Les évangiles synoptiques


INTRODUCTION 

Chacun des quatre premiers livres du Nouveau Testament porte le nom de son auteur :

– Matthieu (Mt)

– Marc (Mc)

– Luc (Lc)

– Jean (Jn)

 

Bien qu’on appelle les livres de Matthieu, Marc, Luc et Jean les quatre Évangiles, il s’agit en réalité de quatre récits du même Évangile.

Les trois premiers : Matthieu, Marc et Luc sont appelés « synoptiques » de deux termes grecs signifiant pour l’un « ensemble » et pour l’autre « voir ».

En effet, ces trois livres ont une narration très semblable qui permet de les « voir ensemble » et de les comparer. Utiliser une synopse permet de saisir d’un coup d’œil les diverses parties d’un ensemble.

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Depuis le XVIIème siècle et Spinoza, la critique scientifique des textes bibliques s’enrichit de façon exponentielle de multiples hypothèses quant à l’élaboration des évangiles mais aujourd’hui encore, rien n’est certain s’agissant de la datation de ces écrits.

On peut seulement dire que les Épîtres de St Paul sont antérieures aux Évangiles.

En ce qui concerne les évangiles synoptiques, la ressemblance fréquente de certains passages a très tôt donné lieu à une théorie dite « des deux sources ».

En effet, Matthieu et Luc ont en commun des passages de Marc ainsi que d’autres passages qui, eux, sont absents chez Marc, d’où l’hypothèse d’une seconde source, inconnue, nommée Q.

Par ailleurs, chacun des synoptiques possède des éléments qui lui sont propres.

 

Il apparaît que l’enseignement du Christ fut d’abord prêché par ses disciples qui s’efforçaient de retenir ses paroles :

« […] Il faut se souvenir des paroles du Seigneur Jésus, qui a dit lui-même :

Il y a plus de bonheur à donner qu’à recevoir. » (Ac XX, 35)

ce qui traduit une diffusion de cet enseignement à trois niveaux différents :

– les paroles dites par le Christ lui-même lors de son ministère,

– les mêmes paroles rappelées par ses disciples et les successeurs de ses disciples après son retour au Père,

– enfin, en dernier lieu, la rédaction manuscrite de ces paroles sachant que tout le Nouveau Testament fut écrit entre 35 et 100 après Jésus-Christ (dont la mort est à peu près fixée à l’an 28 de l’ère chrétienne.

 

Les premiers chrétiens ont très vite écrit sur les évangiles et deux ont joué un rôle très important dans l’analyse des synoptiques :

– Clément d’Alexandrie,

– Papias.

Tous deux sont des Pères apostoliques, c’est-à-dire qu’ils représentent la deuxième génération de chrétiens venant après les apôtres.

Entre ces deux auteurs dont les manuscrits se sont perdus et nous, Eusèbe de Césarée servit de truchement.

Eusèbe de Césarée, né vers 265 et mort vers 340, est l’auteur de l’ouvrage Histoire ecclésiastique. Il y recueille divers témoignages, pour certains perdus aujourd’hui, sur les Évangiles. Parmi ceux-ci, ceux de Papias et de Clément d’Alexandrie.

 

¨ Papias, évêque de Hiérapolis en Phrygie (avant 130) écrivit cinq livres d’Explications des oracles du Seigneur, dont nous ne connaissons que les extraits cités par Eusèbe dans son Histoire ecclésiastique.

S’agissant des auteurs des évangiles synoptiques, voici ce qu’écrivit Papias tel que le rapporta Eusèbe :

 

« Marc, qui était l’interprète de Pierre, a écrit avec exactitude, mais pourtant sans ordre, tout ce dont il se souvenait de ce qui avait été dit ou fait par le Seigneur. Car il n’avait pas entendu ni accompagné le Seigneur, mais plus tard, comme je l’ai dit, il a accompagné Pierre. Celui-ci donnait ses enseignements selon les besoins, mais sans faire une synthèse des faits et gestes du Seigneur. De la sorte, Marc n’a pas commis d’erreur en écrivant comme il se souvenait. Il n’a eu, en effet, qu’un seul dessein, celui de ne rien laisser de côté de ce qu’il avait entendu et de ne tromper en rien dans ce qu’il rapportait. »

 

« Matthieu réunit donc en langue hébraïque les faits et gestes du Seigneur et chacun les traduit comme il en était capable. »

 

¨ Clément d’Alexandrie, né vers 150 et mort avant 215, fut après sa conversion le disciple de Panthène qui dirigeait l’académie d’Alexandrie et auquel il succéda.

Eusèbe rapportant les écrits de Clément et parlant de Panthène écrit :

 

« On dit qu’il alla dans les Indes, on dit encore qu’il trouva sa venue devancée par l’Évangile de Matthieu, chez certains indigènes du pays qui connaissaient le Christ : à ces gens-là, Barthélémy, un des apôtres, aurait prêché et il leur aurait laissé, en caractères hébreux, l’ouvrage de Matthieu, qu’ils avaient conservé jusqu’au temps dont nous parlons. »

 

Commentant le livre de Clément d’Alexandrie Les Hypotyposes écrit vers l’an 200, voici ce qu’écrit Eusèbe :

« Dans le même livre, Clément expose la tradition des presbytres (anciens et souvent chefs des premières communautés chrétiennes) qui se sont succédés dès le commencement. S’agissant de l’ordre des évangiles, voici le rapport de Clément :

Ceux des évangiles qui contiennent les généalogies, ont été écrits avant les autres. Quant à Marc, la chose s’est passée ainsi : Comme Pierre prêchait la parole à Rome et qu’animé de l’Esprit il exposait l’Évangile, ses auditeurs qui étaient en grand nombre prièrent Marc, qui l’avait accompagné de plus loin et qui se souvenait des choses dites par lui, de les mettre par écrit et, après qu’il aurait composé l’évangile, de le remettre à ceux qui le lui demandaient. Ce que Pierre ayant connu, il ne s’empressa ni de l’empêcher, ni de l’encourager.

Jean, le dernier, ayant constaté que les choses corporelles (τὰ σωματικά) avaient été publiées dans les évangiles, pressé par les notables et poussé par l’Esprit, composa un évangile spirituel (πνευματικὸν εὐαγγέλιον). »

 

 

Ainsi, dès les débuts du christianisme, les chrétiens s’efforcent de déterminer l’ordre de rédaction des quatre évangiles.

 

En 397, le Concile de Carthage fixe définitivement la liste des 27 livres du Nouveau Testament et rejette les autres livres comme « apocryphes ».

Saint Jérôme regroupe l’Ancien et le Nouveau Testament dans un seul livre qu’il traduit en latin : il s’agit de la Vulgate, livre inspiré par l’Église qui nécessita à son auteur 23 ans de travail assidu entre 382 et 405.

St Jérôme est un contemporain de St Augustin avec lequel il eut d’ailleurs des relations extrêmement tendues.

 

 

 

LES TROIS ÉVANGILES SYNOPTIQUES

MATTHIEU

 

  MATTHIEU ET L’ANGE/ Guido Reni

  (v 1635 Musées du Vatican Rome)

 

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C’est un des apôtres, il est douanier à Capharnaüm et s’appelle Lévi. Il a un véritable talent pédagogique, c’est un  scribe rompu aux méthodes juives et il s’adresse avant tout aux chrétiens d’origine juive. C’est pourquoi il insiste particulièrement sur l’accomplissement des Écritures en se référant à 130 citations de l’Ancien Testament -et notamment à des textes d’Isaïe- dont 43 explicites.

Conformément à la tradition juive, il ne prononce pas le nom divin mais parle beaucoup  du Royaume des Cieux.

 

C’est l’évangile le plus structuré et le plus complet. Il est rédigé dans un grec plus correct que celui de Marc et a été reçu par l’Église naissante avec une faveur marquée.

Matthieu évacue l’anecdotique, y compris d’ailleurs les sentiments humains du Christ car pour lui, le Christ est avant tout le Seigneur.

Matthieu ne conserve qu’un seul sentiment humain quand il parle de Jésus ému de compassion/ remué aux entrailles (Mt IX, 36 ; XIV, 14 ; XV, 32 ; XX, 34) parce que ces expressions renvoient au Dieu de l’Ancien Testament : Osée, XI, 8.

Matthieu s’attache à démontrer que le Christ enseigne la Loi Nouvelle, qu’il accomplit.

Son évangile procède par alternance de discours et de récits et l’évangéliste passe d’un genre à l’autre en utilisant la formule : et il advint…

 

 

Plan de l’évangile :

* Chapitres I à IV : Inauguration du Royaume des Cieux (enfance et début du ministère de Jésus)

* Chapitres V à VII : Promulgation du Royaume des Cieux

* Chapitres VIII à X : Prédication du Royaume des Cieux

* Chapitres XI à XIII : Mystère du Royaume des Cieux

* Chapitre XIV à XVIII : L’Église, prémices du Royaume des Cieux

* Chapitres XIX à XXV: Avènement du Royaume des Cieux

* Chapitres XXVI à XXVIII : Mort et Résurrection du Seigneur.

 

Le sermon sur la montagne (V à VII) est un discours propre à Matthieu et comme un résumé de son évangile.

 

 

MARC

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 ST MARC/ VERONESE/Eglise San Sebastiano Venise/ 1555

 

Marc est disciple de Pierre. Il est le Jean Marc cité dans les Actes des apôtres au chapitre XII, 12 : celui qui retourne chez sa mère dans Ac XIII, 5.

Il s’adresse à des chrétiens d’origine non juive et qui n’habitent pas la Palestine. Son évangile ne se réfère jamais à la Loi.

Marc traduit les mots araméens et explique le judaïsme à ses lecteurs.

La foi qu’il annonce n’est pas une foi tranquille, elle oblige à prendre des risques. On pense qu’il a peut-être assisté au martyr de Pierre en 64.

L’évangéliste s’exprime dans un grec populaire et vigoureux. Il utilise un style direct et insiste sur les détails de la vie du Christ en accusant ainsi les traits éminemment humains du Christ.

 

On a coutume de dire que le plan de cet évangile est annoncé dès  la première ligne :

Commencement de l’Évangile de Jésus, Christ, Fils de Dieu (Mc I, 1)

Le texte comporterait en conséquence deux parties :

* Chapitres I à VIII : Jésus

* Chapitres IX à XVI : Fils de Dieu

L’évangile de Marc comporte peu de discours et beaucoup de paraboles. Il se lit vite.

 

Il faut noter que si l’histoire du jeune homme riche est relatée par Matthieu, Marc et Luc, Marc est le seul à noter que Jésus aima le jeune homme.

 

 

 

LUC

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ST LUC/ BENEDETTO BONFIGLI v1450-1453/ Pérouse, Galerie Nationale de l’Ombrie

Luc n’est ni palestinien, ni juif semble-t-il. C’est un homme cultivé s’exprimant dans un grec raffiné et se présentant comme un historien. On sait qu’il est médecin et disciple de Paul qu’il accompagne à Troas (Col IV, 14). Il est aussi l’auteur des Actes des apôtres.

Il écrit pour des chrétiens d’origine païenne et de culture grecque.

Il manifeste une grande délicatesse envers les pauvres, les femmes, les pécheurs ce qui fait que son évangile a été appelé évangile de la miséricorde et que le grand poète italien Dante disait de Luc qu’il était l’évangéliste de la tendresse de Dieu.

Son style est clair et élégant et il manifeste un grand souci théologique en insistant sur l’infini amour de Dieu pour les hommes.

Pour Luc, le temps du Christ est inséparable de celui de l’Église.

Luc utilise beaucoup le chiffre 2, celui du couple :

– Jean-Baptiste et Jésus

– Zacharie et Elisabeth

– Marthe et Marie

– les deux fils dans la parabole du fils prodigue

– le pharisien et le publicain

– les maudits et les bienheureux

– les deux larrons…

 

Par ailleurs, l’évangéliste accorde beaucoup de place à l’Esprit Saint : lors de l’Annonciation, de la Visitation, de la Présentation.

Sont propres à Luc les paraboles sur la miséricorde, celle du bon Samaritain, du fils prodigue ainsi que les récits du pauvre Lazare et des disciples d’Emmaüs.

Enfin Luc est avec Matthieu le seul à évoquer la prière du Notre Père (Lc XI, 2-4 ; Mt VI, 9-13).