La position de l'Église sur la famille 

Info Église novembre 2004

 

 

Rapport pour la rencontre des Présidents des Commissions Épiscopales pour la Famille et la Vie de l'Europe

 

Mariage

 

En 2001, 403.500 mariages ont été célébrés. Avec pour la deuxième année consécutive un nombre supérieur à 300.000. La forte augmentation de l'an 2000 est confirmée.

 L'apparition du pacte civil de solidarité (Pacs) n'a pas eu d'effet statistique dramatique sur la nuptialité. Son effet délétère est plus d'ordre culturel. Pour cent mariages célébrés, huit Pacs sont signés. Actuellement, les données disponibles ne permettent pas de déterminer si ce contrat concerne essentiellement les couples homosexuels ou s'il constitue plutôt une alternative au mariage pour certains couples hétérosexuels.

 

Le mariage intervient de plus en plus tard dans la vie des couples. Aujourd'hui, cette institution consacre moins la formation du couple que la transformation d'un couple non marié en couple marié. La mariée a 28 ans et le marié 30 ans en moyenne lors de leur premier passage devant le maire. Vingt ans plus tôt, ils avaient 23 et 25 ans.

 

De 1996 à 1999, les mariages entre étrangers et les mariages mixtes progressent plus vite que les mariages entre deux Français. Ces unions avaient chuté en 1993 et 1994, suite au renforcement, lors des mariages, des contrôles contre l'immigration irrégulière. Elles retrouvent en 1999 leur niveau de 1992, avec 30.000 mariages mixtes et 6.000 mariages entre étrangers. Au total, 6% des nouveaux mariés sont étrangers, alors que 6% de la population est de nationalité étrangère.

 

Le nombre de divorces est à peu près stable depuis une quinzaine d'années, aux alentours de 110 000 par an. C'est vers la cinquième année de mariage que les risques de divorce sont les plus élevés. Ensuite, ils diminuent régulièrement. L'augmentation des divorces depuis trente ans concerne tous les mariages, quelle que soit leur durée. Ainsi, les ruptures après 30 ans de mariage sont trois fois plus fréquentes en 1999 qu'en 1979.

 

Les remariages sont en progression constante, en lien avec l'augmentation du nombre de divorcés. Parmi les nouveaux mariés, 17% des hommes et 16% des femmes sont des divorcés. En 1980, ils en représentaient moins de 10%.

 

Nous sommes aujourd'hui confrontés à différentes questions pastorales: l'image dégradée du mariage dans l'opinion publique, le faible engagement dans la vie chrétienne des candidats au mariage sacramentel, la question des secondes unions, etc. C'est pour faire face à ces questions que la Conférence épiscopale a travaillé pendant deux ans. Au terme de ce travail, elle a adopté un message. destiné à l'opinion publique pour promouvoir le mariage et des orientations pastorales destinées aux prêtres et aux laïcs engagés dans la préparation au mariage.

 

Famille

 

La famille continue d'être une «valeur» estimée dans notre pays. Elle ressort toujours en tête dans les sondages sur les attentes des jeunes. 

Mais nous devons constater que ces attentes positives à l'égard de la famille sont accompagnées d'une dévalorisation de la conception de la famille. La culture ambiante assure la légitimation et la promotion d'une pluralité de « modèles familiaux » : familles monoparentales, familles dissociées, familles recomposées, familles fondées sans mariage, etc. Nous devons veiller à ne pas laisser identifier le modèle classique de la famille fondée sur le mariage pour l'éducation des enfants à un modèle confessionnel. 

On tente de réduire ce modèle à un modèle de famille chrétienne qui ne serait qu'une particularité parmi d'autres modèles. Nous essayons donc de montrer que le fondement de ce modèle est anthropologique et qu'il est un idéal pour tous.

 

Depuis trente ans, la législation sur la famille tend à mettre sur le même plan législatif toutes les formes de vie conjugale et familiale. D'autre part, les enjeux sociaux et politiques de la famille, et notamment de l'éducation des enfants, sont mal compris et mal expliqués. Si bien que les aides aux familles sont traitées comme une aide sociale et non comme un élément d'une politique familiale.

 

Les indications données sur la régulation des naissances se limitent habituellement aux moyens contraceptifs chimiques ou mécaniques. La connaissance et la présentation des moyens naturels sont très souvent déficientes, y compris par des médecins chrétiens.

 La banalisation de l'avortement contribue à dévaloriser la vie en ses commencements et à juger sans importance des moyens contraceptifs de nature abortive.

 

Vie

 

 

Des intérêts différents, mais convergents, continuent d'agir principalement sur deux fronts : l'utilisation des embryons, surnuméraires ou fabriqués, pour la recherche scientifique (cf. les débats sur le clonage, « thérapeutique » ou reproductif) et la légalisation de pratiques euthanasiques.

 II faut reconnaître que ces débats ont permis, ces derniers mois, de faire entendre des voix de sagesse, y compris parmi les scientifiques. Mais la pression économique est énorme. D'autre part, le « tabou » sur la nature de l'embryon empêche d'aller au fond de la question : la règle est de ne rien faire qui remette en cause la légalisation de l'avortement.

 

 

La contraception

 

 


Plus de deux tiers des femmes en état de procréer ont recours à une méthode de contraception.

  • On observe un recul des méthodes traditionnelles (7%) comme le retrait, l'abstinence, les diaphragmes ou les ovules ;
  • La « pilule est la méthode la plus fréquente (40% pour l'ensemble des femmes en âge de procréer. 60% pour la tranche d'âge des 20-24 ans) ;
  • 16% ont recours au stérilet ;
  • 5% au préservatif.
 

Depuis juin 1999, il existe sur le marché un nouveau produit à visée contragestive, le Norlevo. 

II a fait l'objet d'une intense campagne menée par les pouvoirs publics auprès des jeunes collégiennes et lycéennes, disponible auprès des infirmières scolaires.

En France, 46 000 boîtes de cette pilule du lendemain se vendent chaque mois.

 

 

L'avortement

 

 

II est légal en France. On distingue les I.V.G. (interruption volontaire de grossesse) et les I.T.G. (interruption thérapeutique de grossesse). 

Dans le premier cas, concernant les grossesses de moins de douze semaines, c'est la femme seule qui peut décider d'avorter. Au contraire, dans le deuxième cas, la décision est prise sans condition d'âge par un collège de médecins. Dans les deux cas, l'intervention est gratuite.

 

Les statistiques sont difficiles à obtenir. En effet, les chiffres ne sont plus publiés depuis 1991 La France se trouve dans une situation paradoxale où le nombre de femmes sous contraception est parmi les plus élevés des pays européens, mais où subsiste un taux d'I.V.G. stable et important (environ 220 000 pour 730 000 naissances par an). D'après un rapport (Nisand), chaque femme connaît dans sa vie en moyenne une grossesse accidentelle. Une fois sur deux elle décide de l'interrompre.

 

II faut souligner le travail très remarquable d'un certain nombre de groupes ou de mouvements chrétiens pour la sensibilisation des jeunes au risque de l'avortement, l'accueil pendant la grossesse ou pour le traitement du traumatisme post abortif. Leur engagement persévérant est évidemment mieux respecté que des manifestations médiatisées dans les cliniques.

 

 

Union de fait

 

 

Après de nombreux débats dans la société et au Parlement, une loi a instauré un nouveau mode de reconnaissance de la vie commune, le Pacs. Celui-ci concerne aussi bien des couples homosexuels qu'hétérosexuels. Des avantages fiscaux et administratifs y sont attachés. Le contrat est signé au Tribunal et peut être résilié sur la simple décision d'un seul des deux partenaires. 

Les chiffres suivants sont disponibles (Source: Ministère de la Justice) :

 

N.B.: La loi est entrée en vigueur le 15 novembre 1999. Les chiffres du 4e trimestre 2002 sont provisoires. Le législateur a refusé que le sexe des personnes concernées figure dans les statistiques.

 

Par ailleurs, l'état de CONCUBINAGE n'est pas chiffrable. 

Mais le nombre des candidats au mariage vivant ensemble depuis plusieurs années est de plus en plus important et beaucoup ne voient guère d'enjeu moral à cette situation. 

Cette augmentation des couples concubins cause une augmentation des naissances hors mariage. Aujourd'hui, près de trois mariages sur dix légitiment des enfants. 

En 1980, ils n'étaient que 7%.

 

Protection de l'enfance et de l'adolescence.

 

Dans ce domaine, notre préoccupation principale porte évidemment sur l'éducation affective et sexuelle des adolescents dans les établissements scolaires. 

 

Très souvent les professeurs qui acceptent de le faire n'ont pas une formation spécifique et ils le font avec leur compétence habituelle en sciences naturelles. 

Cette formation reste très souvent prophylactique et risque de présenter les relations sexuelles comme un danger potentiel. 

Mais la question du sens des relations et de la responsabilité mutuelle des personnes est beaucoup plus rarement envisagée. 

Quelques mouvements chrétiens, comme le CLERC, forment des intervenants.

 Ils sont souvent bien reçus dans des établissements catholiques, mais l'accès des établissements publics est beaucoup plus difficile.

 

 

Mgr André Vingt-Trois archevêque de Tours
Président de la Commission épiscopale de la Famille
Consulteur du CPF.