dieu sont emplis de souffrance : Pourquoi ma souffrance est-elle continue ? …. Maudit le jour où je suis né…

C’est pourtant au cœur de cette souffrance que son âme s’est purifiée et s’est ouverte au commerce divin.

 

La mission de Jérémie a certes échoué mais sa figure n’a cessé de grandir après sa mort. Par son attachement à la religion du cœur, il fut le père du judaïsme et on peut relever son influence chez Ézéchiel notamment.

 

En donnant la première place aux valeurs spirituelles, en dévoilant les rapports intimes que l’âme doit avoir avec Dieu, Jérémie a préparé la Nouvelle Alliance chrétienne et sa vie faite d’abnégation et de souffrance au service de Dieu fait de Jérémie une figure du  Serviteur souffrant, une figure du Christ.

 

 

 

∙ Les Lamentations (Lm)

5 chapitres

 

Sans titre4

Les lamentations de Jérémie, Michel-Ange, chapelle sixtine, 1511

 

 

 

Le livre des Lamentations a été écrit par Jérémie (d’où le terme « jérémiades ») et compte cinq élégies qui évoquent le siège de Jérusalem, la famine, la fuite du roi, la destruction du Temple et des murailles, les massacres et les déportations intervenus lors de la chute de la ville en 586 AC.

Traditionnellement, ce livre était lu le neuvième jour du mois d’Ab, jour anniversaire de la destruction du Temple de Jérusalem par les troupes babyloniennes.

 

∙ Le livre de Baruch (Ba)

6 chapitres

 

Ce livre est absent de la Bible hébraïque.

La Bible grecque le place entre Jérémie et les Lamentations. Elle met à part la Lettre de Jérémie ;  la Vulgate place Baruch après les Lamentations et rattache la Lettre de Jérémie au livre de Baruch.

 

L’introduction de ce livre a été composée directement en grec sans doute au milieu du 1er siècle AC.

Un petit fragment du texte grec a été découvert dans l’une des grottes de Qumrân et la paléographie le date des environs de 100 AC.

 

Le livre de Baruch est un recueil composite qui nous introduit dans les communautés de la Dispersion après la déportation et nous indique comment la vie religieuse y était maintenue par les relations avec Jérusalem, la prière, le culte de la Loi, l’esprit de revanche  et l’attente ardente du Messie.

Quant à la Lettre de Jérémie (Ba 6), il s’agit d’une diatribe contre le culte des idoles, celles adorées à Babylone à la basse époque. Il semble que cette Lettre ait été écrite en hébreu mais date de la période grecque sans qu’on puisse être beaucoup plus précis.

 

 

3  Le livre d’Ézéchiel (Ez)

48 chapitres

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Vision d’Ézéchiel, Célestine Aboulker, 1949, Musée du Judaïsme

 

 

 

Ézéchiel, déporté à Babylone, a accompli tout son ministère prophétique entre  593 et 571 AC.

Son livre se présente sous une forme très ordonnée :

– chapitres 1 à 3 : Ézéchiel reçoit de Dieu sa mission

– chapitres 4 à 24 : reproches et menaces contre les Israélites avant le siège de Jérusalem

– chapitres 25 à 32 : oracles contre les nations

– chapitres 33 à 39 : le prophète console son peuple en lui promettant un avenir meilleur pendant et après le siège de Jérusalem

– chapitres 40 à 48 : Ézéchiel prévoit le statut politique et religieux de la communauté future lorsqu’elle sera rétablie sur ses terres.

 

Ézéchiel est un prêtre et le Temple demeure sa principale préoccupation, qu’il s’agisse du Temple présent souillé par des rites païens et que la gloire de Yahvé a déserté ou du Temple futur dont il décrit précisément le plan dans ses visions.

Il a le culte de la Loi et n’a de cesse de reprocher à Israël d’avoir profané les sabbats.

Cependant, Ézéchiel est avant tout un visionnaire.

Si son livre ne contient que quatre visions, celles-ci tiennent une place majeure dans sa prédication : elles ouvrent à un monde fantastique, à une voie nouvelle.

En lui se marient l’esprit prophétique et l’esprit sacerdotal si souvent opposés jusqu’alors : les rites sont valorisés par les sentiments qui les inspirent.

En effet, toute la prédication de ce prophète est centrée sur le renouvellement intérieur : Dieu donnera un « autre » cœur, un cœur « nouveau » et mettra dans l’homme un esprit « nouveau » : grâce à Ézéchiel, on est au seuil de la théologie de la grâce que Saint Jean et Saint Paul développeront.

 

Ézéchiel comme Jérémie, est à l’origine d’un courant spirituel très pur qui a traversé le judaïsme avant d’aboutir au Nouveau Testament : Jésus est le Bon Pasteur annoncé par Ézéchiel.

Ce dernier est aussi à l’origine du courant apocalyptique en ce que ses visions grandioses préludent à celles de Daniel. Il n’est donc pas étonnant que dans l’Apocalypse de Saint Jean son influence soit si présente.

 

4 Le livre de Daniel (Dn)

12 chapitres

 

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Daniel dans la fosse aux lions, Rubens, vers 1614-1616, National Gallery, Londres

 

L’auteur de ce livre (Daniel est un nom d’emprunt) est un membre de l’aristocratie juive emmené en déportation à Babylone en 605 AC.

Le livre contient des récits racontant sa vie ainsi que celle de ses amis juifs à la cour babylonienne puis perse ainsi que ses visions prophétiques relatives aux divers empires mondiaux successifs et au Messie qui va venir.

Il convient de noter que les chapitres 2 à 7 ont été écrits en araméen et non en hébreu à la différence du reste du livre.

On peut diviser ce dernier en deux parties :

– chapitres 1 à 6 : ce sont des récits se déroulant à Babylone sous les règnes de Nabuchodonosor, de son « fils » Balthazar et du successeur de ce dernier, Darius le Mède. Tous évoquent les épreuves subies par Daniel et trois compagnons, épreuves d’où dépend leur vie ou leur réputation et dont ils triomphent toujours.

Sont ainsi racontés :

* le songe de Nabuchodonosor

* l’adoration de la statue d’or et les trois compagnons de Daniel dans la fournaise

* la folie de Nabuchodonosor

* le festin de Balthazar

* Daniel dans la fosse aux lions.

 

– chapitres 7 à 12 : ce sont les visions de Daniel : les Quatre Bêtes dont la grande vision du Temps de la Colère et du Temps de la Fin.

Ces visions sont datées de l’époque de Darius le Mède et de Cyrus, roi de Perse.

Il faut noter qu’à partir du chapitre 11, le ton change : « le Temps de la Fin » est annoncé dans un style rappelant celui des autres prophètes.

On en a déduit que le livre de Daniel aurait été composé pendant la persécution d’Antiochus Épiphane et avant la victoire de l’insurrection des Maccabées, soit entre 167 et 164 AC.

 

Le livre de Daniel est destiné à soutenir la foi et l’espérance des Juifs persécutés par Antiochus Épiphane.

Il rappelle que Daniel et ses compagnons ont été eux aussi soumis aux mêmes épreuves : abandon de la Loi, tentation de l’idolâtrie… et qu’ils en sont sortis vainqueurs après que leurs persécuteurs ont dû reconnaître la puissance du seul vrai Dieu.

Le persécuteur Antiochus Épiphane sera brisé lui aussi. Ce sera la fin des malheurs et du péché et l’avènement du Royaume des Saints gouverné par un « fils d’homme » dont l’empire ne passera pas.

Cette attente de la Fin, cette espérance du Royaume traverse tout le livre.

Dieu suscitera cet avènement dans un délai connu de Lui seul mais qui englobe toute la durée humaine : passé, présent, futur, tout devient prophétie parce que tout est vu « dans la lumière de Dieu » qui alterne « périodes et temps ».

Ce secret de Dieu est dévoilé par des êtres mystérieux, messagers du Très-Haut : la doctrine des anges s’affirme ainsi dans le livre de Daniel tout comme dans celui d’Ézéchiel et de Tobie.

La révélation concerne le dessein caché de Dieu sur son peuple et sur tous les peuples, il touche ainsi les toutes les nations et tous les individus.

Le Royaume s’étendra à tous les peuples, il sera sans fin, ce sera le Royaume du Fils d’homme à qui sera confiée toute puissance.

Ce livre ne représente pas  le vrai courant prophétique dans la mesure où il ne contient pas la prédication d’un prophète envoyé par Dieu à ses contemporains : il a été composé par un auteur utilisant un pseudonyme.

Les récits édifiants des premiers chapitres relèvent d’une classe d’écrits de sagesse comme le livre de Tobie, composé peu avant Daniel.

Quant aux visions des cinq derniers chapitres, elles annoncent la révélation du secret divin, expliqué par les anges dans un style énigmatique : ce livre « scellé » inaugure pleinement le genre apocalyptique qui avait été préparé par Ézéchiel et qui s’épanouira dans la littérature juive.

 

« […] Va, Daniel ; ces paroles sont closes et scellées jusqu’au temps de la Fin. Beaucoup seront lavés, blanchis et purifiés ; les méchants feront le mal, les méchants ne comprendront point ; les doctes comprendront. […] » (Dn 12, 9-11)

 

L’Apocalypse de Saint Jean correspond au « livre scellé » dans le Nouveau Testament mais alors, les sceaux du livre sont brisés, les paroles ne sont plus tenues car le temps est proche et l’on attend la venue du Seigneur (Ap 1, 3).

 

 

 

 

 

2° LES DOUZE « PETITS »  PROPHÈTES

 

Le Seigneur entouré des douze petits prophètes,

Cîteaux, XIIe siècle

 

 

 

Sans titre

 

 

 

Le dernier livre du canon hébreu des Prophètes est simplement appelé « Les Douze » et regroupe douze livrets attribués à douze prophètes différents.

L’Église parle des « Douze petits prophètes » non pour minorer la valeur de ces écrits mais pour en souligner la brièveté par rapport aux livres d’Isaïe, de Jérémie, d’Ézéchiel et de Daniel.

 

1 Le livre d’Osée (Os)

14 chapitres

 

Seul prophète né dans le royaume du nord, Osée exerce son ministère entre 786 et 724 AC, c’est-à-dire pendant une période  très sombre pour Israël : conquêtes assyriennes de 734 à 732, révoltes intérieures (quatre rois assassinés en 15 ans), corruption religieuse et morale…

Tout le message d’Osée  repose sur le thème fondamental du mariage de Yahvé et d’Israël, un mariage sans cesse trahie par une volage  et adultère Israël.

Osée s’en prend  avant tout aux classes dirigeantes de la société : les rois choisis contre la volonté de Dieu qui ont, par leur politique séculière, dégradé le peuple élu ; les prêtres ignorants et rapaces qui conduisent le peuple à sa perte ; les cultes païens de Baal et d’Astarté auxquels on associe celui de Yahvé à Béthel.

Le châtiment est inévitable mais si Dieu punit, c’est pour sauver et non pour anéantir : Israël dépouillé et humilié se souviendra du temps où il était fidèle et Yahvé  accueillera son peuple repentant qui jouira alors du bonheur et de la paix.

Le livre d’Osée a eu une influence profonde dans l’Ancien Testament et on retrouve son écho dans les exhortations des prophètes qui le suivent et qui appellent à une religion du cœur, inspirée par l’amour de Dieu. Jérémie a été très influencé par Osée.

L’image matrimoniale des relations entre Yahvé et son peuple a été reprise par ailleurs par Jérémie, Ézéchiel et Isaïe.

Le Nouveau Testament cite ou s’inspire souvent d’Osée et reprend notamment l’image du mariage divino-humain pour l’appliquer aux rapports entre le Christ et son Église.

 

2 Le livre de Joël (Jl)

4 chapitres

 

Écrit à la fin du courant prophétique, vers 400 AC, ce livre est une composition faite pour être lue. Ses attaches avec le culte sont évidentes.

Il se divise en deux parties :

– dans la première partie, une invasion de sauterelles ravage Juda et entraîne une liturgie de deuil et de supplication. Dieu y répond en promettant la fin du fléau et le retour à l’abondance.

– La seconde partie décrit dans un style apocalyptique le jugement des nations et la victoire définitive de Yahvé et d’Israël.

L’unité entre ces deux parties est assurée par la référence au Jour de Yahvé.

Les sauterelles sont l’armée de Yahvé lancée pour exécuter son jugement le Jour de Yahvé qui ouvrira les temps eschatologiques.

L’effusion de l’Esprit prophétique sur tout le peuple de Dieu à l’ère eschatologique répond au souhait de Moïse.

Le Nouveau Testament considère que l’annonce s’est réalisée lors de la venue de l’Esprit sur les Apôtres : Joël est le prophète de la Pentecôte par excellence et Pierre citera tout le passage de Joël sur la venue de l’Esprit.

Prophète de la Pentecôte, Joël est aussi celui de la pénitence et ses invitations au jeûne et à la prière entreront naturellement dans la liturgie chrétienne du Carême.

 

3 Le livre d’Amos (Am)

9 chapitres

 

Il prêche dans une période de prospérité pour Israël soit vers 765 et 750 AC.

C’est un simple paysan de Juda qui fustige avant tout les injustices sociales : les riches s’enrichissent et les pauvres s’appauvrissent sous le règne de  Jéroboam II.

Le luxe des grands insulte la misère des opprimés et la splendeur du culte masque l’absence d’une religion vraie.

Dès lors, avec la rudesse fière et simple d’un paysan, Amos met en garde : Dieu châtiera durement Israël. Le Jour de Yahvé sera jour de ténèbres et non de lumière.

Cependant Amos entrevoit une petite espérance : la perspective d’un salut pour la maison de Jacob, pour le « reste » (1er emploi prophétique de ce terme) de Joseph.

 

4 Le livre d’Abdias (Ab)

1 chapitre

 

C’est le plus court des livres prophétiques avec 21 versets et cependant il pose bien des difficultés aux exégètes qui le datent entre le IXe et le VIe siècle AC.

La prophétie annonce le châtiment des Édomites qui avaient profité de la ruine de Jérusalem pour envahir la Judée méridionale.

C’est un cri passionné de vengeance dont l’esprit nationaliste contraste avec l’universalisme de la seconde partie d’Isaïe par exemple.

Mais la prophétie exalte aussi la justice terrible de Yahvé qui agit comme défenseur du droit.

 

5 Le livre de Jonas (Jon)

4 chapitres

 

Sans doute le plus connu des prophètes du fait de son séjour dans le ventre d’un gros poisson, Jonas présente  la particularité  d’adresser un appel à la repentance à des ennemis d’Israël, les habitants de Ninive, et de le faire en outre de très mauvais gré !

Il s’agit d’un récit didactique et son enseignement marque  l’un des sommets de l’Ancien Testament.

Brisant avec une interprétation étroite des prophéties, il affirme que les menaces sont l’expression d’une volonté miséricordieuse de Dieu qui n’attend que la manifestation du repentir pour accorder son pardon : les décrets de destruction sont toujours conditionnels. Ce que veut Dieu, c’est la conversion.

Ce livre prêche un universalisme extraordinairement ouvert.

Tous les personnages du récit sont sympathiques : les marins païens du naufrage, le roi, les habitants de Ninive et même les animaux de Ninive, tous…. Sauf le seul Israélite du récit, prophète de surcroît, Jonas !

Dieu sera indulgent pour son prophète obstiné et rebelle mais surtout sa miséricorde s’étendra à l’ennemie honnie d’Israël, Ninive.

On est très proche du Nouveau Testament : Dieu n’est pas seulement le Dieu des Juifs, il est aussi le Dieu des païens car il n’y a qu’un seul Dieu.

Les chrétiens verront dans Jonas enfermé dans le ventre du monstre l’image du séjour du Christ au tombeau.

 

6 Le livre de Michée (Mi)

7 chapitres

 

Ce prophète est le seul qui s’adresse à la fois à Israël et à Juda.

Il était originaire de Moréshèt, à l’ouest d’Hébron (royaume de Juda)) et a exercé son ministère sous les rois Achaz et Ézéchias, c’est-à-dire avant et après la prise de Samarie en 721 AC et peut-être jusqu’à l’invasion de Sennachérib en 701 AC.

Il fut donc le contemporain d’Osée et d’Isaïe.

Ses origines paysannes le rendent proche d’Amos dont il partage l’aversion pour les grandes cités, le langage concret voire brutal, le goût des images rapides et des jeux de mots.

Le livre se partage en quatre parties où alternent menaces et promesses.

Michée porte la parole de Dieu avec assurance : il fait le procès du peuple dont il fustige avant tout les fautes morales : riches accapareurs, créanciers impitoyables, commerçants voleurs, familles divisées, prêtres et prophètes cupides, juges vénaux…

Or, Dieu exige le contraire :

« accomplir la justice, aimer avec tendresse et marcher humblement avec Dieu » (Mi 6, 8),

phrase magnifique qui rappelle Osée.

Le châtiment de Dieu s’abattra donc sur son peuple : la ruine de Samarie est annoncée, celle des cités du Bas-Pays où vit Michée, celle même de Jérusalem qui deviendra un monceau de décombres…

 

Cependant Michée garde une espérance : il reprend la doctrine du « reste » ébauchée par Amos et annonce le premier que le lieu de naissance du Roi pacifique qui fera paître le troupeau de Yahvé sera Bethléem-Ephrata « petite parmi les clans de Juda » (Mi 5, 1).

C’est ce texte de Michée que le Nouveau Testament a surtout retenu.

 

7 Le livre de Nahum (Na)

3 chapitres

 

Prophète du VIIe siècle AC, Nahum a laissé un message centré sur l’annonce de la chute de Ninive, capitale du tyrannique Empire assyrien.

Le style employé par Nahum en fait un des plus grands poètes d’Israël.

Sa prophétie est un peu antérieure à la prise de Ninive en 612 AC. On y sent frémir la passion d’Israël contre l’ennemi héréditaire, le peuple d’Assur ; on y entend chanter les espoirs qu’éveille sa chute.

Au-delà du nationalisme violent s’exprime un idéal de justice et de foi. Car la ruine de la cité assyrienne est un jugement de Dieu qui punit les ennemis du plan divin, les oppresseurs d’Israël et de tous les peuples.

La prophétie de Nahum alimenta certainement les espoirs d’Israël vers 612, mais la joie fut de courte durée et la ruine de Jérusalem suivit de peu celle de Ninive.

Nahum est le seul prophète dont le message ne se termine pas sur une parole de consolation.

 

8 Le livre d’Habaquq (Ha)

3 chapitres

 

La courte prophétie d’Habaquq prend la forme d’un dialogue entre le prophète et Dieu et a sans doute été écrite entre la bataille de Karkémish en 605 AC, qui a livré le Proche-Orient à Nabuchodonosor et le premier siège de Jérusalem en 597.

Habaquq serait de peu postérieur à Nahum mais contemporain de Jérémie.

Ce prophète apporte une note nouvelle : il ose demander compte à Dieu de son gouvernement du monde.

Oui Juda a péché, mais pourquoi Dieu qui est saint, qui a les yeux trop purs pour voir le mal, a-t-il choisi des Chaldéens barbares et cruels pour exercer sa vengeance contre son peuple infidèle ? Pourquoi faut-il punir le méchant par plus méchant que lui ? Pourquoi Dieu semble-t-il aider au triomphe de la force injuste ?

C’est le scandale du Mal que pose Habaquq, un scandale qui est aussi le problème de  bien des hommes de notre temps.

À Habaquq comme aux hommes de notre temps Dieu adresse sa réponse : par des voies paradoxales, le Dieu tout-puissant prépare la victoire finale du droit,

« et le juste vivra par sa fidélité. » (Ha 2, 4),

une annonce magnifique que saint Paul enchâssera dans sa doctrine pour la foi.

 

9 Le livre de Sophonie (So)

3 chapitres

 

D’après le chapitre 1 du livre, Sophonie a prophétisé sous le roi de Juda, Josias.

En analysant ses attaques contre les modes étrangères et les faux dieux, ses reproches aux ministères et son silence sur le roi, on peut en conclure que ses prophéties ont eu lieu avant la réforme religieuse et pendant la minorité de Josias, donc entre 640 et 630 AC juste avant que ne commence le ministère de Jérémie.

Le message de Sophonie se résume à une annonce du Jour de Yahvé, une catastrophe qui atteindra toutes les nations dont Juda.

Juda est condamné pour ses fautes religieuses et morales inspirées par l’orgueil et la révolte contre Dieu.

Sophonie a une interprétation très profonde du péché qui annonce celle de Jérémie. Pour lui, le péché est une atteinte personnelle au Dieu vivant.

Dès lors, le châtiment des nations est un avertissement qui devrait ramener le peuple à l’obéissance et à l’humilité, et le salut n’est promis qu’à un « petit reste » humble et modeste.

 

Le livre de Sophonie n’a eu qu’une influence restreinte et n’est utilisé qu’une fois dans le Nouveau Testament mais sa description du Jour de Yahvé a inspiré celle de Joël et a fourni au Moyen-Âge les paroles du début du Dies Irae.

 

10 Aggée (Ag)

2 chapitres

 

Avec Aggée commence la dernière période prophétique, celle du retour d’Exil.

Le changement de ton est frappant : avant l’Exil, l’antienne des prophètes était la punition ; pendant l’Exil, elle était devenue la Consolation ; au retour d’Exil, elle se mue en Restauration.

 

Aggée arrive à un moment décisif dans la formation du judaïsme : la naissance d’une nouvelle communauté en Palestine. Ses brèves exhortations sont datées de la fin d’août au milieu de décembre 520 AC.

Les premiers Juifs rentrés de Babylonie pour reconstruire le Temple se sont découragés : les prophètes Aggée et Zacharie qui exercent leur ministère ensemble vont se charger de réveiller les énergies défaillantes et vont pousser le gouverneur Zorobabel et le grand prêtre Josué à reprendre la reconstruction du Temple, ce qui est chose faite en septembre 520 AC.

En effet, la construction du Temple est présentée comme  la condition de la venue de Yahvé et de l’établissement de son règne ; l’ère du Salut eschatologique pourra alors s’ouvrir.

Ainsi se cristallise autour du sanctuaire l’espérance messianique que Zacharie va exprimer beaucoup plus nettement.

 

11 Zacharie (Za)

14 chapitres

 

Zacharie commence à prophétiser en novembre 520 AC en compagnie d’Aggée.

Comme Aggée, Zacharie se préoccupe de la reconstruction du Temple mais en faisant une part plus large à la restauration nationale et à ses exigences de pureté et de moralité.

En outre, l’attente eschatologique est beaucoup plus pressante dans ses visions que dans celles d’Aggée.

La restauration doit ouvrir une ère messianique où le sacerdoce représenté par Josué sera exalté mais où la royauté sera exercée par un mystérieux serviteur nommé « le Germe »

(Za 3, 8).

Zacharie fait donc renaître la vieille idée du messianisme royal mais en l’associant aux préoccupations sacerdotales d’Ézéchiel dont l’influence est évidente : rôle prépondérant des visions, tendance apocalyptique, souci de pureté.

 

La seconde partie du livre de Zacharie est totalement différente. Il n’est plus question de Zacharie, de Josué, de Zorobabel ou de la construction du Temple.

Le style est aussi très différent, Assur et l’Égypte sont souvent mentionnées et symbolisent tous les oppresseurs.

On pense que les chapitres 9 à 14 ont été écrits dans les dernières décennies du IVe siècle AC.

Y sont décrits en termes apocalyptiques les épreuves et les gloires de la Jérusalem des derniers temps.

Cette seconde partie du livre est importante par sa doctrine messianique assez peu unifiée : relèvement de la maison de David, attente d’un Roi messie humble et pacifique, annonce d’un mystérieux Transpercé, théocratie guerrière à la manière d’Ézéchiel.

Ces traits s’harmoniseront dans la personne du Christ.

Le Nouveau Testament et notamment les évangélistes Matthieu et Marc citent souvent ces chapitres de Zacharie.

 

12 Malachie (Ml)

3 chapitres

 

La prophétie de Malachie se situe au Ve siècle AC, alors que l’empire perse domine le Moyen-Orient et que le rétablissement du culte a été restauré dans le Temple reconstruit.

C’est un livre anonyme car « Malachie » signifie « Mon Messager ».

À l’époque de sa rédaction, l’élan qu’avaient donné Aggée et Zacharie est brisé et la communauté se laisse aller. Malachie dénonce donc les fautes cultuelles des prêtres et des fidèles ainsi que le scandale des mariages mixtes et des divorces.

Il annonce le Jour de Yahvé qui purifiera les membres du sacerdoce, dévorera les méchants et assurera le triomphe des justes.

Le prophète rappelle qu’on ne se moque pas de Dieu et que celui-ci exige de son peuple religion intérieure et pureté.

Il attend la venue de l’Ange de l’Alliance préparée par un mystérieux envoyé dans lequel Matthieu a reconnu Jean le Baptiste, le Précurseur.

 

« Car voici : le Jour vient, brûlant comme un four. Ils seront de la paille, tous les arrogants et malfaisants ; le Jour qui arrive les embrasera – dit Yahvé Sabaot – au point qu’il ne leur laissera ni racine ni rameau. Mais pour vous qui craignez mon Nom, le soleil de justice brillera, avec la guérison dans ses rayons ; vos sortirez en bondissant comme des veaux à l’engrais. Vous piétinerez les méchants, car ils seront de la cendre sous la plante de vos pieds, au Jour que je prépare, dit Yahvé Sabaot. » (Ml 3, 19-21)