RAPPORT DE LA VISITE AD LIMINA
: LES LAICS
Info Eglise 93, Mai 2005
A l'occasion de la visite ad limina de notre évêque à Rome, avec les évêques de la province ecclésiastique de la région Ile-de-France, nous publions sur plusieurs numéros quelques extraits du rapport rédigé pour cette visite.
Ce rapport est l'œuvre de l'ensemble des services du diocèse. Il peut servir de référence objective et est l'occasion de faire la vérité, d'être alerté sur les situations, sur ce qui stagne ou chute...
Nous poursuivons la publication d'extraits de la présentation générale du diocèse.
Exposé de la situation
La large diffusion dans le diocèse de la Lettre apostolique du 6 janvier 2001, survenant juste après le Synode diocésain, qui avait mis l'accent sur la formation des laïcs, a permis d'ouvrir l'Année " Avance au large " (2001 - 2002). La question vitale d'une action fondée sur une meilleure connaissance et intelligence de la foi irriguée par une vie spirituelle profonde ne cesse de faire son chemin dans les esprits. Elle est particulièrement revenue dans les rencontres du Conseil diocésain de pastorale au sujet de l'appel adressé à des laïcs pour un service paroissial ou autre : comment ne pas se contenter d'une pédagogie du " savoir faire " pour s'initier à un " savoir être " chrétien ? Comment discerner l'action de l'Esprit Saint dans l'histoire des baptisés avant de leur confier une tâche ? Comment passer du " fonctionnel " au " sacramentel ", au sens où toute vocation ne peut être réalisée qu'en référence à la sacramentalité, de l'Eglise ? La recherche se poursuit. Elle fait apparaître un besoin d'accompagnement spirituel. Mais celui-ci suppose des prêtres qui en aient le charisme ou l'expérience, ou d'autres chrétiens qui, avec les prêtres, acceptent de se former pour cet accompagnement. Il en existe, prêtres, diacres, religieuses, laïcs, mais leur nombre est limité. Il y a là un appel à mettre en oeuvre une telle formation dans les années qui viennent. Dans l'ensemble du diocèse, le sens de l'appartenance ecclésiale des laïcs, leur attachement à l'Eglise, leur adhésion loyale à son enseignement ont progressé. Il n'existe pas dans ce diocèse de courant de dissidence. Cette fidélité de fond s'accompagne d'ailleurs d'une juste conviction sur le rôle propre des laïcs, immergés dans la société, pour être aux avant postes d'un dialogue de salut avec le monde et le souci de ne pas se replier sur le cercle ecclésial, à cause justement de la mission de toute l'Eglise " d'aller au large ". Il reste un problème de pratique sacramentelle dans un certain nombre d'équipes d'action catholique d'adultes, inégal selon les secteurs, avec encore une méconnaissance pré-occupante chez quelques membres du repère fonda-mental du Jour du Seigneur. Ce dernier point se retrouve chez des jeunes, même fervents, qui ont tendance à aller de " temps fort " en " temps fort ", mais préfèrent faire grasse matinée le dimanche.
Dans le département, les catholiques sont reconnus comme des partenaires fiables et fidèles dans le tissu associatif et politique la lutte contre les exclusions, l'aide aux devoirs pour les enfants en difficulté, etc. Notre préoccupation est qu'ils transmettent cette culture de la charité sociale à la génération montante. Les JMJ de Paris, Rome et Toronto ; une rencontre organisée par la JOC pour initier les jeunes adultes à la politique en mai 2001, le Synode Bâtisseurs de paix pour les enfants, en novembre de la même année, qui a donné lieu à la publication d'un livret questions/réponses entre les enfants et l'évêque, se sont efforcé de traduire cette préoccupation. Leur présence dans le domaine artistique est moins connue, mais la Commission diocésaine d'Arts sacrés les encourage. Plusieurs Groupes musicaux ou des troupes de théâtre explicitement d'Église ont un très bon niveau et répondent, souvent bénévolement aux sollicitations de la Pastorale des Jeunes. La plupart de ces catholiques engagés ont une connaissance plutôt limitée, de type global, de la doctrine sociale catholique. Nous manquons d'instruments pédagogiques. Toutefois, les Bulletins diocésains, en rendant compte des prises de position du Saint-Siège sur la scène internationale, en publiant les documents de la Commission sociale des évêques de France, fortifient l'engagement des chrétiens et font naître un besoin de formation en ce domaine. Cela se vérifie en particulier à travers les Journées d'études proposées par le Conseil diocésain de solidarité et les moyens de formation offerts par le Secours catholique (Caritas France) ou le CCFD. Il faut reconnaître que nous sommes encore trop peu conscients de notre responsabilité dans le vaste champ de la Culture.
La vitalité et la bonne santé ecclésiale des associations mentionnées ci-dessus ressortent d'elles-mêmes en même temps que leurs points faibles. Les relation avec l'autorité diocésaine sont confiantes. Souvent, les laïcs en responsabilité sollicitent la présence de l'évêque pour leur Journée de récollection ou leur assemblée générale, etc. Le Vicaire général ou épiscopal qui en a la charge les voit souvent. Certains souhaiteraient même rencontrer davantage l'évêque et ses collaborateurs que ceux-ci ne peuvent le faire. Elles sont touchées de plein fouet, surtout chez les jeunes, par les problèmes afférant à la sécularisation de la société, éprouvent bien du mal à
trouver des responsables ou ont de la peine à entretenir un contact suivi avec les parents, trop pris par leur vie professionnelle ou indifférents à l'Église. C'est aussi ce qui explique l'érosion du nombre de membres de plusieurs mouvements d'action catholique, tandis que les communautés ou groupes nés de leur initiative, qui touchent surtout des migrants, sont en sensible augmentation.
Depuis cinq ans, les " équipes d'animation paroissiale " ont généralement su se renouveler. Selon les différentes Zones apostoliques, il est heureux de voir peu à peu leur composition se modifier, passant de personnes plutôt âgées et d'origine provinciale française à des personnes plus jeunes et davantage représentatives des populations. Ces personnes (environ 300 pour 75 EAP) ont souvent suivi une formation diocésaine ou extradiocésaine. Les EAP mettent chaque année en commun leur expérience, zone par zone, en présence du Vicaire épiscopal et de l'Evêque, ce qui permet à ces derniers de proposer un enseignement à la lumière des Textes conciliaires ou pontificaux. Comme les statuts adoptés en octobre 2002 l'indiquent, la dimension spirituelle et liturgique de ces équipes est soulignée, en conformité avec les précisions lumineuses de JeanPaul Il dans sa Lettre apostolique Nove millennio ineunte (Repartir du Christ, § III, n• 29-41). Comme cela a été signalé, nous n'avons pas encore de " ministères institués ou reconnus " pour les laïcs dans ce diocèse, mais une formation sur deux ans a été mise en place, essentiellement fondée sur la Sainte Écriture et l'enseignement du Concile Vatican II, depuis septembre 2002.
La grande majorité des prêtres diocésains est plus à son aise dans les mouvements d'action catholique traditionnels ; les autres groupes préfèrent parfois s'adresser, pour les guider, à des religieux prêtres ou des prêtres venus d'autres diocèses. Le Synode diocésain a incontestablement permis une meilleure intelligence mutuelle entre les uns et les autres, mais certaines préventions demeurent. Pour les uns, les Groupes de prière ou apparentés sont " loin de la vie ", pas assez enclenchés sur les " réalités humaines" dont les laïcs sont responsables " en première ligne ", selon l'expression de Cardjin. Pour les autres, les mouvements d'action catholique sont trop " politiques " ou trop astreignants ou insuffisamment irrigués par une vie spirituelle centrée sur l'Eucharistie ; ou encore on les trouve peu innovateurs dans l'évangélisation, malgré leurs efforts importants de renouvellement en ce domaine ces dernières années. Mais ces débats sont rares chez les laïcs eux-mêmes, qui perçoivent intuitivement que ces divers " charismes " se complètent pour l'animation des communautés chrétiennes et il y a une forte unanimité sur l'élan d'évangélisation proposé par le diocèse. D'ailleurs beaucoup, parmi les membres des EAP, ont été ou sont membres soit des mouvements traditionnels soit des groupes plus récemment apparus dans la vie du diocèse.