L’évangile selon saint Jean

Le quatrième évangile a exercé une profonde influence sur l’Église.1

Clément d’Alexandrie (vers 150 – † vers 220) le qualifiait « d’évangile le plus spirituel » et il est vrai qu’il est le fruit d’une longue réflexion sur le mystère de Dieu, sur son Incarnation, sur sa nature divine et humaine et sur sa mission.

Jean annonce dans sa première conclusion le but de cet évangile :

« Jésus a fait sous les yeux de ses disciples encore beaucoup d’autres signes, qui ne sont pas écrits dans ce livre. Ceux-là ont été mis par écrit, pour que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et pour qu’en croyant vous ayez la vie en son nom. » (Jn 20, 30-31)

 

On distingue quatre parties dans cet évangile :

– le Prologue : il s’agit de la clef de lecture et de compréhension de l’évangile tout entier et cette clef est le Logos, le Verbe incarné.

– l’appel des disciples,

– le Livre des Signes (miracles)

– le Livre de la Gloire.

 

Tout le récit de Jean, homme entier s’il en fut,  est orienté vers cette dichotomie : ou la foi ou l’incrédulité ; ou le Salut ou la perdition. Une certitude que reprendra saint Paul en termes terribles :

« Car nous sommes bien, pour Dieu, la bonne odeur du Christ parmi ceux qui se sauvent et parmi ceux qui se perdent ; pour les uns, une odeur qui de la mort conduit à la mort ; pour les autres, une odeur qui de la vie conduit à la vie. » (2 Co 2, 15-16)

 

 

Nous parcourrons l’évangile de saint Jean en nous intéressant à quatre points :

– Qui est Jean l’Évangéliste ?

– Saint Jean et Moïse

– Saint Jean et la divinité du Christ

– Saint Jean et les Signes accomplis par le Christ.

 

1 QUI EST SAINT JEAN ?

 

Un certain nombre d’exégètes modernes ont remis en cause l’enseignement de la Tradition en niant que le plus jeune disciple du Christ, Jean, fils de Zébédée et frère de Jacques pût être l’évangéliste. Cependant rien ne permet d’abonder dans leur sens en l’état actuel des recherches.

« Jean (dont le nom signifie le Seigneur a fait grâce), fils de Zébédée et frère de Jacques était en train de réparer des filets sur la rive du lac de Tibériade, quand Jésus l’appela avec son frère (Mt 4, 21 ; Mc 1, 19). Jean appartient aussi au petit groupe que Jésus emmène avec lui en des occasions particulières. Il se trouve avec Pierre et Jacques quand Jésus, à Capharnaüm, entre dans la maison de Pierre pour guérir sa belle-mère (Mc 1, 29) ; avec les deux autres il suit le Maître dans la maison du chef de la synagogue, Jaïre, dont la fille sera rendue à la vie (Mc 5, 37). Il suit le Christ lorsqu’il gravit la montagne pour être transfiguré (Mc 9, 2) ; il est à ses côtés sur le Mont des Oliviers lorsque, devant l’aspect imposant du Temple de Jérusalem, Jésus prononce le discours sur la fin de la ville et du monde pour prier le Père avant la Passion (Mc 14, 33). Peu avant  Pâque, lorsque Jésus choisit deux disciples pour les envoyer préparer la salle pour la Cène, c’est à lui et à Pierre qu’il confie cette tâche (Mc 22, 8). […]

 

Jean est le disciple bien-aimé qui, dans le Quatrième Évangile, pose sa tête sur la poitrine du Maître au cours de la dernière Cène (Jn 13, 21), qui se trouve auprès de la Croix avec la Mère de Jésus (Jn 19, 25) et, enfin, qui est le témoin du Tombeau vide, ainsi que de la présence même du Ressuscité (Jn 20, 2 ; 21, 7). […] » (Catéchèse de Benoît XVI, 5 juillet 2006).

 

L’Église d’Orient appelle Jean, « le Théologien », « c’est-à-dire celui qui est capable de parler en termes accessibles des choses divines, en révélant un accès mystérieux à Dieu à travers l’adhésion à Jésus. […]

2Dans l’iconographie byzantine, il est souvent représenté très âgé –selon la Tradition, il mourut sous Trajan – et dans l’acte d’une intense contemplation, presque dans l’attitude de quelqu’un qui invite au silence. En effet, sans un recueillement approprié, il n’est pas possible de s’approcher du mystère suprême de Dieu et de sa révélation. Cela explique pourquoi, il y a des années, le Patriarche œcuménique de Constantinople, Athénagoras, affirma : Jean est à l’origine de notre plus haute spiritualité. Comme lui, les silencieux connaissent ce mystérieux échange de cœurs, invoquent la présence de Jean et leur cœur s’enflamme. […] » (Ibid)

 

 

 

 

En Occident, on représente plus souvent Jean sous les traits d’un très

jeune homme.

Son symbole est l’aigle parce que c’est le seul oiseau, dit-on, pouvant regarder

le soleil en face. L’aigle représente la combattivité, la lucidité et l’ascension

vers le ciel parce que Jean, en fixant son regard sur le Christ a su découvrir le3

mystère de la vie trinitaire qu’il a révélé dans son Prologue et, partant, dans le

cours de tout son évangile.

Jean Scot Erigène (IXème siècle) a pu écrire au début de son Homélie sur le

Prologue de Saint Jean :

« L’oiseau mystique, celui dont le vol est rapide, celui qui voit Dieu, je veux parler de Jean le Théologien, s’élève donc au-dessus de toute la création visible et invisible, pénètre toute pensée et, déifié, entre dans le Dieu qui le déifie…

Mais Jean plongeant son regard au plus profond de la vérité, au-delà de tout ciel, dans le paradis des paradis, c’est-à-dire dans la cause de toutes choses, a entendu une parole unique ; le Verbe par qui tout a été fait. Il lui a été permis de répéter cette parole et de l’annoncer aux hommes, autant du moins qu’elle peut  être annoncée. Et c’est avec pleine assurance qu’il proclame : Dans le Principe était le Verbe ».

 

On ignore à quelle époque précise Jean quitta Jérusalem mais le témoignage unanime de la première Église nous indique qu’il exerça un ministère prolongé en Asie mineure, à Éphèse notamment. Ainsi, Irénée, presbytre (Ancien) de l’Église de Lyon vers 177, qui avait passé toute sa jeunesse en Asie mineure et était le disciple de Polycarpe, parle du ministère de Jean en Asie conne d’un fait reconnu par tous :

« […] Jean, le disciple du Seigneur, celui qui avait reposé sur son sein (Epistèthios), publia lui aussi l’évangile, lorsqu’il résidait à Éphèse en Asie «  (Irénée, Contre les hérésies,III, 1, 2)

De même Eusèbe (vers 270 – 339) écrit :

« En Asie se sont endormis des hommes qui ont été de grandes lumières, qui ressusciteront au jour de l’apparition du Seigneur, quand il viendra dans la gloire et ressuscitera tous les saints : Philippe, l’un des douze apôtres… et Jean, qui a reposé sur le sein du Seigneur, ,[…]: celui-là dort enterré à Éphèse. » (Eusèbe, Hist. Eccl. V, 24)

 

En ce qui concerne la datation de ce dernier évangile, des fragments de papyrus retrouvés en Égypte ainsi qu’une analyse des faits relatés par Jean permettent de la situer entre les années 80 et 100.

 

2 SAINT JEAN ET MOÏSE

 

Dans le Deutéronome, au chapitre XVIII, Moïse s’adresse sur le mont Nébo, avant de mourir, à la seconde génération des Hébreux ayant quitté l’Égypte :

« […] Le Seigneur ton Dieu suscitera pour toi, du milieu de toi, parmi tes frères, un prophète comme moi, que vous écouterez. […] » (Dt XVIII, 15)

 

Jean, dans son évangile, souligne le parallélisme entre Jésus et Moïse :

« […] Car la Loi fut donnée par l’entremise de Moïse, la grâce et la vérité advinrent par l’entremise de Jésus Christ. […] » (Jn I, 17)

 

La figure de Moïse commande tout l’évangile de Jean qui voit en ce prophète le médiateur entre Dieu et les hommes, tout comme le Christ est désormais le médiateur entre son Père et les hommes.

Ainsi, Moïse accomplit des signes pour que son peuple puisse quitter sa condition d’esclave et partir vers la terre que Dieu lui a promise tandis que Jésus accomplit des signes pour que les hommes croient.

Tous les signes accomplis par le Christ font de lui le nouveau Moïse.

Si Moïse a pu nourrir son peuple dans le désert grâce à la manne envoyée par Dieu, le Christ, lui, s’affirme comme la nouvelle manne :

« […] Quel signe fais-tu donc, pour qu’à sa vue nous te croyions ? Quelle œuvre accomplis-tu ? Nos pères ont mangé la manne dans le désert, selon ce qui est écrit : Il leur a donné à manger du pain venu du ciel. Jésus leur répondit : En vérité, en vérité, je vous le dis, non, ce n’est pas Moïse qui vous a donné le pain qui vient du ciel ; mais c’est mon Père qui vous donne le pain qui vient du ciel, le vrai ; car le pain de Dieu, c’est celui qui descend du ciel et donne la vie au monde. Ils lui dirent alors : Seigneur, donne-nous toujours ce pain-là. Jésus leur dit : Moi, je suis le pain de vie. Qui vient à moi n’aura jamais faim ; qui croit en moi n’aura jamais soif. […] » (Jn VI, 30-35)

 

Tout comme Moïse, le Christ ne dit rien de son propre  chef : tout ce qu’il dit vient du Père.

 

Si Moïse a laissé le Décalogue constitué de dix commandements, le Christ rassemble ces commandements en un seul qui résume toute la Loi mosaïque :

« […] Je vous donne un commandement nouveau : vous aimer les uns les autres ; comme je vous ai aimés, aimez-vous les uns les autres. […] » (Jn XIII, 34)

 

 

3 SAINT JEAN ET LA DIVINITÉ DU CHRIST : ἐγώ εἰμι : « JE SUIS »

 

L’Évangile de saint Jean ne cherche pas à répéter les synoptiques mais à les compléter en apportant des éléments nouveaux et en insistant en particulier sur la divinité du Seigneur.

Pour ce faire, Jean cite le Christ abondamment qui proclame à de multiples reprises dans cet évangile : « JE SUIS ».

 

Le Christ affirme sa divinité par huit fois dans l’évangile de Jean :

– Jn VI, 35 : « Moi, je suis le pain de vie »

– Jn VIII, 12 : « Moi, je suis la lumière du monde »

Jn VIII, 58 : « En vérité, en vérité, je vous le dis, avant qu’Abraham existât, Je Suis. »

– Jn X, 9 : « Moi, je suis la porte. »

– Jn X, 11 : «  Moi, je suis le bon pasteur. »

– Jn XI, 25 : « Moi, je suis la résurrection. »

– Jn XIV, 6 : « Moi, je suis le Chemin, la Vérité et la Vie. »

– Jn XV, 1 : « Moi, je suis la vigne véritable ».

 

Ainsi, le fil rouge qui sous-tend tout l’évangile de saint Jean c’est la manifestation du Fils de Dieu, son Épiphanie qui permet à tout homme d’accéder au Royaume de Dieu en Le suivant, Lui, le Fils, venu apporter à l’homme déchu une nouvelle paternité libératrice, celle de Dieu.

Cette vérité fait la joie de Jean et de tout chrétien. Et cette vérité, c’est le Fils qui nous l’a révélée, « révélé : ἐξηγήσατο » est d’ailleurs le dernier mot du Prologue. (Jn I, 18)

 

4 SAINT JEAN ET LES SIGNES ACCOMPLIS PAR LE CHRIST

 

Jean fait état de huit signes (miracles) du Seigneur dont six lui sont propres :

 

– Les Noces de Cana constituent le premier signe (Jn 2, 1-12).

– La guérison du fils d’un fonctionnaire royal à Cana : 2ème signe (Jn IV, 46-54)

– La guérison d’un infirme à la piscine de Bethesda : 3ème signe (Jn V, 1-18)

– La multiplication des pains : 4ème signe (Jn VI, 1-15)

– Le Christ marche sur la mer : 5ème signe (Jn VI, 16-21)

– Guérison de l’aveugle-né à Jérusalem : 6ème signe (Jn IX, 1-41)

– La résurrection de Lazare : 7ème signe (Jn XI, 1-44)

– La Résurrection du Christ : 8ème signe (Jn XX, 1-10)

 

Il convient de noter certaines particularités de l’évangile de Jean par rapport aux synoptiques :

– Jean est le seul à indiquer que le ministère public du Christ a duré trois ans.

– Certains récits des synoptiques ne sont pas mentionnés : la tentation au désert, l’Ascension, certaines paraboles.

– Jean ne relate pas la Cène mais est le seul à parler du Pain de Vie.

– Jean est le seul à rapporter la conversion de Thomas après la Résurrection et la reconnaissance par ce dernier de la divinité du Christ :

« […] Thomas lui répondit : Mon Seigneur et mon Dieu ! » (Jn 20, 28)

 

 

 

θεὸν οὐδεὶς ἑώρακεν πώποτε· μονογενὴς θεὸς ὁ ὢν εἰς τὸν κόλπον τοῦ πατρὸς ἐκεῖνος ἐξηγήσατο.
Personne n’a jamais vu Dieu ; Dieu Fils unique, qui est dans le sein du Père, nous l’a dévoilé. (Jn I, 18)

 

Le Greco, Saint Jean,

l’évangéliste4