« Liberté,
égalité, fraternité, laïcité »
Le 82ème Congrès de la LDH, qui réaffirme
son attachement à la laïcité de l’école et de la République, estime qu’il n’y a
pas de raison de légiférer sur le port de signes religieux à l'école.
Comme il y a quatorze ans, le battage
médiatico-politique ne doit pas égarer l’opinion : 150 cas de litiges
recensés par le ministère de l'Education Nationale, autour d’un foulard dans un
établissement scolaire représentent une infime minorité au regard de l’ensemble des jeunes filles scolarisées. La
législation actuelle, dont l'avis du Conseil d'Etat n'est que la traduction,
permet de faire face dans l'équité et sans précipitation aux situations
éventuellement conflictuelles : le foulard, qu’il soit ou non porté comme un signe religieux, n'est pas en lui-même une infraction à la laïcité de l'école, pas plus que les autres signes ;
en même temps qu'est réaffirmée l'obligation, essentielle, de suivre tous les
enseignements sans exception. Le projet d’une législation relative au port de
signes religieux à l’école a donc une apparence : bannir des établissements
scolaires tous les insignes religieux. Il a une réalité : au travers du foulard,
que son port procède d'une démarche revendiquée ou d'une soumission à un rôle
social, c'est l'image et la place des musulmans en France qui sont en cause.
Bien des peurs se focalisent sur les musulmans : terrorisme, insécurité,
immigration, banlieues transformées en zone de non droit, intégrisme religieux,
etc. Leur situation dans la société porte, en fait, la trace d'une incertitude
permanente. S'ils sont étrangers, ils sont soumis à l'instabilité et à
l'ostracisme de la loi, le dernier projet du gouvernement s'y employant plus
que jamais. S'ils sont français, cela ne les empêche nullement de subir les
discriminations quotidiennes qui délitent tout autant le lien social. A
l'inverse de tous les principes de la République, les musulmans sont
individuellement assignés à résidence. Ils n'auraient pas d'autres droits,
quelle que soit leur manière de vivre l'Islam, et elle n'est certes pas
uniforme, que de se conformer à des canons d'un mode de vie
"français" aussi indéfinis qu'arbitraires. Ils sont ainsi renvoyés à
une existence communautaire qu'ils vivent comme le lieu d'une existence sociale
et culturelle qui leur est déniée par ailleurs. L'Islam est alors utilisé comme
un mode de reconnaissance, le moyen d'exprimer une visibilité sociale qu’on
leur refuse dans le même temps. Ici se trouve le terreau d'une révolte que
certains manifestent en se fourvoyant dans l'intégrisme.
Il ne s’agit pas d’imposer à des jeunes filles
l’alternative entre l’interdiction de porter le foulard en classe et
l’exclusion de l’école – ce qui revient à faire de ces femmes les victimes
d'une nouvelle forme de double violence – mais d'assurer l'intégration d'une
population marquée au sceau de l'exclusion. En ce domaine, beaucoup reste à
faire, et le métissage des appareils des partis politiques ne suffit pas à
faire une politique d'intégration. C'est une ambition d'une autre ampleur dont
nous avons besoin. Elle passe par la reconnaissance d'une diversité culturelle
qui doit s'exprimer dans le cadre de l'égalité de traitement que la République
doit assurer à tous. L'Islam doit bénéficier de la liberté du culte et doit
supporter les règles qu'impose une société laïque, pluraliste et profondément
sécularisée. Elle passe, enfin, par un véritable projet politique qui prenne en
compte l'exclusion dont sont victimes des millions de personnes, françaises ou
non, musulmanes ou non, et qui mette en œuvre une réelle politique d’égalité
entre les hommes et les femmes. C'est à ce prix-là que les femmes cesseront
d'être victimes de violences réelles ou symboliques, c'est à ce prix-là que
l'on évitera de contraindre les esprits ou, pire encore, de transformer l'Islam
en un instrument de révolte. Il n'est pas de réponse laïque, ni de lutte
efficace contre le risque de communautarisme, hors du combat pour l'égalité et
la citoyenneté sociale.