Les Actes des Apôtres

INTRODUCTION

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Les Pères de l’Église ont tous reconnu que l’Évangile selon saint Luc et les Actes des Apôtres émanaient du même auteur, saint Luc.

La langue et la construction littéraire des deux ouvrages sont identiques.

Ainsi la préface des Actes (Ac 1, 1-2) rappelle celle de l’évangile (Lc 1, 1-4) :

 

« J’ai consacré mon premier livre, ô Théophile, à tout ce que

Jésus a fait et enseigné, depuis le commencement jusqu’au jour où,

après avoir donné ses instructions aux apôtres qu’il avait choisis

sous l’action de l’Esprit Saint, il fut enlevé au ciel. » (Ac 1, 1-2)

 

« Puisque beaucoup ont entrepris de composer un récit des évènements qui se sont accomplis parmi nous, d’après ce que nous ont transmis ceux qui furent dès le début témoins oculaires et serviteurs de la Parole, j’ai décidé, moi aussi, après m’être informé exactement de tout depuis les origines d’en écrire pour toi l’exposé suivi, excellent Théophile, pour que tu te rendes bien compte de la sûreté des enseignements que tu as reçus. » (Lc 1, 1-4)

 

Mais qui est Luc ?

La plus ancienne liste des livres du Nouveau Testament, le canon de Muratori, compilé en 170 après JC, mentionne Luc comme « ami de Paul » (Col 4, 14 ; Phil v.24 ; 2 Tim 4, 11).

St Irénée († v. 201) ajoute que Luc fut un collaborateur précieux pour Paul lors de ses activités missionnaires.

Une tradition issue d’Eusèbe de Césarée enseigne que Luc était syrien, originaire d’Antioche, médecin, disciple des Apôtres et qu’il suivit Paul jusqu’à son martyre.

Luc s’avère un excellent écrivain maîtrisant le grec tout en y semant de nombreux hébraïsmes qui révèlent un homme dont la culture biblique est très étendue.

On peut en déduire que Luc était soit un Juif hellénisé, soit un païen  au confluent des cultures juive et grecque.

On le désigne souvent comme le « premier historien du christianisme » ce qui n’enlève rien au fait qu’il est aussi un excellent théologien.

En effet, s’il écrit son double ouvrage dans un souci de vérité historique, c’est dans le seul but de conforter la foi de Théophile (« afin que tu puisses constater la solidité des enseignements reçus » Lc 1, 5) en lui montrant que l’histoire des hommes est traversée et dirigée par l’histoire du salut divin qui lui donne tout son sens.

 

L’auteur est le premier à rassembler dans un recueil unique les vies de Jésus, de Pierre et de Paul. Ce recueil contenait 52 chapitres en deux tomes. Or, dès l’an 200, les manuscrits ont été scindés ce qui a rompu la continuité que l’auteur avait souhaitée. Il ne faut pas oublier que les Actes suivent l’Évangile de St Luc et qu’ils sont la seconde partie d’une œuvre unique.

Luc comprend sa tâche comme celle d’un historien : il souhaite rendre compte de l’héritage laissé par le Christ.

 

 

PLAN

 

L’évangile de Luc s’achève là où commence les Actes des Apôtres : par le récit de  l’Ascension du Seigneur que Luc mentionne donc deux fois sous deux angles différents :

 

– dans son évangile, Luc mentionne le Christ se séparant des apôtres en les bénissant :

« Puis il les emmena jusque vers Béthanie et, levant les mains, il les bénit. Et il advint, comme il les bénissait, qu’il se sépara d’eux et fut emporté au ciel. Pour eux, s’étant prosternés devant lui, ils retournèrent à Jérusalem en grande joie, et ils étaient constamment dans le Temple à bénir Dieu » (Lc 24, 50-53)

 

– dans les Actes, Luc relève que le Christ part en confiant une mission à ses disciples :

« Vous serez alors mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre. À ces mots, sous leurs regards, il s’éleva, et une nuée le déroba à leurs yeux. […] (Ac 1, 8-9) ».

 

Pour Luc, depuis l’Ascension, Jésus est le Seigneur  caché des hommes et du monde. Il va s’employer à démontrer dans le récit des Actes que ce Seigneur caché agit à travers ses disciples en suivant la géographie tracée par le Ressuscité :

« […] Et vous serez mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre. (Ac 1, 8) ».

 

Les Actes sont importants en ce qu’ils constituent un lien entre les évangiles et les épîtres.

En effet, si les évangiles attendent l’établissement de l’Église, les épîtres, elles, présument que l’Église existe. Sans les Actes, nous ne saurions rien des débuts de l’Église du Christ.

 

On peut suggérer un plan simple des Actes :

– Chapitres 1 à 12 : le cycle de Pierre et la première organisation de l’Église

Ce cycle concerne avant tout les Juifs. Pierre y est très présent avant de disparaître  de façon énigmatique au chapitre 12.

Trois épisodes de ce cycle sont particulièrement importants :

* le martyr d’Etienne (Ac 7),

* l’envoi de Philippe à l’Ethiopien (Ac 8, 26-40),

* la vocation de Paul (Ac 9).

 

– Chapitres 13 à 28 : le cycle de Paul et la fondation de nouvelles Églises

Ce cycle concerne les Gentils (les païens). Ici, mis à part le chapitre 15 où il reparaît, Pierre disparaît totalement et Paul absorbe toute la place. Il faut d’ailleurs noter que, pour montrer qu’il sera l’apôtre des Gentils, ce dernier n’est plus appelé de son nom juif Saul mais qu’il apparaît uniquement sous son nom de citoyen romain donc d’un empire païen : Paul.

Ce cycle comporte quatre parties :

* Les cinq voyages missionnaires de Paul (chap 13-1 à 21-15),

* Paul à Jérusalem (21-16 à 23-32),

* Paul cité à comparaître devant les autorités (chap 23-33 à 26-32),

* Le voyage de Paul à Rome (27-1 à 28-31).

 

 

 

PRINCIPAUX THÈMES DÉVELOPPES DANS LES ACTES

 

Luc montre avant tout la force d’expansion du christianisme. On y assiste à la course de la Parole qui se déploie de Jérusalem jusqu’aux extrémités du monde connu : Rome et est rythmée par des épisodes de croissance extraordinaires (Ac 6-7 ; 12-24 ; 16-5 ; 19-20).

Tout le récit est traversé par la question cruciale du rapport entre le judaïsme et le christianisme. Luc raconte la genèse du christianisme né d’un déchirement au sein du peuple juif tout en affirmant que ses racines se trouvent bien dans l’histoire d’Israël et de ses Écritures.

Les principaux thèmes évoqués sont :

– la foi en Christ,

– la figure du Christ, accomplissement de celle du Serviteur Souffrant évoqué par Isaïe,

– le Christ, nouveau Moïse,

– les Apôtres, figures d’Elie.

 

Par ailleurs, Luc s’efforce de faire de ses récits destinés aux païens un enseignement bâti sur la théodicée, c’est-à-dire sur la Raison.

 

 

L’ESPRIT SAINT

 

C’est l’acteur principal des Actes.

Son souffle court à travers tout le récit de Luc : il y est mentionné soixante-dix fois.

Âme de la vie communautaire et du mouvement missionnaire, il n’a de cesse que le Salut de Dieu soit annoncé à tous, Juifs et Gentils. Il ne se laisse enfermer dans aucun enseignement.

Luc présente l’Esprit Saint comme un nouveau Sinaï dont toutes les nations sont les bénéficiaires.

« Vous recevrez une puissance, celle du Saint Esprit venant sur vous. […] »

(Ac 1, 8)

 

La lecture du récit du don de la Loi au Sinaï (Ex 19, 16-19) qui constitue la Pentecôte juive (Chavouot) puis celle du récit de la Pentecôte chrétienne permettent de comprendre à quel point Luc pensait au Sinaï de l’Exode en racontant la Pentecôte chrétienne.

En effet, l’alliance au Sinaï est le lieu où Israël se découvre comme peuple de Dieu tandis que  c’est dans le feu de la Pentecôte que naît la communauté chrétienne qui reçoit la puissance de l’Esprit comme le Christ l’avait promis (Lc 24, 49).

 

La Pentecôte ouvre la prédication apostolique et une multiplicité de petites Pentecôtes interviennent dans les récits des Actes.

L’Esprit parle à l’esprit de ces premiers chrétiens de toutes origines qui continuent aujourd’hui encore de nous enseigner.

 

Quel enseignement recevons-nous de ces premières Églises ? Que la Bonne Nouvelle est au cœur de l’Église qui vit aujourd’hui encore de son Seigneur. Que nous nous ouvrons aux autres non par altruisme, ni par intérêt, ni même par humanisme mais par un surcroît de vie, une vie que nous communique, ardente et intrépide, la Bonne Nouvelle du Ressuscité dont seul l’Esprit nous permet de goûter tout le sel et que Lui seul nous permet de communiquer à notre tour à ceux qui ont soif de Dieu.