La lettre aux Hébreux et les épîtres catholiques

Hébreu

LA LETTRE AUX HÉBREUX

«À bien des reprises et de bien des manières, Dieu, dans le passé, a parlé à nos pères par les prophètes ; mais à la fin, en ces jours où nous sommes, il nous a parlé par son Fils qu’il a établi héritier de toutes choses et par qui il a créé les mondes.

Rayonnement de la gloire de Dieu, expression parfaite de son être, le Fils, qui porte l’univers par sa parole puissante, après avoir accompli la purification des péchés, s’est assis à la droite de la Majesté divine dans les hauteurs des cieux ; et il est devenu bien supérieur aux anges, dans la mesure même où il a reçu en héritage un nom si différent du leur.» (He, 1-4)

 

La lettre aux Hébreux est une des plus belles épîtres du Nouveau Testament quant à sa pureté d’expression et à sa richesse théologique.

On y trouve de très nombreuses citations de l’Ancien Testament : entre 80 et 90 qui, pour la plupart, sont tirées du Pentateuque, des livres prophétiques et des Psaumes.

 

1° L’auteur

Il n’est pas mentionné ce qui a donné lieu à de multiples hypothèses dès le premier siècle de notre ère.

À Alexandrie, on considérait que Paul en était le rédacteur. Origène (185-254), pour sa part, estimait que si les idées étaient celles de Paul, la langue et la rédaction du texte étaient celles d’un autre.

On a pensé à Luc à cause de certaines ressemblances de style que Clément d’Alexandrie avaient d’ailleurs relevées ou à Silas, collaborateur de Paul.

En Afrique du Nord, Tertullien attribuait la paternité du texte à Barnabas, un lévite originaire de Chypre. On sait que Barnabas fut dès le début de l’ère chrétienne actif dans l’Église de Jérusalem, qu’il y introduisit Paul avant de suivre ce dernier à Antioche.

Mais nous n’avons aucune certitude sur l’identité du rédacteur de cette épître si ce n’est qu’il ne peut s’agir de Paul dont le style est beaucoup trop différent de celui rencontré dans ce texte.

 

2° Le style

L’épître aux Hébreux est rédigé dans le grec le plus pur et le plus soutenu. L’auteur use de jeux de mots et d’assonances qui démontrent qu’il ne peut en aucun cas s’agir d’une traduction en grec d’un texte primitif hébreu.

Les citations empruntées à l’Ancien Testament sont faites exclusivement à partir de la version grecque de la Septante qui l’auteur recopie scrupuleusement.

3° Date de la rédaction

On pense que l’épître a été rédigée entre 68 et 70 car la mention de Timothée et l’absence d’allusion à la destruction du Temple laissent penser que le texte a été écrit avant la chute de Jérusalem en 70.

 

4° Les destinataires

Compte tenu du caractère judaïque très prononcé de l’épître, celle-ci s’adressait à des Juifs de naissance et d’éducation convertis au christianisme. On peut penser qu’il s’agissait de Juifs hellénisés résidant à Jérusalem ou en Palestine et qu’ils étaient tentés de revenir à la foi de leurs Pères ce qui expliquerait le caractère très apologétique de la lettre.

 

5° Le message

L’intention de l’auteur est de démontrer la supériorité de la nouvelle alliance sur l’ancienne alliance. S’adressant à des chrétiens issus du judaïsme, il ne vise que le peuple élu.

C’est la postérité d’Abraham (He 2, 16) que le Fils vient secourir par son incarnation en se présentant à elle comme le souverain sacrificateur parfait et éternel selon l’ordre de Melchisédech (He 7), infiniment supérieur aux sacrificateurs lévitiques. Le Fils, après avoir par sa mort offert le seul sacrifice susceptible de racheter l’humanité, est entré avec son propre sang dans le tabernacle céleste, comme le souverain sacrificateur qui pénètre dans le saint des saints avec le sang des victimes. Se présentant ainsi à Dieu pour abolir le péché grâce à son sacrifice, il procure aux pécheurs cette pureté rituelle qui leur ouvre l’accès à Dieu,  ce que l’auteur appelle perfection

(He 9). Pour l’auteur de l’épître, la loi de l’Ancienne Alliance est une loi rituelle instituant des cérémonies qui ne peuvent procurer la véritable pureté alors que le sacrifice du Christ est un véritable office sacerdotal qui, commencé sur terre, se poursuit dans les cieux.

C’est pourquoi, les chrétiens issus du peuple élu sont exhortés à persévérer dans l’attente confiante, dans l’espérance :

« Gardons indéfectible la confession de l’espérance car celui qui a promis est fidèle» (He 10, 23).

 

 

LES ÉPÎTRES CATHOLIQUES

Elles sont au nombre de sept :

– 1 épître de Jacques (Jc)

– 2 épîtres de Pierre (P)

– 3 épîtres de Jean (Jn)

– 1 épître de Jude (Jude)

 

Elles ont en commun, malgré la diversité des sujets traités, de s’adresser à des communautés chrétiennes en proie à d’intenses combats :

– contre des hérésies,

– contre des débauches,

– ou contre des crispations internes.

Elles visent à apporter des réponses claires et pratiques aux difficultés de ces communautés car le christianisme n’est pas une gnose. Il ne s’adresse pas à un groupe d’initiés mais à tous sans distinction de sexe, de fortune ou de rang social.

Quelle que soit l’épître retenue, le Christ en est l’alpha et l’oméga et c’est vers Lui que les rédacteurs appellent à se tourner.

 

1° L’épître de Jacques

L’auteur n’est pas identifié. On compte trois Jacques dans l’entourage du Christ :

– deux apôtres : Jacques, fils de Zébédée et frère de Jean, qui fut mis à mort sous Hérode en 44

(Ac 12, 2) et Jacques, fils d’Alphée, surnommé le Mineur (Mc 15, 40),

– Jacques « frère de Jésus » (Mt 13, 55 ; Mc 6, 3 ; 1Co 15, 7).

En fait, il n’existe aujourd’hui encore aucun consensus sur l’identité du rédacteur.

On note que l’épître est rédigée dans un grec élégant et use d’un vocabulaire riche. On pense qu’elle a pu être rédigée au tournant du premier siècle et qu’elle s’adressait aux « Douze tribus de la Diaspora », donc à des chrétiens d’origine juive dispersés dans l’empire romain et surtout en Syrie et en Égypte.

L’auteur semble très familier  de la littérature sapientielle que l’on trouve dans l’Ancien Testament ainsi que de l’enseignement du Christ. ;

La lettre ressemble à une grande homélie où les thèmes pastoraux abondent : importance de la miséricorde, efficacité de la prière, nécessité de maîtriser sa langue.

Cependant, au-delà de ces exposés, deux thèmes retiennent l’attention :

– le très sévère avertissement lancé aux riches et la manifestation de l’amour envers les pauvres :

« Le soleil brûlant s’est levé : il a desséché l’herbe et sa fleur tombe, sa belle apparence est détruite. Ainsi se flétrira le riche dans ses démarches ! » (Jc 1, 11).

– une grave mise en garde contre la foi stérile, c’est-à-dire la foi dissociée des œuvres :

« Ainsi en est-il de la foi : si elle n’a pas les œuvres, elle est tout à fait morte. » (Jc 2, 17).

 

2° Les deux épîtres de Pierre

La première épître est attribuée dès les débuts de l’Église à l’apôtre Pierre. Celui-ci la rédige alors qu’il est à Rome avec Marc avant d’y mourir en martyr sous Néron (en 64 ou en 67).

Pierre s’adresse à des chrétiens « de la Diaspora » avant tout issus du paganisme. Son grec est simple mais harmonieux.

Le but de cette lettre est de soutenir la foi de ses destinataires en but à la persécution :

« Heureux, si vous êtes outragés pour le nom du Christ, car l’Esprit de gloire, l’Esprit de Dieu repose sur vous » (1P 4, 14)

 

La seconde épître, quoique attribuée à Pierre, ne saurait être de l’apôtre : la langue employée et le style sont beaucoup trop différents. Les exégètes contemporains pensent que sa rédaction a eu lieu vers le milieu du IIème siècle.

Les destinataires de la lettre sont d’origine païenne ou juive.

Le message principal est la fidélité radicale au message central du Christ même si la Parousie tant attendue par les premiers chrétiens tarde à se manifester :

« Puisque toutes ces choses se dissolvent ainsi, quels ne devez-vous pas être par une sainte conduite et par les prières, attendant et hâtant l’avènement du Jour de Dieu, où les cieux enflammés se dissoudront et où les éléments embrasés se fondront. Ce sont de nouveaux cieux et une terre nouvelle que nous attendons selon sa promesse, où la justice habitera. » (2P 3, 11-13)

 

3° Les trois épîtres de Jean

Elles sont toutes trois rédigées par l’apôtre et il s’agit de lettres théologiques sans doute écrites en réaction contre certaines hérésies qui se faisaient déjà jour, notamment contre des gnostiques.

– La première lettre s’adresse aux communautés d’Asie menacées d’éclatements liés à des hérésies diverses. L’épître  est profondément marquée par le dualisme « lumière/ténèbres », « vérité/mensonge ».

L’épître rappelle que le Christ est vrai Dieu ET vrai homme et que le disciple doit  suivre son exemple. Elle contient l’affirmation la plus belle de toute la Bible :

« Car Dieu est amour » (1 Jn 4, 8).

 

– La deuxième épître met en garde contre les faux docteurs qui nient  la réalité de l’Incarnation :

« C’est que beaucoup de séducteurs se sont répandus dans le monde, qui ne confessent pas Jésus Christ venu dans la chair. Voilà bien le Séducteur, l’Antichrist. » (2 Jn, 7)

 

– La troisième épître, brève comme la deuxième, vise à résoudre un problème d’autorité particulier à une Église ».

 

 

4° L’épître de Jude

Cette épître est tardive puisqu’elle peut être datée de la fin de l’âge apostolique.

L’auteur connaît les sources juives et stigmatise à nouveau les faux docteurs qui mettent en péril la foi chrétienne par leurs agissements blasphématoires et  pervers :

« Mais vous, bien-aimés, construisez votre vie sur votre foi très sainte, priez dans l’Esprit Saint,

gardez-vous dans l’amour de Dieu, attendant la miséricorde de notre Seigneur Jésus Christ en vue de la vie éternelle. Ceux qui sont hésitants, prenez-les en pitié ; d’autres, sauvez-les en les arrachant au feu ; d’autres enfin, prenez-les aussi en pitié, mais avec crainte, en détestant jusqu’au vêtement souillé par leur chair. » (Jude 20-23)