Quand l'étranger frappe à nos
portes
Info Église novembre 2004
|
Le Comité épiscopal des migrations et des gens du voyage et le Service national de la pastorale des migrants a publié une série de fiches « offrant des éléments utiles au discernement afin que l’engagement auprès des migrants en quête de solidarité, continue de se déterminer en fidélité à l’Évangile et à la tradition de l’Église. » Nous publierons certaines de ces fiches dans les numéros à venir. Voici déjà leur présentation. Au cours de l’automne 2002, l’Église catholique fut, en plusieurs endroits, sollicitée par des personnes sans papiers, ou demandeurs d’asile, ainsi que par leurs associations de soutien. Consciente de ses devoirs et de ses responsabilités à l’égard des migrants autant que des pouvoirs publics, au nom de sa fidélité au Christ, l’Église catholique s’est efforcée de vivre l’accueil et d’assurer un service de médiation. S’est ouvert alors un temps de questionnement et de débats face à des situations complexes et douloureuses. Beaucoup de chrétiens ont été confrontés à une réelle détresse matérielle et morale qui ne pouvait les laisser insensibles. Pendant de longs mois, le Comité épiscopal des migrations et des gens du voyage et le Service national de la pastorale des migrants ont entendu les découragements, les attentes, les tâtonnements et les questionnements des acteurs d’une solidarité au quotidien avec les personnes sans papiers et demandeurs d’asile. Ce document veut engager à poursuivre la recherche en offrant des éléments utiles au discernement afin que l’engagement auprès des migrants en quête de solidarité, continue de se déterminer en fidélité à l’Évangile et à la tradition de l’Église.
Choisissant une présentation sous forme de fiches thématiques, nous avons voulu privilégier la perspective d’un travail collectif à partir des questions soulevées par une solidarité active vécue avec les personnes sans papiers et demandeurs d’asile. Nous nous en tenons à ces questions sans exclure ou en oublier bien d’autres, notamment celles qui concernent la présence, l’accompagnement et la place des migrants déjà installés dans ce pays et parmi eux les chrétiens de tant d’origines, parties prenantes de la vie de notre société et de notre Église catholique. Les fiches déclinent différentes données du problème et mettent à disposition des acteurs de la solidarité, les ressources offertes par différentes disciplines profanes et religieuses, susceptibles d’aider à une réflexion informée en vue d’une action responsable. Celle-ci doit pouvoir se définir en honorant à la fois la dignité des migrants, la complexité des situations, la responsabilité spécifique des pouvoirs publics et les exigences de l’Évangile. La question posée par la présence des personnes demandeurs d’asile et sans papiers n’est pas d’abord une question posée à l’Église. C’est un défi lancé à notre société française mais encore à l‘Europe pour qui l’immigration demeure une chance. M. Kofi Annan, secrétaire général de l’Organisation des Nations Unies, rappelait le 29 janvier 2004, devant le Parlement européen : « Le message est clair : les immigrants ont besoin de l’Europe, mais l’Europe a aussi besoin des immigrants. Une Europe repliée sur elle-même deviendrait plus mesquine, plus pauvre, plus faible, plus vieille aussi. Une Europe ouverte, par contre, serait plus juste, plus riche, plus forte, plus jeune, pour autant que vous sachiez gérer l’immigration. […] Les immigrants sont une partie de la solution et non une partie du problème. Ils ne doivent pas devenir les boucs émissaire des divers malaises de notre société. » La démarche proposée se veut une démarche responsable de l’Église catholique qui assume sa mission d’accompagner tous les hommes, de servir l‘unité du genre humain et d’annoncer inlassablement l’Évangile. Celui-ci interroge d’abord les chrétiens (de toutes origines) au sein de l’Église sur leur capacité à accueillir des hommes et des femmes venus d’autres horizons. Pour répercuter dans l’Église l’interpellation de l’Évangile, les instances de la Pastorale des migrants ont publié, en septembre 2001, le document De toutes langues et cultures, être et devenir ensemble une Eglise qui propose la foi en terre de migration. Mais l’Église est responsable de répercuter l’interpellation de l’Évangile, au-delà des limites de ces communautés, à tous les hommes de bonne volonté. Il interroge, éclaire et appelle sans cesse les hommes à une action transformatrice d’eux-mêmes, des situations indignes de l‘humain et des structures sociales afin qu’elles garantissent la justice et le droit des plus faibles. Parmi les plus pauvres des pauvres de nos sociétés, il y a les personnes réfugiées, demandeurs d’asile et sans papiers qui frappent à notre porte. Connaître les facteurs migratoires. Nous constatons avec satisfaction que les mentalités évoluent dans l’opinion publique. Nous entendons moins de réflexions simplistes du style : on ne peut pas accueillir toute la misère du monde. Cependant, la prise en compte de la complexité des situations suscite encore des questions : pourquoi viennent-ils en France ? Pourquoi ne peuvent-ils pas rester chez eux ? Pourquoi viennent-ils si nombreux ? Un premier constat s’impose et situe le problème à son vrai niveau : tant que des individus auront l’espoir de trouver une vie meilleure ailleurs, ils seront prêts à tenter l’aventure de la migration, malgré toutes les difficultés.
Au-delà des communautés chrétiennes confrontées à la douloureuse question de l’accueil et de l’accompagnement des personnes sans papiers et demandeurs d’asile, ce document veut mettre à disposition de tous des éléments d’information, d’analyse et d’approfondissement susceptibles de mieux cerner les situations et les défis posés d’abord à notre société. Dans la ligne de la Lettre aux catholiques de France, l’Église entend ainsi coopérer à la construction d’un vivre ensemble plus juste, harmonieux et pacifié. Elle ne le fait pas en donneuse de leçon, comme surplombant la société. Elle le fait en partageant largement sa réflexion enracinée dans une longue expérience de compagnonnage avec les migrants au nom de sa foi au Christ et dans un souci permanent d’annoncer l’Évangile. |