La Fraternité Missionnaire des Prêtres pour la Ville.
Jean François Brard, prêtre, Info Eglise 93, Mai 2005
D'abord qui est celui qui vous parle ?
Parisien d'origine, j'ai été ordonné pour le diocèse de Paris par le Cardinal Marty en 1971.
J'ai eu la chance de vivre mon ministère dans des équipes sacerdotales nombreuses et fortes, où le partage n'était pas un vain mot.
J'ai exercé les taches du ministère ordinaire toujours en paroisse, d'abord dans le 18°, le 15°, et le 20°.
Expérience de la diversité des populations. Bien sûr j'ai été très longtemps considéré comme jeune prêtre, et donc en service auprès des aumôneries scolaires, des institutions et des mouvements de jeunes ; ce qui m'a permis d'exercer quelques responsabilités nationales, dans le scoutisme entre autres.
J'ai été aussi marqué par l'accompagnement de mouvements d'adultes : l'ACI, les END, le mouvement du Nid et la rencontre des personnes marginalisées.
Rien d'original, par rapport à l'expérience de beaucoup de confrères.
Je reconnais combien l'exercice de ces différents ministères m'ont façonné un cœur de pasteur, grâce à la collaboration avec les laïcs, voire même les conflits de pouvoir qu'il a fallu dépasser et réfléchir, et aussi grâce au partage avec mes autres frères prêtres.
J'ai été responsable d'une paroisse parisienne qui a servi d'école d'application à des prêtres nouvellement ordonnés, ce qui m'a valu un qualificatif particulier de débourreur de jeunes lévites.
Enfin, il m'a été demandé et j'ai accepté, de participer à cette expérience qu'est la FMPV et j'ai donc été mis à la disposition de l'église de Saint-Denis il y a 6 ans en ayant la charge de Notre-Dame des Vertus d'Aubervilliers jusqu'à ce que le Père de Berranger me demande de créer une nouvelle équipe à Villemomble, depuis 2 ans.
Entre-temps les circonstances ont fait que je suis devenu le Modérateur de la Fraternité, sorte de délégué du personnel attentif aux personnes et à la vie des équipes.
Cela a-t-il changé quelque chose pour moi par rapport à mes expériences antérieures ? Comment est ce que je vis cette expérience de la
FMPV ? (expérience et non institution).
D'abord il y a eu un appel - je n'étais pas candidat directement, comme la plupart des collègues - appel à se rendre disponible à une Église particulière ; appel à franchir le périphérique et ce n'est pas rien !
Aubervilliers a beau toucher Paris, ce n'est pas le 21ème arrondissement de la capitale !
Réponse à cet appel et envoi avec d'autres pour servir et proclamer l'Évangile dans un lieu, un secteur particulier, une ville de 66 000 habitants, marquée par la diversité des origines, la pauvreté économique et la jeunesse de la
population.
Et ceci avec un objectif précis : notre venue à Aubervilliers ne fut pas tout repos car nous prenions la place d'un prêtre présent sur place depuis plus de 40 ans et son départ s'était accompagné d'une crise :
sommes nous des Iroquois ... ?
Le fait d'être envoyé à plusieurs, nous étions 3 au départ et un an après, un prêtre encore jeune est venu nous rejoindre, et le fait d'avoir à inventer les moyens d'un climat fraternel ont favorisé le soutien mutuel entre nous, le discernement pastoral et l'engagement réfléchi d'une vraie charité pastorale.
Et j'insiste sur ce point constaté sur place : la visibilité de cette vie fraternelle mise en place a rejailli sur l'ensemble de la communauté, et même sur les responsables de la cité, pour apaiser les conflits.
Une question souvent posée : vous êtes-vous cooptés, vous êtes-vous choisis ? Non, nous ne sommes que des prêtres diocésains unis dans ce travail commun : la mission de l'Église, et nous avons adhéré à un projet de vie sacerdotale.
J'ai employé le mot projet de vie !
Sommes-nous soumis à une règle de vie de type canoniale ou monastique ?
Non mais des points de repère sont proposés, issus de l'expérience de plus de 10 ans de cette aventure.
Des points de repère qui marquent une certaine objectivité de moyens à prendre et à adapter selon le terrain où on est envoyé, selon les personnes et leur histoire personnelle. Mais ces points de repère veulent aussi dire que cette fraternité sacerdotale ne se construit pas sur la simple bonne volonté ou la générosité de chacun. Vie commune et convivialité :
La prière commune :
Les temps forts de rencontre :
Ces points de repère ont comme point de départ cette volonté de servir l'effort missionnaire de l'Eglise. Vivre sous le même toit, c'est pratique, partager les repas c'est agréable, prier ensemble, c'est bien gentil mais tout cela n'a de sens que si cette prière et le vécu quotidien se nourrissent du partage de nos préoccupations, de nos questions, de nos joies et de nos souffrances qui découlent des tâches qu'il nous faut accomplir. C'est bien par l'ordination que nous sommes liés les uns aux autres et c'est bien pour être prêtre à la manière des apôtres que nous avons accepté de prendre part à ce projet de la Fraternité. s'engager dans cette vie de fraternité ne nous met pas à part comme une sorte de clergé original. Je suis et je reste prêtre diocésain. C'est ma vocation et j'ai été accueilli et intégré comme tel par l'église de Saint-Denis. Nous n'avons pas été considérés comme des envahisseurs mais bien comme des frères venant partager le poids de la mission. J'en veux pour preuve mon élection surprise au Conseil Presbytéral. Et je reste attaché également à Paris mon diocèse d'origine que je retrouverai peut être à la fin de mon mandat dans la
FMPV. Cette vie de fraternité unissant vie communautaire et exercice du ministère est une école de vie qui m'aide à progresser dans ma fidélité au sacerdoce que j'ai reçu. Il y a aussi d'autres lieux qui peuvent m'aider mais il n'empêche que les exigences de la fraternité sont aussi un chemin de sainteté. L'impact sur les laïcs qu'apporte la visibilité d'une vie fraternelle. J'ai déjà souligné l'importance du signe donné, apporté à une communauté afin que celle-ci soit elle-même plus fraternelle et plus missionnaire. C'est un chantier perpétuel ! mais je ne peux faire abstraction de l'écho qu'ont ressenti des chrétiens de Paris qui ont voulu connaître et soutenir l'action des prêtres qu'ils avaient connus, et qui ont donné de leur temps pour prendre part à cet effort missionnaire. Des rencontres ont eu lieu entre Aubervilliers et Saint-Lambert de Vaugirard, des personnes se sont engagées au catéchuménat adulte, à l'accompagnement des jeunes. Enfin, il me semble que cette vie fraternelle et cette collaboration active entre prêtres participent à la pastorale des vocations. De voir des prêtres différents par l'âge, l'expérience, le caractère, associés ainsi ensemble pour ce travail commun dans une réelle amitié ne peut qu'aider certains à s'interroger : avec ce que je suis, je peux peut-être moi aussi répondre à un appel à servir. C'est un peu l'enjeu de notre présence à Villemomble !
En quoi donc consiste cette expérience ? Sans doute les objectifs du fondateur, le P. Lustiger, reposaient sur 2 idées :
Dans la mesure du possible l'habitat est commun, cela permet l'exercice de l'écoute, du respect de l'autre et cela enracine la vie fraternelle dans la vie quotidienne. A chaque équipe de prendre les initiatives pour réaliser cette convivialité par des temps festifs, ludiques ou culturel. L'essentiel étant de permettre la rencontre régulière de tous les membres pour un vrai partage de la charge pastorale. L'habitude se prend d'un lundi de fraternité comme une sorte de temps du désert personnel, de prière en commun et de partage gratuit et amical.
De pouvoir célébrer ensemble au moins un office de la Prière des heures par jour, de concélébrer régulièrement construit cette solidarité fraternelle. Je note d'ailleurs que de plus en plus des laïcs s'associent à cette prière des laudes ou de vêpres lorsqu'elle est dite ensemble et qu'ils se réjouissent de voir des prêtres prier ensemble. C'est certainement un point à approfondir : nous ne sommes pas des moines, mais nous avons à exercer un ministère d'intercession au nom de l'Eglise pour toute l'humanité. En quoi consiste la prière des prêtres ? Y a-t-il une prière qui nous est propre en dehors de notre fonction de présider l'Eucharistie ? Notre prière n'est-elle pas liée à notre mission ? C'est un chantier à éclairer par l'expérience.
Non seulement temps de rencontre entre les membres d'une même équipe pour s'engager ensemble dans un soutien efficace de chacun mais aussi pour exprimer ce que nous devenons et ce que nous découvrons par notre ministère. Mais aussi rencontre avec les autres équipes de la Fraternité. Ainsi est proposée une retraite annuelle à tous les membres. Ce dispositif ne nous coupe pas de l'ensemble du presbyterium avec qui nous avons partie liée et auquel nous participons pleinement. Cela nous ouvre à la diversité des situations, et ces confrontations façonnent en partie cette fraternité sacerdotale. Et si un jour un texte est publié sur les objectifs de la FMPV, il ne sera que la résultante de l'expérience de ces partages.
Je peux conclure en 4 points :